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67 dirigeants émiratis attendus à Beyrouth

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La venue annoncée à Beyrouth, les 26 et 27 août, d’une délégation économique émiratie conduite par le ministre du Commerce extérieur, Thani ben Ahmed Al Zeyoudi, constitue un nouveau test de la normalisation entre le Liban et les pays du Golfe. Le groupe doit comprendre 67 dirigeants économiques et hommes d’affaires. Par son ampleur, la visite envoie un signal politique et commercial inhabituel après plusieurs années de prudence. Mais elle ne signifie pas encore que 67 investisseurs s’apprêtent à engager des capitaux au Liban.

L’enjeu est précisément de distinguer ce qui relève du signal de confiance, ce qui relève de la prospection commerciale et ce qui pourra être comptabilisé, après les rencontres, comme investissement réel. Pour une économie libanaise encore marquée par la crise bancaire, les destructions liées à la guerre et l’incertitude sécuritaire au Sud, la différence est essentielle. Une délégation peut rouvrir des portes. Seuls des projets financés, des entreprises créées et des emplois nouveaux permettraient de parler d’un véritable retour des capitaux du Golfe.

Une délégation inhabituelle par son ampleur

La mission annoncée pour les 26 et 27 août sera dirigée par Thani ben Ahmed Al Zeyoudi, ministre émirati du Commerce extérieur, chargé de développer les échanges non pétroliers et les partenariats économiques internationaux des Émirats arabes unis. La présence annoncée de 67 responsables économiques et hommes d’affaires donne à la visite une dimension qui dépasse celle d’un déplacement protocolaire.

Pour le secteur privé libanais, le nombre compte d’abord comme indicateur d’intérêt. Une délégation de cette taille permet de multiplier les rencontres sectorielles, les contacts entre entreprises et l’examen d’opportunités qui n’auraient pas nécessairement atteint le niveau gouvernemental. Elle crée aussi un effet de signal auprès d’autres investisseurs arabes qui observent l’évolution du risque libanais avant de décider de revenir.

Il faut cependant éviter de confondre présence et engagement financier. Aucun élément disponible ne permet de considérer que les 67 participants ont chacun préparé un projet d’investissement. Leur venue traduit un intérêt organisé pour le marché libanais. Elle ne permet pas encore de mesurer les montants susceptibles d’être mobilisés ni les secteurs qui bénéficieront effectivement de capitaux nouveaux.

Mohammad Choucair veut transformer le signal en reprise

Mohammad Choucair, président des organismes économiques libanais, présente cette visite comme une étape importante vers la réactivation des relations économiques entre le Liban et les Émirats arabes unis. Son objectif est de replacer les entreprises libanaises dans les circuits d’affaires du Golfe et de convaincre les groupes émiratis que le pays peut de nouveau offrir des opportunités malgré les risques persistants.

La démarche s’inscrit dans un rapprochement politique amorcé au plus haut niveau. Joseph Aoun et le président émirati Mohammed ben Zayed Al Nahyan ont multiplié les contacts depuis l’entrée en fonction du président libanais. Abou Dhabi a également réaffirmé son soutien à la sécurité, à la stabilité et à la souveraineté du Liban. La levée des restrictions sur les déplacements des ressortissants émiratis vers le Liban a constitué un autre signal de détente.

Ce rapprochement politique crée un environnement plus favorable aux affaires, mais il ne garantit aucun investissement. Les entreprises privées, les fonds et les groupes familiaux du Golfe évaluent leurs projets selon des critères de rendement, de sécurité juridique, de stabilité monétaire et de risque politique. La relation entre les chefs d’État peut faciliter l’accès au marché et améliorer la confiance. Elle ne remplace ni une décision d’investissement ni les conditions économiques qui la rendent possible.

Pourquoi les capitaux du Golfe restent décisifs

Le retour éventuel de capitaux émiratis aurait une portée supérieure aux seuls montants investis. Les Émirats ont historiquement occupé une place importante parmi les investisseurs arabes au Liban. Selon les données publiées par l’ambassade émiratie à Beyrouth, les investissements directs émiratis représentaient 7,8 milliards de dollars entre 2003 et 2016, soit près des deux tiers de la valeur des projets arabes recensés sur cette période.

Ce passé explique l’attention accordée à la délégation d’août. Les capitaux du Golfe ont longtemps alimenté l’immobilier, le tourisme, les services, les entreprises et différents projets d’infrastructure au Liban. Ces secteurs peuvent de nouveau intéresser des investisseurs, mais aucun projet précis ne doit être attribué à la délégation avant une annonce officielle.

Le retour d’un investisseur émirati reconnu peut également produire un effet d’entraînement. Dans une économie où la perception du risque reste élevée, la première décision compte parfois autant que son montant. Elle peut convaincre d’autres entreprises qu’un marché redevient accessible, que les relations bancaires s’améliorent ou que les autorités disposent d’une volonté politique suffisante pour protéger les investissements.

L’inverse est également vrai. Si la visite se limite à des réunions et à des déclarations générales, elle restera un signal de réouverture sans changement mesurable dans les flux de capitaux.

La sécurité reste le premier filtre

La principale inconnue reste la situation sécuritaire. Joseph Aoun a régulièrement lié la reprise économique à la restauration de la stabilité et au renforcement de l’autorité de l’État. Cette relation est particulièrement directe pour les investisseurs du Golfe, dont plusieurs ont réduit leur exposition au Liban lorsque le risque politique et militaire s’est aggravé.

La situation du Sud demeure donc déterminante. Les opérations israéliennes, les secteurs encore disputés, la question du déploiement de l’armée libanaise et le risque d’une nouvelle escalade entrent directement dans le calcul d’un investisseur. Un projet immobilier, touristique ou logistique immobilise du capital pendant plusieurs années. Sa rentabilité dépend de la continuité des transports, de l’assurance, du fonctionnement bancaire et de la possibilité pour les clients ou partenaires étrangers de se rendre dans le pays.

Le retour récent des voyageurs émiratis constitue à cet égard un indicateur positif, mais réversible. Les Émirats avaient déjà suspendu par le passé les déplacements de leurs ressortissants vers le Liban lorsque la situation régionale se détériorait. Pour les investisseurs, la capacité du pays à maintenir la stabilité sur plusieurs mois comptera davantage qu’une amélioration ponctuelle.

C’est aussi pourquoi le dossier du Sud et celui de l’investissement ne peuvent être séparés. Un apaisement durable réduirait le coût du risque. Une nouvelle confrontation ferait immédiatement remonter les primes d’assurance, retarderait les projets et pourrait remettre en cause les décisions prises pendant la phase de normalisation.

La crise financière reste l’autre obstacle majeur

Même avec une amélioration sécuritaire, le Liban conserve un problème structurel : son système financier n’a pas encore complètement surmonté la crise commencée en 2019. Les investisseurs doivent pouvoir transférer des fonds, rapatrier des bénéfices, obtenir des financements et disposer d’un cadre juridique prévisible. La confiance ne dépend donc pas seulement du niveau de violence ou de la situation à la frontière.

Les réformes restent au centre du dossier. Joseph Aoun a reçu le 19 août Jihad Azour, directeur du département Moyen-Orient et Asie centrale du Fonds monétaire international. La présidence a indiqué que les deux hommes avaient examiné la situation économique et financière au Liban et dans la région ainsi que les développements récents.

Cette rencontre ne signifie pas qu’un nouveau programme avec le FMI a été conclu. Elle rappelle cependant que la normalisation financière du Liban reste liée à des réformes de fond, à la restructuration du secteur bancaire, à l’assainissement des finances publiques et au rétablissement d’institutions capables d’inspirer confiance aux investisseurs.

Pour les capitaux du Golfe, ces réformes constituent un filtre aussi important que la sécurité. Les investisseurs peuvent accepter un risque commercial. Ils sont beaucoup plus réticents lorsqu’ils ne savent pas clairement comment les contrats seront exécutés, comment les litiges seront réglés ou dans quelles conditions les capitaux pourront circuler.

Le retour du Golfe se mesure déjà autrement

La visite émiratie intervient alors que plusieurs signaux de rapprochement se sont accumulés. Le dialogue entre Joseph Aoun et Mohammed ben Zayed s’est intensifié. Les restrictions de voyage ont été allégées. Beyrouth cherche ouvertement à attirer de nouveau les capitaux émiratis et travaille à la mise en place de mécanismes destinés à faciliter les relations entre entreprises des deux pays.

L’ambassadeur du Liban aux Émirats, Tarek Mneimneh, avait déjà indiqué en juillet que des investisseurs émiratis manifestaient un intérêt pour le Liban, tout en reconnaissant que les réformes et de meilleures garanties sécuritaires restaient indispensables. Un Conseil d’affaires Liban-Émirats devait également contribuer à structurer les contacts privés.

Ces éléments permettent de parler d’une normalisation progressive des relations économiques. Ils ne permettent pas encore de parler d’un cycle d’investissement comparable aux années durant lesquelles les capitaux du Golfe occupaient une place centrale dans l’immobilier, le tourisme et les services libanais.

La différence sera visible dans les mois suivant la visite. Si les contacts d’août débouchent sur des décisions concrètes, le déplacement pourra être considéré comme le début d’une nouvelle phase. Dans le cas contraire, il restera une étape diplomatique importante mais sans transformation immédiate de l’économie réelle.

Après le 27 août, quels résultats faudra-t-il regarder ?

Le premier indicateur sera l’annonce éventuelle de projets identifiés. Un investisseur qui précise un secteur, un calendrier, un partenaire local et un montant engagé produit une information économique vérifiable. Une déclaration générale sur l’intérêt pour le Liban ne possède pas la même portée.

Le deuxième sera la signature de protocoles d’accord. Ceux-ci ne constituent pas encore un investissement, mais ils permettent de savoir si les discussions avancent vers des projets structurés. Leur contenu sera essentiel : certains protocoles restent exploratoires, tandis que d’autres fixent déjà les conditions d’un financement ou d’une création d’entreprise.

Il faudra ensuite surveiller les investissements chiffrés, les créations ou extensions de sociétés, les partenariats entre groupes libanais et émiratis ainsi que les transferts de capitaux effectivement enregistrés. Enfin, l’emploi constituera le critère le plus concret. Une reprise durable ne se mesure pas seulement au nombre de délégations reçues à Beyrouth, mais à la capacité de ces relations à créer de l’activité et des postes de travail.

La visite des 26 et 27 août possède donc une valeur politique avant même son ouverture. Après plusieurs années de distance et de prudence, 67 responsables économiques émiratis doivent venir examiner le marché libanais sous la conduite d’un ministre chargé du commerce extérieur. C’est un signal que le secteur privé libanais attendait.

Mais le test commencera réellement après leur départ. La normalisation avec le Golfe pourra être considérée comme économique lorsque les réunions auront produit des projets, les projets des financements, et les financements des entreprises et des emplois au Liban.

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Newsdesk Libnanews
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