4 octobre 2026
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Du Jourdain aux saints du Liban : Beyrouth et Amman préparent un nouvel axe de tourisme religieux

Le Liban et la Jordanie préparent une coopération autour du tourisme religieux à l’occasion des deux mille ans du baptême du Christ. Amman souhaite relier le Jourdain aux sanctuaires libanais dans des programmes communs jusqu’en 2030. Tourisme, culture, spiritualité et liaisons aériennes pourraient structurer ce nouvel axe régional de pèlerinage.

Le Liban et la Jordanie veulent transformer une commémoration religieuse majeure en projet de coopération touristique, culturelle et spirituelle pouvant s’étendre sur plusieurs années. Le point de départ est le deux-millième anniversaire du baptême du Christ dans le Jourdain, autour duquel Amman prépare un programme d’activités sous le thème « La Jordanie, aube du christianisme ». Le ministre jordanien du Tourisme, Imad Hijazin, a présenté le projet au président Joseph Aoun lors de sa visite à Baabda, le 1er octobre 2026. La Jordanie souhaite y associer directement le Liban et développer des activités communes pouvant se poursuivre jusqu’en 2030.

L’initiative dépasse le cadre d’une cérémonie religieuse. Les discussions portent sur le tourisme, la culture, les médias, les activités spirituelles et les transports aériens. L’idée est de mettre en relation deux patrimoines chrétiens complémentaires : le site du baptême dans le Jourdain et le réseau libanais de sanctuaires, monastères, lieux de pèlerinage et figures religieuses. Joseph Aoun a accueilli favorablement le principe et proposé une coordination avec le ministère libanais du Tourisme et les autres institutions concernées. Si cette coopération prend une forme opérationnelle, elle pourrait donner naissance à une offre touristique commune destinée aux pèlerins et visiteurs internationaux.

Deux mille ans du baptême comme point de départ

Le projet jordanien repose sur une date symbolique exceptionnelle. Les autorités préparent des célébrations marquant deux mille ans depuis le baptême du Christ dans le Jourdain. Le programme ne doit pas se limiter à une seule manifestation. Les activités envisagées sont appelées à se prolonger jusqu’en 2030, ce qui transforme l’anniversaire en cycle touristique et culturel plutôt qu’en événement ponctuel.

Imad Hijazin a expliqué à Joseph Aoun que la Jordanie souhaitait établir un partenariat avec le Liban à cette occasion. L’argument avancé est religieux autant que touristique. Le Liban est présenté comme une « terre de sainteté », en raison de la présence de nombreux lieux associés à l’histoire chrétienne et de figures religieuses ayant acquis une audience internationale. La Jordanie apporte, de son côté, le site du baptême et son rôle dans les récits fondateurs du christianisme.

Le rapprochement des deux destinations permettrait donc de proposer une expérience plus large aux visiteurs. Un pèlerin venant de loin pour se rendre au Jourdain pourrait prolonger son voyage au Liban. Inversement, une personne attirée par les sanctuaires et monastères libanais pourrait intégrer la Jordanie à son parcours. La coopération chercherait ainsi à augmenter la durée des séjours plutôt qu’à mettre les deux pays en concurrence pour les mêmes visiteurs.

Les sources disponibles ne font toutefois état d’aucun forfait touristique déjà commercialisé ni d’un calendrier commun définitivement arrêté. Il s’agit d’un projet de coopération présenté au président libanais et accueilli favorablement. Les modalités pratiques doivent encore être définies.

Le Liban veut capitaliser sur son patrimoine religieux

Joseph Aoun a considéré la participation libanaise comme naturelle en raison de la présence culturelle, touristique et religieuse du pays. Cette position ouvre la possibilité d’utiliser davantage le patrimoine religieux comme composante d’une stratégie touristique nationale.

Le Liban dispose d’un ensemble de lieux chrétiens répartis sur plusieurs régions. Leur valeur ne tient pas seulement aux bâtiments ou aux paysages. Ils sont associés à des traditions, à des communautés religieuses et à des figures de sainteté qui attirent déjà des visiteurs. La création d’un circuit international pourrait donner à ces sites une visibilité supplémentaire auprès de publics qui ne choisiraient pas nécessairement le Liban comme destination principale.

L’enjeu consiste à transformer cette richesse patrimoniale en produit touristique structuré sans réduire les lieux religieux à de simples attractions. Le visiteur qui effectue un pèlerinage n’a pas nécessairement les mêmes attentes qu’un touriste classique. L’organisation doit donc intégrer les dimensions spirituelle, historique et culturelle.

Le projet peut également favoriser une meilleure répartition géographique des visiteurs. Le tourisme religieux ne se concentre pas uniquement dans la capitale. Il peut conduire vers des monastères, sanctuaires et villages situés dans différentes régions. Les dépenses touristiques peuvent ainsi bénéficier aux hébergements, restaurants, commerces et services locaux situés autour des lieux visités.

La Jordanie cherche une véritable association avec le Liban

La proposition jordanienne ne se limite pas à inviter une délégation libanaise aux célébrations. Imad Hijazin a évoqué une coopération dans plusieurs domaines : tourisme, religion, culture, médias et transport aérien. Cette diversité montre que le projet vise à construire une relation entre les deux destinations plutôt qu’une simple participation protocolaire.

Le transport aérien est particulièrement important. Un circuit commun n’est réellement attractif que si le passage d’un pays à l’autre reste simple et compatible avec la durée des séjours. La qualité des liaisons entre Beyrouth et Amman peut donc devenir un élément essentiel du projet. Des horaires adaptés, une coordination entre les professionnels du tourisme et une commercialisation commune faciliteraient la création de séjours combinés.

La dimension médiatique joue également un rôle. Pour attirer des visiteurs étrangers, les deux pays doivent pouvoir présenter le circuit comme une expérience cohérente. Les campagnes pourraient mettre en avant les lieux religieux, mais aussi les patrimoines culturels, les paysages et les autres attractions situées sur les itinéraires.

À ce stade, aucun budget commun ni dispositif promotionnel détaillé n’est annoncé dans les éléments disponibles. Le potentiel existe, mais il doit encore être transformé en programme.

Un tourisme moins dépendant des saisons traditionnelles

Le tourisme religieux possède une caractéristique intéressante pour les économies libanaise et jordanienne : il peut être moins dépendant des périodes estivales traditionnelles. Les pèlerinages et voyages spirituels peuvent être organisés à différentes périodes de l’année, notamment autour des fêtes religieuses ou des grandes commémorations.

Pour le Liban, cette possibilité est importante. Le secteur touristique est souvent fortement dépendant de l’été, des expatriés et des périodes de fêtes. Une activité religieuse internationale plus structurée pourrait contribuer à répartir davantage les arrivées au cours de l’année.

La durée du programme jordanien, jusqu’en 2030, offre également la possibilité de construire progressivement cette fréquentation. Il ne s’agit pas d’attirer un nombre exceptionnel de visiteurs pendant quelques semaines puis de revenir au niveau antérieur. Les célébrations peuvent servir de point de départ à une offre appelée à rester disponible après l’anniversaire.

Pour réussir, cette stratégie devra cependant dépasser la seule communication. Les visiteurs doivent pouvoir réserver facilement les circuits, disposer de guides adaptés, accéder aux sites et trouver des informations cohérentes. L’expérience touristique dépend aussi de l’état des routes, de la signalétique, de l’hébergement et des services autour des sanctuaires.

Les communautés religieuses deviennent des partenaires indispensables

La nature du projet impose une coopération qui ne peut pas rester exclusivement gouvernementale. Les lieux concernés sont souvent gérés par des communautés religieuses, des ordres, des diocèses ou des institutions locales. Leur participation est indispensable pour organiser les visites et préserver la vocation spirituelle des sites.

Les discussions devront donc associer le ministère du Tourisme à des acteurs religieux et culturels. Joseph Aoun a lui-même proposé une coordination avec les autorités libanaises compétentes afin que la participation du pays soit organisée de manière intégrée.

Cette coopération peut également contribuer à documenter davantage les itinéraires. Un tourisme religieux crédible ne peut pas reposer sur des affirmations approximatives destinées uniquement à la promotion. Les visiteurs internationaux attendent des informations historiques, patrimoniales et spirituelles solides. Les institutions religieuses peuvent contribuer à cette qualité.

Le projet peut ainsi devenir un travail de valorisation patrimoniale autant qu’une opération touristique. Des sites moins connus peuvent être intégrés à des parcours, à condition que leur accès et leur capacité d’accueil soient adaptés.

Une relation politique déjà étroite entre Beyrouth et Amman

La dimension touristique s’inscrit dans une relation bilatérale plus large. Joseph Aoun a profité de la rencontre pour saluer le rôle du roi Abdallah II dans le soutien apporté au Liban dans les enceintes arabes, régionales et internationales. Il a également rappelé l’aide jordanienne à l’armée libanaise ainsi que les contributions dans les domaines social et humanitaire.

La proposition touristique bénéficie donc d’un environnement politique favorable. Elle n’arrive pas entre deux pays cherchant à reconstruire entièrement leur relation. Elle s’insère dans des échanges existants et dans une volonté affichée de renforcer la coopération.

Cette proximité peut faciliter la coordination administrative. Mais elle ne garantit pas automatiquement la réussite économique du projet. Les ministères devront encore transformer la bonne relation politique en mécanismes permettant aux opérateurs touristiques, aux compagnies aériennes et aux institutions religieuses de travailler ensemble.

Le risque serait que le projet reste au niveau des déclarations et des cérémonies officielles. La période allant jusqu’en 2030 offre suffisamment de temps pour éviter cet écueil, à condition de définir rapidement des étapes concrètes.

Le transport aérien peut déterminer la viabilité du circuit

L’évocation spécifique de la coopération aérienne est révélatrice. Pour des pèlerins venant d’Europe, d’Amérique, d’Afrique ou d’Asie, un séjour combiné Liban-Jordanie doit être facile à organiser. Si les déplacements entre les deux pays sont coûteux ou mal coordonnés, une partie des visiteurs préférera limiter son voyage à une seule destination.

La création d’itinéraires combinés pourrait permettre différentes formules. Un visiteur pourrait arriver dans un pays et repartir depuis l’autre, à condition que les liaisons internationales et les règles commerciales le permettent. Des groupes organisés pourraient également circuler entre Beyrouth et Amman dans le cadre de programmes conçus à l’avance.

Les sources ne mentionnent toutefois aucune décision concernant de nouvelles lignes aériennes ou une augmentation des fréquences. La coopération dans ce domaine reste une piste évoquée lors de la rencontre. Elle devra être discutée avec les acteurs concernés.

La question des transports terrestres pourrait également apparaître à terme, même si elle n’est pas développée dans les éléments disponibles. La géographie régionale rend ce dossier beaucoup plus complexe en raison du passage par la Syrie. Il ne faut donc pas l’intégrer au projet tant qu’aucune décision de ce type n’est annoncée.

Une occasion de repositionner l’image touristique du Liban

Le Liban reste souvent présenté à travers quelques images dominantes : Beyrouth, la gastronomie, la vie nocturne, les stations de montagne ou les sites archéologiques. Le tourisme religieux peut ajouter une autre dimension à cette identité internationale.

Cette diversification peut être utile dans une période où la situation sécuritaire influence fortement les décisions des visiteurs. Un tourisme spécialisé repose parfois sur des motivations plus fortes qu’un séjour de loisirs classique. Un pèlerin souhaitant visiter un lieu précis peut maintenir son projet lorsque les conditions le permettent, même si la destination n’est pas au sommet des tendances touristiques mondiales.

Cela ne signifie évidemment pas que le tourisme religieux serait indépendant de la sécurité. Toute dégradation importante affecterait également les pèlerinages. Mais l’existence d’une motivation spirituelle et culturelle peut créer une demande spécifique, différente de celle du tourisme de loisirs.

Le programme avec la Jordanie peut aider le Liban à mieux identifier cette clientèle et à adapter son offre. Il peut également servir à attirer des groupes organisés par des paroisses, des associations et des opérateurs spécialisés.

Les retombées pourraient bénéficier aux régions plus qu’aux grandes chaînes

Le tourisme religieux possède aussi une dimension économique locale. Les sanctuaires et monastères sont souvent situés en dehors des grands centres commerciaux. Les visiteurs peuvent donc dépenser directement dans les petites structures d’hébergement, les restaurants, les commerces et les services de transport des régions concernées.

Cette caractéristique peut rendre le projet intéressant pour le développement territorial. Les retombées ne seraient pas nécessairement concentrées dans les grands hôtels de Beyrouth. Un itinéraire de plusieurs jours peut conduire les visiteurs dans différentes localités et créer une demande pour des services à proximité des sites.

Pour obtenir cet effet, les parcours doivent toutefois être organisés de manière à laisser du temps dans les régions plutôt qu’à fonctionner comme de simples excursions rapides depuis la capitale. La durée du séjour devient alors un indicateur plus important que le seul nombre d’arrivées.

Un visiteur supplémentaire qui reste plusieurs jours et se déplace entre plusieurs régions génère davantage d’activité qu’un passage très court concentré sur un seul site.

L’échéance de 2030 donne au projet le temps de devenir durable

Le calendrier constitue l’un des principaux atouts de l’initiative. Les célébrations jordaniennes doivent s’étendre jusqu’en 2030. Le Liban dispose donc de plusieurs années pour construire sa participation, améliorer ses circuits et mesurer progressivement les résultats.

Une première phase pourrait être consacrée à l’identification des sites et à la coordination institutionnelle. Une autre pourrait porter sur la promotion, la formation et la création de circuits. L’offre pourrait ensuite évoluer en fonction de la demande internationale. Les sources ne présentent pas encore ce découpage comme un plan officiel, mais la durée disponible rend une telle progression possible.

L’essentiel sera de ne pas considérer 2030 comme la fin du projet. Si les investissements réalisés servent uniquement à une commémoration, leur impact restera limité. Si l’anniversaire permet de créer des circuits permanents, la coopération pourra continuer après les célébrations.

Le véritable enjeu économique se trouve précisément là. Le deux-millième anniversaire fournit une occasion de communication internationale exceptionnelle. Mais la valeur du projet dépendra de ce qui restera lorsque l’événement sera terminé.

Du symbole religieux à une véritable politique touristique commune

La rencontre du 1er octobre a donc posé les bases d’une coopération potentiellement plus ambitieuse qu’une participation libanaise à des cérémonies jordaniennes. Amman propose d’associer le Liban à un programme international construit autour du baptême du Christ. Beyrouth répond en mettant en avant son propre patrimoine religieux et en acceptant le principe d’une coordination entre les institutions concernées.

Le projet dispose de plusieurs atouts : proximité géographique, patrimoines complémentaires, bonnes relations politiques et calendrier pluriannuel. Il reste cependant au stade où l’intention doit être transformée en mécanismes concrets. Aucun circuit commun détaillé, budget ou objectif chiffré n’est encore présenté dans les éléments disponibles.

C’est cette transformation qui déterminera la portée réelle de l’initiative. Si les deux pays coordonnent leurs ministères, leurs acteurs religieux, leurs professionnels du tourisme et leurs liaisons aériennes, le deux-millième anniversaire peut servir de point de départ à un produit touristique durable. Le Jourdain deviendrait alors non pas la destination finale d’un pèlerinage, mais l’une des étapes d’un parcours régional dont les sanctuaires et les figures spirituelles du Liban constitueraient l’autre grand pôle.

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