Les démocrates reprennent le contrôle des deux chambres du Congrès à l’issue du scrutin du 3 novembre 2026, selon une agence de presse américaine. Ce revers de Donald Trump relance une question déjà posée après la défaite de Kamala Harris en 2024 : comment Gaza et l’Iran influencent-ils les élections américaines ? Les enquêtes éclairent deux mécanismes distincts : la rupture politique autour du soutien à Israël et le coût économique attribué à la guerre contre l’Iran.
Les attributions de victoire annoncées le 4 novembre ne constituent pas une certification officielle. Elles établissent un rapport de force, sans expliquer à elles seules pourquoi chaque électeur a voté. Pour comprendre le rôle du Moyen-Orient, il faut rapprocher les résultats des positions des candidats, des enquêtes d’opinion et de la participation.
Harris en 2024 : Gaza divise jusque dans le refus de Trump
Kamala Harris avait repris une candidature fragilisée par le soutien de l’administration Biden à Israël. Elle appelait à un cessez-le-feu et à la libération des otages, mais refusait l’embargo sur les armes réclamé par des militants propalestiniens. Ce désaccord portait sur un instrument concret de la politique américaine, au-delà des déclarations de compassion.
Le 19 septembre 2024, le mouvement Uncommitted avait refusé de lui apporter son soutien. Il dénonçait notamment sa position sur les livraisons d’armes sans conditions. Mais il appelait également à empêcher le retour de Trump et déconseillait un vote pour un troisième candidat. Son refus de soutenir Harris ne constituait donc pas un ralliement au républicain.
Six jours plus tard, Emgage Action choisissait au contraire de soutenir Harris, malgré ses désaccords sur Gaza. L’organisation de mobilisation politique musulmane privilégiait la défaite de Trump. Ces stratégies divergentes interdisent de parler d’un vote arabe ou musulman unique. Elles montrent surtout la nécessité de rassembler une coalition divisée sur l’appui militaire à Israël.
Au Michigan, l’arithmétique ne démontre pas la causalité
Les résultats officiels de 2024 donnent à Trump 2 816 636 voix au Michigan, contre 2 736 533 à Harris. L’écart atteint 80 103 suffrages. Jill Stein, candidate écologiste, en recueille 44 607. Même en attribuant toutes ces voix à Harris, hypothèse irréaliste, elles ne suffiraient pas à inverser le résultat dans cet État.
Ce calcul limite une explication précise : celle d’une défaite provoquée uniquement par les bulletins Stein. Il ne mesure pas les abstentions liées à Gaza, les électeurs passés à Trump ou les effets sur le bénévolat. Il ne permet pas davantage d’affirmer que ces mouvements auraient suffi à changer l’issue nationale.
Une commune qui vote davantage républicain ne révèle pas automatiquement les motivations de chaque habitant. Additionner des évolutions locales puis les attribuer à une communauté ou à une guerre confondrait le résultat observé avec son explication.
Les élections américaines restent des choix à plusieurs enjeux
Avant la présidentielle de 2024, 81 % des électeurs inscrits interrogés par le Pew Research Center jugeaient l’économie très importante pour leur vote. Surtout, 69 % plaçaient au moins cinq sujets dans cette catégorie. La hiérarchie variait selon les camps : immigration chez les soutiens de Trump, santé et Cour suprême chez ceux de Harris.
L’étude publiée par Pew en juin 2025 apporte un autre éclairage. Elle rapproche les réponses des enquêtés des fichiers attestant leur participation. Parmi les électeurs de Trump en 2020, 89 % avaient voté de nouveau en 2024. Cette proportion atteignait 85 % parmi ceux de Biden. Trump disposait aussi d’un avantage parmi les nouveaux électeurs et les électeurs revenus aux urnes.
Ces données établissent une différence de mobilisation. Elles n’attribuent pas à Gaza l’ensemble des absences dans l’électorat démocrate. La participation vérifiée et le choix déclaré documentent des comportements ; ils ne désignent pas une cause unique.
En 2026, l’Iran entre dans le vote par le coût de la vie
La guerre contre l’Iran introduit une autre dimension. Dans l’enquête annuelle du Chicago Council on Global Affairs, 2 % seulement des adultes en font leur premier enjeu électoral. Pourtant, 86 % jugent qu’elle a nui au coût de la vie aux États-Unis. L’inflation et les dépenses quotidiennes arrivent en tête des préoccupations prioritaires, à 37 %.
Cette enquête a été réalisée du 10 au 21 juillet 2026 auprès de 2 156 adultes. Elle mesure un jugement des Américains sur les effets de la guerre, pas une décomposition économique de l’inflation. Elle ne permet pas d’attribuer à l’Iran chaque hausse de prix. Les droits de douane figurent aussi parmi les politiques associées à la dégradation du pouvoir d’achat.
Le mécanisme électoral possible devient néanmoins plus clair : un conflit peut peser sans apparaître en tête des réponses sur la politique étrangère. Les électeurs peuvent le juger à travers leurs dépenses et la compétence qu’ils prêtent au président.
Un président fragilisé, des soutiens démocrates plus motivés
L’enquête de Pew conduite du 28 septembre au 4 octobre 2026 confirme la place centrale de l’économie. Elle est jugée très importante pour le vote de 84 % des électeurs inscrits. Parmi les soutiens d’un candidat démocrate à la Chambre, 63 % se disent extrêmement motivés pour voter, contre 46 % chez les soutiens républicains.
Le même sondage, réalisé auprès de 5 062 adultes dont 3 917 électeurs inscrits, mesure 30 % d’approbation pour Trump. Une part de 44 % des inscrits envisage son vote au Congrès comme un vote contre lui. Ces réponses précèdent le scrutin : elles éclairent son contexte, sans constituer une enquête sur les motivations des votants du 3 novembre.
La comparaison avec 2024 dessine ainsi un changement de responsabilité politique. Harris devait défendre le bilan de l’administration à laquelle elle appartenait. Deux ans plus tard, Trump répond de ses propres décisions. La contestation des guerres peut donc viser des camps différents selon celui qui gouverne.
Le Michigan change de message, pas de règle de preuve
La victoire sénatoriale d’Abdul El-Sayed face à Mike Rogers, annoncée par une agence de presse le 4 novembre, donne un repère concret. Le démocrate défend un embargo sur les armes destinées à Israël. Il gagne pourtant dans l’État remporté par Trump en 2024. Son succès montre qu’une telle position n’empêche pas nécessairement une victoire générale.
Il ne prouve pas que cette position explique, à elle seule, son élection. Pour mesurer le poids respectif de Gaza et de l’Iran, il faudra croiser les résultats locaux définitifs avec les enquêtes postélectorales. Participation, changement de candidat et raisons du vote devront être distingués, notamment chez les électeurs revenus aux urnes après 2024.
Sources et repères
- Libnanews, Abdul El-Sayed élu : la fracture sur Israël, 4 novembre 2026.
- Associated Press via WTTW, contrôle démocrate de la Chambre et du Sénat, 4 novembre 2026.
- ABC News, déclaration du mouvement Uncommitted, 19 septembre 2024.
- Associated Press, soutien d’Emgage Action à Harris, 25 septembre 2024.
- Federal Election Commission, résultats officiels de la présidentielle du 5 novembre 2024.
- Pew Research Center, les enjeux du vote de 2024, 9 septembre 2024.
- Pew Research Center, analyse des électeurs dont la participation a été vérifiée, 26 juin 2025.
- Chicago Council on Global Affairs, politique étrangère et midterms, 1er octobre 2026 ; enquête du 10 au 21 juillet.
- Chicago Council on Global Affairs, méthodologie de l’enquête annuelle 2026 : 2 156 adultes, marge d’erreur de 2,2 points.
- Pew Research Center, mobilisation avant les midterms, 8 octobre 2026 ; enquête du 28 septembre au 4 octobre.
- Couverture : portrait officiel intégral de Kamala Harris, Lawrence Jackson / Maison-Blanche, mars 2021, domaine public.
- Couverture : photographie intégrale du Capitole, Architect of the Capitol, 1997, domaine public. Montage graphique classique Libnanews ; photographies d’archives.


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