Donald Trump a consulté ses conseillers sur l’avenir de Pete Hegseth après la défaite républicaine aux élections du 3 novembre. Il a ensuite publiquement défendu son secrétaire à la Défense. Au Congrès, une tentative de mise en accusation pourrait revenir dès la semaine prochaine. L’hypothèse d’un renvoi préventif se pose, mais aucune décision n’est annoncée.
Des consultations privées et un soutien public
L’avenir de Pete Hegseth concentre une partie des tensions ouvertes par les élections américaines. Selon des informations exclusives de CBS News, Donald Trump a interrogé plusieurs conseillers, directement et par téléphone, sur son maintien. La chaîne cite plusieurs personnes au fait de ces échanges. D’autres sources précisent toutefois qu’aucune décision de remplacement n’a été prise.
Interrogé mercredi après-midi, le président a répondu qu’il n’envisageait pas de le remplacer. Il a estimé que son ministre faisait « du très bon travail ». La porte-parole Anna Kelly a également réaffirmé la confiance de la Maison-Blanche.
Ce soutien public intervient alors que les démocrates ont remporté le contrôle des deux chambres du Congrès. La nouvelle majorité n’entrera toutefois en fonctions que le 3 janvier 2027. D’ici là, les élus sortants conservent leurs pouvoirs et peuvent engager une procédure contre le chef du Pentagone.
Hegseth face à un vote voulu par un républicain
La première échéance pourrait précéder l’installation des démocrates. Thomas Massie, représentant républicain du Kentucky, veut provoquer un vote dès la semaine du 9 novembre. Il l’a annoncé avant les élections. Sa démarche vise à remettre devant la Chambre les huit chefs de mise en accusation présentés en septembre.
Massie entend utiliser une procédure prioritaire, sous réserve de sa recevabilité parlementaire. Celle-ci peut contraindre la direction de la Chambre à organiser rapidement un vote. Les élus pourraient alors se prononcer sur le texte ou choisir de l’écarter. Annoncer cette initiative ne garantit donc ni son adoption ni même un vote direct sur chaque accusation.
Le représentant compte sur des défections dans son propre camp. Les élus battus ou quittant le Congrès pourraient, selon lui, se montrer moins sensibles à la pression présidentielle. Cette appréciation reste un pari politique. Elle ne constitue pas un décompte de voix favorables à la mise en accusation.
La guerre en Iran au centre des accusations
Le texte de Massie place la conduite de la guerre en Iran au premier rang des griefs. Il reproche à Hegseth d’avoir engagé et poursuivi les opérations sans l’autorisation requise du Congrès. Il l’accuse aussi de ne pas avoir respecté les délais prévus par la loi de 1973 sur les pouvoirs de guerre.
D’autres chefs portent sur la protection des civils et les frappes visant des personnes soupçonnées de trafic de drogue. Le document mentionne également l’opération contre Nicolás Maduro au Venezuela, les opérations au Yémen et les mesures visant le sénateur Mark Kelly. Il s’agit d’accusations portées par leur auteur, pas de conclusions judiciaires établissant la culpabilité du ministre.
Une initiative démocrate distincte existe aussi. La représentante de l’Arizona Yassamin Ansari a déposé six chefs de mise en accusation au printemps. Son texte vise notamment la guerre en Iran, le traitement d’informations militaires sensibles, le contrôle parlementaire et la politisation des forces armées. Les deux démarches se recoupent, sans constituer un texte commun déjà adopté.
Le Pentagone rejette les accusations et défend le bilan de son secrétaire. Ses porte-parole affirment qu’il veut poursuivre son travail jusqu’au terme du mandat présidentiel. Son maintien officiel contraste ainsi avec les discussions rapportées sur son avenir.
Prendre les devants avant une sanction parlementaire
Une lecture politique de ces consultations est possible : Trump pourrait chercher à garder la maîtrise d’un éventuel départ. Renvoyer Hegseth avant un vote lui permettrait de présenter ce changement comme sa propre décision. Il éviterait alors que le premier geste décisif vienne du Congrès et de ses adversaires.
Dans cette hypothèse, le président pourrait aussi concentrer sur son ministre une partie du coût politique de la guerre. Le remplacement deviendrait une réponse affichée aux difficultés du Pentagone, plutôt qu’un recul imposé par les parlementaires. Ce scénario aurait donc un intérêt politique même sans certitude d’une destitution finale.
Mais les faits disponibles ne permettent pas d’attribuer cette intention à Trump. Des consultations sur un ministre peuvent aussi concerner son efficacité ou sa capacité à négocier avec le Congrès. Le soutien public du président doit être pris en compte. À ce stade, parler d’une stratégie d’anticipation reste une hypothèse d’analyse.
Il serait surtout prématuré d’affirmer que Trump cherche à éviter une destitution devenue certaine. La Chambre n’a pas encore adopté les accusations évoquées. Et un vote favorable dans cette chambre ne suffirait pas à retirer Hegseth de ses fonctions.
Le financement militaire accroît la pression
La confrontation dépasse la seule procédure de mise en accusation. Thom Tillis, sénateur républicain de Caroline du Nord, a mis en cause la capacité de Hegseth à obtenir les crédits nécessaires. Il a demandé si le secrétaire restait le meilleur interlocuteur pour défendre les besoins du Pentagone devant le Congrès.
Les négociations portent notamment sur une demande de crédits militaires d’urgence de 70 milliards de dollars présentée en juin. Le financement annuel de la défense pour l’exercice 2027 figure également parmi les dossiers en suspens. Des démocrates ont menacé de bloquer ces textes dans le contexte de la guerre en Iran.
Ce conflit budgétaire donne une portée concrète aux critiques. Le secrétaire doit convaincre des élus dont certains contestent sa gestion, tout en défendant les moyens des forces américaines. Une remise en cause de son maintien peut donc peser sur les négociations avant tout procès politique.
Une majorité électorale ne suffit pas à destituer
La procédure constitutionnelle comporte deux étapes distinctes. La Chambre des représentants peut adopter des chefs de mise en accusation à la majorité simple. Le Sénat est ensuite compétent pour juger le responsable concerné. Une condamnation exige les deux tiers des sénateurs présents et entraîne son départ.
Une victoire démocrate aux élections peut faciliter des enquêtes et un vote à la Chambre. Elle n’efface pas cette exigence au Sénat. Si les cent sénateurs participent, il faut 67 voix pour condamner. Le rapport de force nécessaire dépasse donc celui requis pour diriger la chambre haute.
Les démocrates préparent aussi un contrôle plus large des opérations militaires. Ils veulent examiner les décisions ayant conduit à la guerre, sa conduite et son coût. Des élus ont indiqué qu’un départ de Hegseth ne mettrait pas fin à leurs investigations. Le changement de personne ne réglerait donc pas, à lui seul, le différend sur la politique suivie.
La prochaine étape concrète reste le retour des représentants à Washington. Massie devra alors confirmer sa démarche et la direction républicaine décider comment y répondre. Les discussions sur les crédits militaires se dérouleront en parallèle, tandis que Trump maintient publiquement son soutien à Hegseth.


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