Un reportage culinaire de France 3 consacré au houmous bassar suscite des critiques dans deux réactions transmises à Libnanews. Sur Instagram, sa présentation associe la formule « street food israélienne » à une « spécialité du Moyen-Orient ». Ce rapprochement heurte les personnes qui voient dans le plat un héritage arabe partagé, transmis bien avant la création d’Israël.
Le plat présenté associe une base de houmous à de la viande hachée. La critique vise le choix des mots du service public pour le faire découvrir. La première réaction s’indigne de voir le houmous devenu une spécialité de la cuisine de rue israélienne. La seconde rappelle les liens entre cuisines syrienne, palestinienne et jordanienne : ces traditions culinaires se mêlent, rappelle-t-elle. Toutes deux contestent l’étiquette nationale apposée à un plat familier des tables libanaises et levantines.
Des commentaires publics sous la publication Instagram expriment également leur désaccord. Certains revendiquent l’héritage libanais du houmous ; d’autres rappellent les traditions syriennes et palestiniennes. Des accusations d’appropriation culinaire visent la présentation de France 3, tandis que quelques messages se moquent de la prononciation. Ces réactions portent autant sur les mots choisis pour raconter le plat que sur sa préparation.
Houmous : deux désignations qui racontent deux histoires
La présentation du post ne se limite pas à la référence israélienne : elle qualifie aussi le plat de spécialité moyen-orientale. Mais les deux expressions n’ont pas la même portée. La première rattache la découverte culinaire à une cuisine nationale contemporaine. La seconde situe le houmous dans une région beaucoup plus vaste, sans nommer les traditions arabes qui ont façonné sa recette.
C’est dans cet écart que se loge la contestation. Au Liban, le hommos appartient au répertoire des mezzés, aux repas familiaux et à la restauration quotidienne. Sa place dans les cuisines palestinienne et syrienne relève également d’une longue transmission. Présenter sa popularité en Israël sans raconter cette histoire peut donner l’impression que le pays où on le consomme aujourd’hui serait celui qui l’a inventé.
Le houmous est pourtant bien présent dans la cuisine israélienne contemporaine. Cette réalité ne lui confère pas une origine israélienne exclusive. Les recettes voyagent, les restaurateurs les adaptent et les consommateurs se les approprient. Le point de friction porte sur le récit qui accompagne le plat : les cuisiniers et les sociétés dont il provient restent-ils visibles lorsqu’une nouvelle identité nationale lui est associée ?
Des recettes arabes médiévales aux tables libanaises
Le mot arabe « houmous » désigne d’abord les pois chiches. Des livres de cuisine de Syrie au XIIIe siècle et d’Égypte au XIVe décrivent déjà des préparations apparentées au plat actuel. Les pois chiches pilés y côtoient le sésame, des ingrédients acides et différents assaisonnements. Certaines versions comportent des noix, des herbes ou des épices aujourd’hui moins habituelles. Il s’agit d’une famille de recettes ancienne, et non d’une formule immuable.
Une étape plus proche du houmous actuel apparaît dans un livre de cuisine libanais publié en 1885. La recette réunit pois chiches, ail, citron et tahini. Elle prévoit une consistance épaisse, puis de l’huile d’olive et des herbes pour servir. Cette recette atteste la présence de cette préparation dans un livre libanais bien avant la création d’Israël, sans attribuer son invention exclusive à un pays moderne.
Comment un plat arabe est devenu un symbole israélien
En Israël, l’adoption du houmous s’est accompagnée d’une transformation commerciale et symbolique. Une étude publiée en 2013 dans le Journal of Consumer Culture retrace le passage de ce plat arabe au statut de spécialité nationale et de véritable culte culinaire. Sa production industrielle israélienne commence en 1958. Les marques contribuent ensuite à élargir sa consommation et à diffuser son association avec le pays.
Cette industrialisation n’a pas fait disparaître le houmous artisanal. Les deux marchés se sont développés ensemble. Les barquettes ont élargi sa diffusion, tandis que les restaurants ont conservé une place dans sa consommation quotidienne.
Les deux réactions au reportage demandent que cette histoire arabe reste visible. Leur objection porte sur l’effacement des cuisines libanaise, palestinienne et syrienne dans la manière de présenter un plat qu’elles connaissent d’abord comme un héritage partagé.
Voir la publication originale de France 3 Provence-Alpes sur Instagram
Photo de couverture : houmous, photographie d’illustration issue des archives Libnanews, sans lien avec l’établissement filmé. François El Bacha pour Libnanews.com, tous droits réservés. Habillage Libnanews.


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