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Joseph Aoun à Rome : l’Italie, partenaire clé du Liban

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Joseph Aoun se rend à Rome pour des entretiens avec le président italien Sergio Mattarella et la présidente du Conseil Giorgia Meloni, alors que l’Italie occupe une place croissante dans les dossiers libanais. Présente militairement dans le sud du Liban, engagée depuis des décennies auprès des institutions libanaises et devenue un lieu d’accueil des discussions libano-israéliennes, Rome dispose d’atouts que peu de capitales européennes cumulent. Pour Beyrouth, l’enjeu n’est pas de trouver une alternative aux États-Unis, mais de disposer d’un deuxième point d’appui occidental capable d’accompagner les arrangements sécuritaires et surtout de préparer leur lendemain.

La visite de Joseph Aoun en Italie intervient à un moment où Rome n’est plus seulement, pour le Liban, une capitale européenne amie. Elle se trouve directement associée à plusieurs des dossiers qui détermineront l’évolution du pays : la stabilité du Sud, l’avenir du dispositif international, le soutien à l’armée libanaise, les négociations indirectes avec Israël et la recherche d’un cadre politique susceptible de succéder aux arrangements sécuritaires en cours.

Le président libanais doit rencontrer son homologue Sergio Mattarella ainsi que Giorgia Meloni. Selon les informations publiées le 19 août, les entretiens doivent porter sur la situation libanaise, les développements régionaux et les relations bilatérales. Mais le calendrier donne au déplacement une portée supplémentaire. L’Italie accueille désormais des discussions touchant directement au contentieux libano-israélien et suit de près les transformations militaires et diplomatiques du sud du Liban.

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Rome se retrouve ainsi à l’intersection de trois intérêts libanais : obtenir des garanties sur la sécurité, élargir les soutiens diplomatiques de Beyrouth et préparer une relation internationale qui ne se réduise pas à la gestion immédiate de la frontière avec Israël.

Joseph Aoun à Rome au moment où le dossier libanais change

L’intérêt italien pour le Liban n’est pas nouveau. Ce qui change en 2026 est la concentration de plusieurs fonctions entre les mains de Rome.

L’Italie possède d’abord une présence concrète dans le sud du pays à travers sa participation à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Cette implication lui donne une connaissance directe du terrain, de l’armée libanaise et des mécanismes internationaux installés le long de la Ligne bleue.

Ce point distingue Rome de nombreux partenaires européens de Beyrouth.

Pour l’Italie, le sud du Liban n’est pas uniquement un dossier traité depuis une chancellerie. Des militaires italiens y servent depuis des années. Rome a donc un intérêt immédiat dans l’évolution des règles de sécurité, la stabilité de la zone d’opérations et la définition de tout mécanisme appelé à succéder ou à compléter le dispositif existant.

Cette présence a également produit des relations régulières avec l’armée libanaise. L’Italie participe à sa formation et à son soutien, un élément devenu central à mesure que Beyrouth affirme vouloir renforcer l’autorité des forces armées sur l’ensemble du territoire.

La relation sécuritaire possède ainsi deux niveaux complémentaires : l’Italie agit dans le cadre multilatéral de la Finul tout en entretenant une coopération bilatérale avec l’institution militaire libanaise.

Pour Joseph Aoun, ancien commandant de l’armée, cette dimension revêt une importance particulière. Le président connaît directement les besoins de l’institution et les contraintes liées au déploiement militaire dans le Sud. Ses interlocuteurs italiens connaissent, de leur côté, les difficultés du terrain.

La conversation peut donc aller au-delà des déclarations générales sur la stabilité.

Rome accueille désormais une partie de la diplomatie libano-israélienne

Un deuxième élément a profondément accru la valeur diplomatique de l’Italie : Rome accueille des discussions entre représentants libanais et israéliens dans le cadre des efforts visant à stabiliser la frontière et à organiser les arrangements sécuritaires.

Ce choix n’est pas anodin.

L’Italie offre un territoire européen, membre de l’Union européenne et de l’OTAN, tout en conservant une relation ancienne avec le Liban et une présence dans le dispositif international du Sud. Elle peut fournir un cadre aux discussions sans devenir pour autant leur principal architecte.

Cette distinction permet de comprendre la répartition des rôles entre Rome et Washington.

Les États-Unis conservent un poids que l’Italie ne possède pas. Washington dispose d’une influence déterminante sur Israël, entretient une relation centrale avec l’armée libanaise et joue un rôle majeur dans les médiations sécuritaires et politiques. Les négociations concernant le Liban restent donc difficilement concevables sans participation américaine.

L’Italie n’a ni les moyens ni l’intention apparente de remplacer ce canal.

Son utilité réside ailleurs.

Rome peut accueillir, accompagner et soutenir un processus dont Washington reste l’un des principaux moteurs. Elle peut également offrir aux responsables libanais un interlocuteur occidental moins directement associé au rapport de force israélo-américain.

Pour Beyrouth, cette différence compte.

Ce que le Liban peut demander à l’Italie

Le Liban cherche d’abord à éviter qu’un arrangement sécuritaire ne se réduise à une succession d’obligations imposées à la partie libanaise.

Les autorités libanaises veulent lier les mesures prises au sud et le renforcement de l’autorité de l’État à des résultats concernant Israël : retrait des territoires occupés, arrêt des opérations militaires, traitement des points litigieux et stabilisation durable de la frontière.

Le soutien d’un pays européen directement impliqué sur le terrain peut aider Beyrouth à porter cette position dans les discussions occidentales.

L’Italie ne peut évidemment pas garantir seule un retrait israélien ou imposer un accord. Elle peut en revanche défendre au sein de l’Union européenne, auprès de Washington et dans les enceintes internationales l’idée qu’une stabilisation durable suppose des obligations applicables aux différentes parties.

C’est cette capacité de relais qui donne à Rome une valeur diplomatique particulière.

Le Liban a besoin des États-Unis parce qu’ils disposent de leviers que les Européens ne possèdent pas. Il a simultanément intérêt à éviter qu’un dossier aussi déterminant pour son territoire soit traité dans un tête-à-tête où Washington constituerait son unique interlocuteur occidental majeur.

L’Italie offre donc un second point d’appui, sans constituer un deuxième centre de décision équivalent aux États-Unis.

La question du lendemain des arrangements sécuritaires

La visite de Joseph Aoun comporte également un enjeu moins immédiat : que se passera-t-il une fois définies les modalités sécuritaires actuellement discutées ?

Un accord sur les armes, les déploiements, les mécanismes de vérification ou les positions israéliennes ne suffira pas à stabiliser durablement le Liban si l’État ne dispose pas des moyens de tenir le terrain.

La question est particulièrement concrète dans le Sud.

Un renforcement du déploiement de l’armée suppose des effectifs, des équipements, des infrastructures et un financement durable. Il implique aussi de déterminer le rôle futur de la présence internationale.

L’Italie se trouve directement concernée par cette réflexion en raison de son engagement dans la Finul.

Depuis 2006, la résolution 1701 du Conseil de sécurité constitue le cadre central du dispositif international dans le sud du Liban. La Finul travaille avec l’armée libanaise dans une zone où la présence militaire italienne a été importante. Toute transformation profonde des arrangements de sécurité affecte donc également Rome.

Pour Beyrouth, l’objectif est d’éviter un vide entre la fin d’un mécanisme et l’installation du suivant.

La question n’est pas seulement de savoir combien de soldats internationaux resteront présents. Elle porte sur les missions qui leur seront confiées, leur articulation avec l’armée libanaise et les garanties permettant d’éviter qu’une réduction du dispositif international ne laisse face à face Israël et un État libanais encore insuffisamment équipé.

C’est sur ce « lendemain » que l’Italie peut devenir plus utile encore.

Une relation qui ne commence pas avec la crise actuelle

Réduire les relations libano-italiennes au dossier sécuritaire serait cependant trompeur.

Rome entretient depuis longtemps des liens politiques, culturels et économiques avec Beyrouth. L’Italie a également participé aux initiatives internationales de soutien au Liban et à ses forces armées.

En mars 2018, Rome avait accueilli la conférence internationale de soutien aux Forces armées libanaises et aux Forces de sécurité intérieure, dite Rome II. Plus de quarante pays et organisations internationales y avaient participé.

Ce précédent est important en 2026.

Il montre que l’Italie possède déjà une expérience dans la mobilisation de partenaires internationaux autour de l’appareil sécuritaire de l’État libanais. Si les arrangements actuels débouchent sur une extension des missions de l’armée dans le Sud, cette expérience pourrait retrouver une utilité très concrète.

Le défi est considérable. Une souveraineté proclamée dans un accord doit ensuite être financée et administrée. Les forces armées doivent pouvoir se déplacer, tenir des positions, contrôler le territoire et maintenir durablement leurs effectifs.

La crise financière libanaise a précisément fragilisé cette capacité.

Le soutien international à l’armée n’est donc pas un élément périphérique des négociations. Il conditionne en partie leur applicabilité.

La Méditerranée explique aussi l’intérêt de Giorgia Meloni

L’intérêt italien pour la stabilité libanaise ne se limite pas à la sécurité de la frontière avec Israël.

Pour le gouvernement de Giorgia Meloni, le Liban appartient à un espace méditerranéen dans lequel l’Italie cherche à renforcer son influence politique et économique. Rome a fait de la Méditerranée élargie un axe important de sa politique extérieure, notamment à travers le Plan Mattei lancé par le gouvernement italien pour développer ses partenariats avec les pays africains et méditerranéens.

Le Liban occupe une position particulière dans cet espace. Sa façade méditerranéenne, sa proximité avec la Syrie, ses liens avec le monde arabe et l’Europe et sa place dans les équilibres du Levant donnent à sa stabilité une importance qui dépasse sa taille.

Une nouvelle déstabilisation du pays aurait des conséquences pour l’ensemble de la Méditerranée orientale. À l’inverse, une stabilisation politique et sécuritaire pourrait rouvrir des perspectives économiques.

Les entreprises italiennes disposent déjà d’une expérience au Liban, notamment dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’industrie et du commerce. Une amélioration de la situation institutionnelle pourrait favoriser de nouveaux projets, à condition que les réformes libanaises offrent un environnement suffisamment prévisible.

La coopération économique reste donc dépendante du politique.

Les investisseurs ont besoin de stabilité monétaire, de règles applicables, d’un système bancaire fonctionnel et d’institutions capables d’assurer la continuité des contrats. Sur ces différents points, la relation avec l’Italie rejoint directement le chantier intérieur de la réforme libanaise.

Rome peut relier sécurité et reconstruction

C’est probablement dans cette articulation que la visite de Joseph Aoun prend sa dimension la plus intéressante.

Le Liban ne cherche pas seulement des médiateurs pour arrêter les combats ou définir une carte militaire. Il doit également trouver des partenaires pour reconstruire les régions touchées, renforcer l’armée, restaurer les infrastructures et attirer des investissements.

L’Italie peut intervenir sur plusieurs de ces niveaux sans prétendre contrôler l’ensemble du processus.

Elle possède une présence militaire qui lui donne une connaissance du Sud. Elle appartient à l’Union européenne, ce qui lui permet de porter les demandes libanaises dans un cadre plus large. Elle entretient un dialogue avec Washington tout en conservant sa propre diplomatie méditerranéenne. Elle dispose enfin d’entreprises susceptibles de participer à des projets économiques et de reconstruction si les conditions le permettent.

Cette combinaison explique pourquoi la relation avec Rome prend aujourd’hui davantage de poids.

Elle explique aussi ses limites.

L’Italie ne dispose pas du levier américain sur Israël. Elle ne peut pas, seule, garantir les termes d’un règlement frontalier. Elle ne possède pas non plus les capacités financières permettant de prendre en charge la reconstruction du Liban sans mobilisation européenne et internationale.

Mais Beyrouth ne lui demande pas nécessairement de jouer ce rôle.

L’intérêt de Rome réside précisément dans une fonction complémentaire : transformer une présence ancienne au Liban en capacité d’accompagnement politique au moment où les arrangements militaires doivent déboucher sur une architecture plus durable.

Pour Joseph Aoun, les rencontres avec Sergio Mattarella et Giorgia Meloni permettent ainsi de travailler simultanément sur deux échéances. La première est immédiate : les négociations, la sécurité du Sud et les conditions d’une stabilisation. La seconde commence après : le rôle de l’armée, l’avenir du dispositif international, la reconstruction et la réouverture d’une coopération économique normale.

Washington demeure incontournable dans la première. Rome cherche surtout à démontrer qu’elle peut compter dans les deux. La suite des discussions libano-israéliennes accueillies en Italie montrera jusqu’où ce rôle complémentaire peut désormais s’étendre.

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Newsdesk Libnanews
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