La stratégie du logement libanais proposée par Ronnie Lahoud vise davantage que la reprise des crédits immobiliers. Le président-directeur général de l’Établissement public de l’habitat défend une feuille de route articulant gouvernance, logements accessibles, données et urgences. Le document, d’une trentaine de pages, reste une proposition. Au 4 novembre 2026, il ne constitue pas une politique nationale adoptée et financée dans son ensemble.
Le retour envisagé des prêts donne une visibilité nouvelle au dossier. Une enveloppe de 24 millions de dollars est prévue dans le projet de budget de l’année suivante pour les ménages à revenus limités. Cette perspective ne signifie pas que les financements sont déjà disponibles. Elle ne permet pas non plus de confondre un programme de crédits avec l’exécution d’une stratégie du logement.
Stratégie du logement libanais : organiser les responsabilités
Le premier axe de la feuille de route porte sur la gouvernance. Lahoud propose une coordination plus cohérente des politiques publiques, aujourd’hui réparties entre plusieurs intervenants. Il demande de renforcer immédiatement l’Établissement public de l’habitat, en attendant un éventuel ministère chargé du logement et des villes.
Cette proposition concerne les compétences, les moyens et le suivi. Elle ne correspond pas à la création annoncée d’un ministère. Le document envisage aussi une coopération avec les municipalités et les organisations de terrain. Celles-ci peuvent contribuer à identifier les besoins locaux et les logements concernés.
L’enjeu est de relier les décisions qui touchent un même ménage. Un prêt, une autorisation de construire, la remise en état d’un immeuble et l’accès aux services n’obéissent pas aux mêmes procédures. Sans coordination, leur addition ne garantit pas qu’un logement soit accessible au moment nécessaire.
Développer une offre qui ne se limite pas à l’achat
Le deuxième axe porte sur l’offre et l’accessibilité. La feuille de route associe plusieurs voies : propriété, location abordable, coopératives, réhabilitation et logement public. Elle inclut également la qualité des constructions et leur encadrement.
La diversité des solutions répond à celle des situations. Certains ménages peuvent rembourser un crédit. D’autres ont besoin d’un loyer compatible avec leurs revenus ou de travaux dans le logement qu’ils occupent déjà. La reprise des prêts ne traite pas directement tous ces besoins.
Parmi les mesures envisagées figurent un inventaire foncier, l’utilisation de terrains publics et le soutien aux réparations. La coopération entre acteurs publics et privés est également proposée. Aucun de ces outils ne doit être présenté comme un programme déjà ouvert aux candidatures.
Le document discute aussi la fiscalité. Lahoud propose notamment de supprimer une taxe sur les logements vacants pour encourager leur remise sur le marché. D’autres pistes générales de financement évoquent des prélèvements liés à la vacance, aux permis ou à l’enregistrement. Ces orientations demandent encore un arbitrage ; elles ne forment pas une mesure fiscale définitivement arrêtée.
Des données pour suivre les besoins et les résultats
Le troisième axe concerne une base nationale de données, la transparence et le suivi. La feuille de route envisage aussi un comité consultatif. Ces outils doivent permettre de mieux décrire les besoins et d’évaluer les programmes.
Une politique du logement ne peut être jugée seulement au nombre de prêts distribués. Il faudrait savoir quels ménages en bénéficient, dans quels territoires et avec quelle charge mensuelle. Le suivi des logements réhabilités ou mis en location à prix accessible serait tout aussi nécessaire.
Le document décrit des loyers dépassant le repère de 30 % des revenus, des contrats informels et l’éloignement des ménages modestes. Ce diagnostic ne fournit pas un taux national vérifié d’expulsion ou de vacance. Les données proposées doivent précisément aider à mesurer des situations encore insuffisamment documentées.
Relier l’urgence et la reconstruction
Le quatrième axe traite des déplacements, du logement d’urgence et de la reconstruction, particulièrement au Sud. Il associe l’hébergement temporaire à la préparation de solutions plus durables.
Cette articulation est importante pour définir les objectifs. Mettre une famille à l’abri, réparer un logement et reconstruire un quartier ne demandent ni les mêmes délais ni les mêmes ressources. Une stratégie devrait préciser quand une aide d’urgence s’achève et comment elle rejoint une solution stable.
La feuille de route inclut ces situations dans la politique générale de l’habitat. Elle ne chiffre toutefois pas, dans les éléments présentés, un financement déjà acquis pour toutes les opérations de reconstruction.
La décision budgétaire ne remplacera pas le plan d’exécution
Lahoud plaide pour un financement durable combinant dotations publiques, incitations et ressources dédiées. La question porte autant sur la continuité des moyens que sur leur montant initial. Un dispositif interrompu ne peut pas assurer à lui seul une politique de long terme.
Une première feuille de route présentée en 2018 n’avait pas été officiellement adoptée. Le nouveau document doit donc encore franchir plusieurs étapes : arbitrages, adoption, financement et définition des responsabilités. Pour les ménages, le résultat devra se traduire par des critères accessibles, des programmes identifiés et un calendrier de mise en œuvre publié.


Commentaires