En appelant, le 5 novembre, à donner aux médicaments libanais une chance équitable dans les achats publics, Nehmat Aoun a relancé une question industrielle très concrète. Mais cet appel ne crée pas une préférence nationale nouvelle. La loi libanaise en prévoit déjà une, et un cahier des charges de la Santé publié en juillet 2026 fait expressément référence à un avantage de 10 % pour les produits libanais.
La Première dame s’exprimait au Musée national de Beyrouth lors du lancement de la campagne de soutien à l’industrie pharmaceutique locale. Elle a défendu l’accès des fabricants qualifiés aux commandes publiques, sans compromettre la sécurité des patients. Reste à distinguer cette orientation politique des règles existantes, puis de leur application dans chaque marché.
Ce que prévoit la loi
L’article 16 de la loi 244 sur la commande publique permet d’accorder une préférence de 10 % aux offres comportant des biens ou services d’origine nationale. Le bénéfice concerne les composantes nationales de l’offre et dépend des règles d’origine. Il ne suffit donc pas qu’un distributeur soit une société libanaise pour qualifier tous les médicaments qu’il vend de production locale.
Le même article interdit d’inscrire dans les dossiers d’appel d’offres ou de préqualification des dispositions qui excluraient des biens fabriqués au Liban lorsqu’ils existent et que leur qualité répond aux exigences demandées. La protection de l’accès au marché demeure ainsi liée à la conformité technique.
La loi n’attribue pas automatiquement un contrat au producteur national. Elle fournit un cadre pour comparer les offres admissibles. L’origine, le prix et le respect des spécifications doivent être établis, et non supposés à partir du nom de l’entreprise.
Une clause déjà présente dans un marché de médicaments
Le marché de la Santé portant la référence 36/ش.ع.ت, annoncé le 10 juillet 2026 sur la plateforme de l’Autorité des achats publics, fournit un exemple vérifiable. Il concerne plusieurs médicaments, avec des offres présentées par référence ou groupe de références. La date limite de dépôt était fixée au 3 août : il ne s’agit pas d’un nouvel appel ouvert après le discours de novembre.
À la page 2, l’article 3 du cahier des charges organise l’attribution aux offres admises sur les plans administratif et technique. Il précise aussi la procédure à suivre lorsque les prix restent égaux après l’application de la préférence de 10 % aux biens libanais, en renvoyant à l’article 16 de la loi.
Cette mention démontre que le mécanisme est prévu dans le document contractuel consulté. Elle ne permet pas de calculer combien de lots une usine libanaise a remportés grâce à lui. Une clause et un résultat d’attribution sont deux preuves différentes.
La qualité ne devient pas facultative
L’article 5 du même cahier exige des médicaments enregistrés et classés auprès du ministère de la Santé, conformes aux caractéristiques, normes et conditions qu’il fixe. Il prévoit que l’administration puisse demander des documents ou analyses supplémentaires en cas de doute et refuser une marchandise non conforme.
Le dossier demande également l’identification du médicament, son numéro d’enregistrement et son nom commercial. Ces données permettent de relier une offre à un produit déterminé. La comparaison ne doit pas opposer une catégorie abstraite de « médicaments locaux » à une autre de « médicaments importés » sans vérifier substance, présentation, dosage et exigences applicables.
Pour apprécier la place réelle de la production libanaise, il faudrait rapprocher, lot par lot, les candidatures, les décisions de recevabilité, les prix comparés après préférence, les fabricants et les pays de fabrication. Les contrats et livraisons permettraient ensuite de distinguer une attribution d’un approvisionnement effectivement réalisé.
L’enjeu porte sur l’exécution
Les documents examinés ne permettent pas d’établir une part nationale consolidée des achats de médicaments ni de démontrer une exclusion systématique des usines locales. Ils montrent en revanche que la discussion doit dépasser la seule annonce d’un soutien : un instrument juridique et une clause de marché existent déjà.
Le test sera leur application traçable, avec des exigences identiques de qualité et de sécurité. Soutenir la production locale et protéger le patient ne sont pas deux objectifs concurrents, à condition de publier assez d’éléments pour vérifier comment les offres sont évaluées et les médicaments livrés.
Photo d’illustration : comprimés et gélules, banque photographique Libnanews. Produits, lieu et photographe non identifiés ; cette image ne représente pas les lots du marché étudié.


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