Le Liban ne découvre pas les médicaments issus des biotechnologies. En soulignant leur développement lors de la campagne de soutien au médicament libanais, le 5 novembre, le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, a décrit une ambition industrielle qui repose déjà sur des entreprises et des produits identifiables. Mais les documents accessibles ne démontrent ni une autonomie complète de fabrication ni un volume national de production pour 2026.
Pour évaluer cette activité, plusieurs étapes doivent être séparées : la recherche, la production de la substance, la formulation, le remplissage, le conditionnement, l’enregistrement et la commercialisation. Une entreprise peut participer à certaines de ces opérations sans les effectuer toutes au Liban. Le nom du laboratoire sur une fiche ne décrit pas, à lui seul, l’ensemble de cette chaîne.
Alpeen : un produit identifié dans la base ministérielle
La base des médicaments du ministère de la Santé référence Alpeen, une érythropoïétine humaine recombinante, sous le classement « BioTech ». Pour la présentation de 4 000 unités consultée, elle indique Arwan Pharmaceutical Industries Lebanon comme laboratoire, le Liban comme pays de fabrication et un numéro d’enregistrement. Ce sont des informations réglementaires précises, distinctes d’une simple annonce de recherche.
Elles ne renseignent toutefois ni les quantités produites cette année, ni les stocks disponibles, ni l’origine de chaque étape industrielle. Une fiche enregistrée n’est pas un relevé de disponibilité en pharmacie et ne fournit pas un taux d’intégration locale.
Un document du partenaire Polymun apporte une précision importante. Dans ses références publiques, l’entreprise décrit sa contribution au projet d’érythropoïétine biosimilaire d’Arwan : développement du système d’expression et du procédé de fabrication, fourniture de produit formulé en vrac selon les bonnes pratiques de fabrication et licence régionale. Elle présente Alpeen comme commercialisé au Liban, en Jordanie, au Kenya et en Libye.
Ce descriptif montre pourquoi il faut éviter de traduire automatiquement la mention « Liban » en fabrication intégralement réalisée sur place, depuis la production biologique initiale jusqu’au médicament fini. Il ne remet pas en cause la qualification inscrite par le ministère. Il révèle la participation d’un partenaire industriel que la seule ligne de la base ne détaille pas.
Des installations, sans bilan public complet des volumes
La présentation officielle des fabricants locaux indique qu’Arwan a commencé ses activités en 2013 avec une première unité de médicaments injectables stériles. La fiche d’investissement d’IDAL mentionne également une mise en service en 2013, après une approbation du projet en 2011. Ces dates rappellent que l’activité industrielle est antérieure aux déclarations de novembre 2026.
Chez Benta Pharma Industries, la page consacrée aux biotechnologies décrit des zones de recherche, de contrôle qualité, de production en amont et en aval, de stockage au froid et de formulation-remplissage. Le répertoire du ministère présente aussi l’entreprise comme fabricant de produits oncologiques, biotechnologiques et stériles.
Ces descriptions documentent des activités déclarées et des installations présentées par les entreprises. Elles ne constituent pas un audit indépendant de leur capacité utilisée, de leurs volumes récents ou de l’autorisation de chaque traitement évoqué. Une capacité technique annoncée ne doit pas être transformée en quantité effectivement mise sur le marché.
Recherche et commercialisation ne se confondent pas
Benta décrit également des travaux de thérapie cellulaire et d’encapsulation de cellules vivantes. De tels programmes relèvent d’un domaine différent de la simple production d’un médicament déjà enregistré. Leur présentation sur un site industriel ne suffit pas à établir une autorisation de commercialisation au Liban ou une efficacité clinique démontrée pour les patients.
Pour documenter une nouvelle production, il faudrait connaître le produit, le site chargé de chaque étape, les autorisations correspondantes et les lots effectivement fabriqués et libérés. Pour mesurer son apport au pays, il faudrait aussi disposer des volumes, de la valeur ajoutée locale et des intrants importés. Ces éléments ne figurent pas ensemble dans les pièces publiques examinées.
Le constat est donc plus précis qu’une opposition entre promesse et absence d’industrie : le Liban possède déjà des acteurs et des médicaments biotechnologiques référencés. L’ampleur de la production entièrement locale et sa progression récente restent, elles, à établir produit par produit.
Photo d’illustration générale du secteur pharmaceutique : comprimés et gélules, banque Libnanews. Elle ne représente ni Alpeen, ni des médicaments biologiques, ni les installations des entreprises citées. Photographe non renseigné.


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