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Washington veut isoler économiquement l’Iran et menace la Chine

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Après près de six mois de guerre sans résultat politique décisif, Donald Trump tente de déplacer une partie de l’affrontement avec l’Iran du terrain militaire vers l’économie mondiale. L’administration américaine demande désormais à ses alliés, mais aussi à la Chine, de réduire fortement leurs relations commerciales avec Téhéran. Washington menace les pays qui continueraient à fournir à l’économie iranienne des débouchés, des financements ou des infrastructures de subir à leur tour de lourdes conséquences économiques. Cette nouvelle campagne de pression vise à priver l’Iran des revenus qui lui permettent de soutenir son économie et son effort de guerre. Elle révèle aussi une difficulté : pour isoler réellement Téhéran, les États-Unis doivent convaincre ou contraindre des partenaires dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement avec les leurs.

Le secrétaire américain au Trésor Scott Bessent a annoncé jeudi 20 août que Washington préparait les sanctions « les plus dures de l’histoire » contre l’Iran, dont les détails doivent être présentés la semaine prochaine. Le vice-président JD Vance parle d’une « nouvelle phase » de la pression économique. Donald Trump avait annoncé la veille une offensive destinée à imposer ce qu’il présente comme une véritable guerre économique à la République islamique.

Le changement est important. Les sanctions américaines contre l’Iran existent depuis des décennies et ont déjà isolé une grande partie du système financier iranien. L’objectif affiché aujourd’hui va plus loin : Washington veut agir sur les États et entreprises qui permettent encore à Téhéran de commercer malgré les sanctions.

Isoler l’Iran en s’attaquant à ceux qui commercent avec lui

La logique américaine repose sur les sanctions secondaires. Les États-Unis ne se contentent pas d’interdire à leurs propres entreprises de commercer avec une entité iranienne. Ils peuvent également menacer une entreprise étrangère, une banque ou un intermédiaire de perdre son accès au marché et au système financier américains s’ils maintiennent certaines relations avec l’Iran.

Cette capacité constitue l’un des instruments les plus puissants de la politique économique américaine. Une banque asiatique ou européenne peut n’avoir aucune activité aux États-Unis tout en dépendant du dollar pour ses transactions internationales. Une compagnie maritime peut ne pas être américaine mais avoir besoin d’assurances, de financements ou de services liés à des entreprises exposées au marché américain.

Washington cherche à exploiter cette asymétrie.

Selon les déclarations américaines du 20 août, les pays qui fourniraient une forme de soutien économique à l’Iran doivent désormais s’attendre à un coût beaucoup plus élevé. L’expression de « bouée de sauvetage » employée par Donald Trump est volontairement large. Elle suggère que l’administration ne souhaite plus concentrer uniquement sa pression sur les entreprises directement associées aux secteurs militaires ou nucléaires iraniens.

Le périmètre exact des nouvelles mesures n’était toutefois pas encore détaillé au 21 août. Il serait donc prématuré d’affirmer que Washington interdira tout commerce avec l’Iran ou appliquera automatiquement la même sanction à chaque pays concerné.

L’annonce doit plutôt être comprise comme un avertissement : les États-Unis préparent une extension de leur capacité de coercition économique et veulent que les partenaires commerciaux de l’Iran anticipent eux-mêmes le risque.

Pourquoi Washington change de méthode après six mois de guerre

Le calendrier n’est pas anodin. La guerre commencée à la fin de février approche de son sixième mois sans avoir produit le dénouement rapide que pouvait espérer Washington.

Les opérations militaires ont lourdement frappé l’Iran et ses infrastructures. Elles n’ont toutefois pas conduit Téhéran à accepter les conditions américaines. La question nucléaire demeure irrésolue, tandis que le détroit d’Ormuz reste au centre du rapport de force énergétique et militaire.

Les efforts diplomatiques n’ont pas davantage produit, jusqu’ici, d’accord durable permettant de sortir du conflit.

La nouvelle campagne économique doit donc être comprise comme une tentative de modifier le rapport entre le coût de la guerre et celui d’un compromis. Washington veut rendre progressivement le maintien de la position iranienne plus coûteux que les concessions exigées de Téhéran.

Scott Bessent a lui-même établi un lien entre la pression économique et la possibilité d’éviter une nouvelle phase d’opérations militaires de grande ampleur. Son raisonnement est que des sanctions suffisamment efficaces peuvent réduire la nécessité de reprendre une campagne militaire massive.

Cela ne signifie pas que Washington renonce à la force. La pression économique devient plutôt un autre volet d’une stratégie coercitive dans laquelle la menace militaire demeure disponible.

Le pétrole reste le nerf de la stratégie américaine

Pour comprendre cette stratégie, il faut regarder les revenus extérieurs de l’Iran. Le pétrole reste essentiel à l’entrée de devises dans l’économie iranienne et donc à la capacité de Téhéran de financer ses importations.

Washington cherche depuis longtemps à réduire ces exportations. Mais les sanctions n’ont jamais réussi à les supprimer complètement.

La guerre et le rétablissement du blocus américain en juillet ont néanmoins fortement perturbé les flux.

Selon des données et des informations commerciales rapportées le 21 août, les exportations iraniennes de pétrole seraient tombées à environ 534 000 barils par jour en août, contre une moyenne proche de 1,4 million de barils par jour en 2025. Ces chiffres restent susceptibles d’évoluer et le commerce pétrolier iranien est particulièrement difficile à mesurer en raison des méthodes utilisées pour contourner les sanctions.

La tendance est cependant claire : la disponibilité du pétrole iranien pour les acheteurs asiatiques s’est fortement contractée.

Cette raréfaction modifie également les prix. Le brut iranien était traditionnellement vendu à certains acheteurs chinois avec une décote destinée à compenser le risque de sanctions. Avec la baisse des volumes disponibles, certains chargements se négocient désormais dans des conditions beaucoup moins avantageuses pour les raffineries qui en dépendaient.

L’objectif américain est de transformer cette perturbation militaire et maritime en isolement économique durable.

La Chine détient une grande partie de la réponse

C’est ici que la stratégie de Donald Trump rencontre son principal obstacle.

La Chine absorbe plus de 80 % des exportations iraniennes de pétrole expédiées par mer, selon les estimations commerciales disponibles. Sans le marché chinois, la capacité de Téhéran à monétiser ses hydrocarbures serait considérablement réduite.

Pékin devient donc indispensable à toute stratégie visant à asphyxier financièrement l’Iran.

Mais demander à la Chine de couper ses liens avec Téhéran revient à demander au principal rival stratégique des États-Unis d’aider Washington à atteindre l’un de ses objectifs géopolitiques majeurs.

Le paradoxe est considérable.

Les États-Unis disposent de moyens pour augmenter le coût des achats chinois de pétrole iranien. Ils peuvent sanctionner des raffineries, des négociants, des navires ou des intermédiaires financiers. Ils peuvent compliquer l’assurance et le paiement des cargaisons et rendre plus risquée l’utilisation du système financier international.

Ils ne contrôlent cependant pas directement les décisions commerciales chinoises.

Pékin a d’ailleurs rejeté vendredi la stratégie américaine. La diplomatie chinoise a affirmé que les sanctions et la pression ne constituaient pas une solution à la crise au Moyen-Orient.

La réaction confirme que la Chine n’accepte pas le principe selon lequel Washington pourrait déterminer unilatéralement avec quels pays ses entreprises peuvent commercer.

Pour Pékin, l’enjeu dépasse largement le pétrole iranien

La Chine possède aussi un intérêt stratégique à contester l’extraterritorialité des sanctions américaines.

Accepter sans résistance les demandes de Washington créerait un précédent dans un contexte où Pékin cherche précisément à réduire sa vulnérabilité au système financier dominé par les États-Unis.

La question iranienne rejoint ainsi la compétition sino-américaine.

Pour Washington, la puissance du dollar permet de transformer l’accès au marché américain en instrument diplomatique. Pour Pékin, cette utilisation du système financier international constitue une raison supplémentaire de développer des circuits de paiement et des relations commerciales moins dépendants des infrastructures occidentales.

Cela ne signifie pas que les entreprises chinoises ignorent le risque américain. Elles effectuent leurs propres arbitrages.

Une grande entreprise exposée aux marchés occidentaux peut juger le commerce iranien trop risqué. Une raffinerie indépendante, disposant de moins d’intérêts aux États-Unis et attirée par un pétrole avantageux, peut faire un calcul différent.

C’est pourquoi les sanctions contre l’Iran ont souvent produit une segmentation plutôt qu’un arrêt total des échanges : les acteurs les plus exposés au système occidental se retirent, tandis que des intermédiaires spécialisés acceptent davantage de risques.

Les alliés américains sont également placés devant un choix

Washington ne vise pas seulement Pékin. Le message s’adresse aussi aux alliés des États-Unis.

L’administration Trump veut empêcher que les partenaires occidentaux, asiatiques ou moyen-orientaux offrent à l’Iran des circuits alternatifs permettant de contourner son isolement.

Les Émirats arabes unis constituent à cet égard un cas important. Abu Dhabi a annoncé cette semaine la suspension de ses échanges commerciaux avec l’Iran, alors que les deux économies entretiennent historiquement des relations commerciales étroites.

La décision est significative parce que les Émirats ont longtemps constitué l’un des principaux points de connexion entre l’économie iranienne et les marchés internationaux. Dubaï, notamment, accueille une importante communauté d’affaires iranienne et a servi de plateforme pour de nombreux échanges.

Mais la capacité américaine à reproduire ce résultat partout reste incertaine.

Les partenaires des États-Unis doivent tenir compte de leurs propres intérêts énergétiques, commerciaux et sécuritaires. Certains peuvent soutenir l’objectif consistant à empêcher l’Iran de développer certaines capacités militaires tout en refusant une stratégie visant à provoquer son effondrement économique.

Plus Washington menace directement ses partenaires de représailles, plus la coalition qu’il cherche à construire risque aussi d’être perçue comme une contrainte plutôt que comme une politique commune.

Une stratégie économiquement puissante mais pas sans coût

L’efficacité des sanctions dépend également d’une variable que Washington ne contrôle pas totalement : le marché mondial de l’énergie.

Réduire fortement les exportations iraniennes retire des barils d’un marché déjà perturbé par la guerre et les difficultés autour du détroit d’Ormuz.

Les marchés ont immédiatement réagi aux nouvelles menaces américaines. Jeudi, le pétrole américain a gagné près de 4 %, tandis que le Brent progressait de plus de 3 %, atteignant ses niveaux les plus élevés du mois.

Cette hausse illustre le dilemme américain.

Plus Washington réussit à réduire l’offre iranienne, plus il peut augmenter la pression financière sur Téhéran. Mais si cette diminution provoque une forte augmentation du prix mondial du pétrole, une partie de l’effet recherché peut être neutralisée.

Les producteurs qui continuent à exporter bénéficient de prix plus élevés. Les consommateurs américains, eux, peuvent subir une hausse du coût des carburants. L’Europe est exposée au renchérissement du diesel et d’autres produits raffinés.

Une campagne économique contre l’Iran peut donc imposer un coût à Téhéran tout en exportant une partie de ce coût vers les économies qui l’appliquent.

Faire chuter les volumes ne suffit pas

Il existe également une différence entre réduire les exportations iraniennes et priver réellement le gouvernement de revenus.

L’effet financier dépend du volume vendu, du prix obtenu, du coût du contournement des sanctions et de la capacité de l’Iran à recevoir effectivement les paiements.

Une exportation clandestine exige davantage d’intermédiaires, de navires, de rabais et de montages financiers. Elle est donc généralement moins rentable qu’une vente normale.

Les sanctions peuvent ainsi être efficaces même lorsqu’elles ne font pas tomber les exportations à zéro. Elles diminuent la marge obtenue par Téhéran et augmentent le coût de chaque transaction.

Mais l’expérience des précédentes campagnes de sanctions montre également la capacité iranienne d’adaptation. Téhéran a développé des circuits commerciaux opaques, des changements de pavillon, des transferts de cargaisons et des intermédiaires permettant de continuer à vendre une partie de sa production.

La bataille économique qui s’annonce sera donc aussi une bataille de contrôle maritime, financier et commercial.

Les sanctions peuvent-elles obtenir ce que la guerre n’a pas obtenu ?

C’est finalement la question centrale de la nouvelle stratégie américaine.

Une sanction économique peut réduire les ressources disponibles pour un gouvernement. Elle ne détermine pas mécaniquement ses choix politiques.

L’Iran vit sous différentes formes de sanctions américaines depuis plus de quatre décennies. Ces mesures ont pesé sur la croissance, l’investissement, la monnaie et le niveau de vie. Elles n’ont pas conduit la République islamique à disparaître ni à abandonner l’ensemble de ses objectifs stratégiques.

La situation de 2026 est toutefois différente par son intensité. L’économie iranienne subit simultanément les conséquences de la guerre, les perturbations énergétiques, les restrictions commerciales et une nouvelle tentative américaine de couper les circuits qui lui restent accessibles.

L’administration Trump parie donc sur un effet cumulatif.

Elle espère que la combinaison des dommages militaires et de l’asphyxie économique modifiera le calcul de Téhéran sans nécessiter une nouvelle escalade militaire majeure.

Mais la pression peut aussi produire l’effet inverse. Si les dirigeants iraniens concluent qu’aucune concession ne permettra une levée durable des sanctions, ils peuvent considérer qu’ils n’ont plus suffisamment d’incitation à négocier.

Une stratégie coercitive n’ouvre une voie diplomatique que si l’adversaire estime qu’un compromis lui permettra effectivement de réduire le coût qui lui est imposé.

Washington transforme aussi ses alliés en levier

La nouveauté du 21 août se situe peut-être moins dans les sanctions contre l’Iran que dans l’ampleur de la pression annoncée contre les pays qui continuent à commercer avec lui.

Donald Trump cherche à transformer la taille du marché américain et la centralité du dollar en multiplicateur de puissance. Les États-Unis n’ont pas besoin d’acheter le pétrole iranien pour en limiter les ventes : ils peuvent tenter de convaincre chaque acheteur qu’accéder à l’Iran lui coûtera davantage que renoncer à ce marché.

Cette stratégie fonctionne tant que les entreprises et les États considèrent l’accès au système américain comme plus précieux que leurs relations avec Téhéran.

Elle devient plus risquée lorsque la cible est la Chine.

Une confrontation directe avec Pékin autour du pétrole iranien pourrait élargir une guerre économique initialement dirigée contre Téhéran à la relation entre les deux premières puissances économiques mondiales. Elle pourrait aussi accélérer les efforts chinois pour contourner les sanctions et développer des paiements hors dollar.

Washington joue donc sur deux horizons contradictoires : utiliser au maximum la puissance actuelle du système financier américain tout en évitant que son usage coercitif pousse trop rapidement ses partenaires et adversaires à construire des alternatives.

Les détails des nouvelles sanctions annoncées par Scott Bessent sont attendus la semaine prochaine. Ils permettront de savoir si la Maison-Blanche privilégie des mesures ciblées contre les acheteurs de pétrole et leurs intermédiaires ou une menace beaucoup plus large contre les États maintenant des relations économiques avec l’Iran. Le premier test sera chinois : sans réduction substantielle des achats de Pékin, l’isolement économique total recherché par Washington restera hors de portée.

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