Paris veut prolonger la FINUL, mais prépare déjà une solution de remplacement
La France et l’Italie travaillent à une prolongation de la présence internationale au Liban-Sud. Leur objectif immédiat est d’obtenir un nouveau cadre pour la Force intérimaire des Nations unies au Liban, dont la mission approche de son terme. Mais Paris prépare aussi une solution de remplacement. Une opposition américaine pourrait empêcher la prolongation recherchée au Conseil de sécurité. Dans ce cas, les Européens envisageraient une mission civile et militaire chargée d’accompagner l’armée libanaise. Cette formule présente toutefois une limite majeure : les militaires européens ne seraient pas chargés de mener des opérations sur le terrain.
Le député Simon Abi Ramia, président du groupe parlementaire d’amitié franco-libanais, a précisé les contours de cette démarche le 20 octobre 2026. Selon lui, Paris travaille directement avec Rome pour prolonger la mission internationale dans un cadre renouvelé. Les deux capitales étudient parallèlement une mission d’assistance aux forces libanaises. Celle-ci pourrait intervenir dans plusieurs domaines afin de renforcer les capacités de l’armée et des services de sécurité. En revanche, elle n’aurait pas vocation à conduire des opérations militaires dans le Sud. Cette précision révèle la principale faiblesse du projet : une mission de soutien ne remplacerait pas entièrement les fonctions actuellement exercées par la FINUL.
Les discussions se poursuivent avec Washington, les autorités libanaises et plusieurs capitales européennes. L’administration militaire française examine les tâches qui pourraient être confiées à cette nouvelle mission. Aucun accord définitif n’a encore été annoncé sur son mandat, ses effectifs ou ses moyens.
La France cherche des garanties pour ses militaires
La récente visite à Beyrouth du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, s’inscrit dans ces négociations. Paris veut connaître les conditions dans lesquelles ses militaires pourraient poursuivre leur présence au Liban après la fin du dispositif actuel. La question de leur sécurité occupe une place importante dans les discussions. La France cherche également à obtenir des garanties sur les missions qui leur seraient confiées et sur les conditions de leur déploiement.
L’enjeu est aussi diplomatique. Paris souhaite conserver un rôle dans les arrangements qui détermineront la sécurité du Liban-Sud. Une réduction de la présence internationale pourrait diminuer sa capacité à participer directement au suivi des engagements militaires. Les autorités françaises multiplient donc les consultations avec leurs partenaires européens et arabes. Elles cherchent à maintenir un dispositif international tout en évitant de s’engager dans une mission dont les responsabilités resteraient mal définies.
La France examine deux possibilités. La première consiste à obtenir une prolongation de la FINUL, éventuellement accompagnée d’une modification de ses missions. La seconde repose sur la création d’une nouvelle structure européenne d’assistance. Cette dernière option dépendrait notamment de la position américaine. Elle nécessiterait aussi un accord sur les responsabilités respectives des militaires étrangers et de l’armée libanaise.
Rome, partenaire indispensable plutôt qu’adversaire de Paris
Contrairement à l’image d’une confrontation ouverte entre Paris et Rome, les informations du 20 octobre décrivent surtout une coopération entre les deux capitales. Simon Abi Ramia confirme leur coordination directe sur le dossier de la FINUL. Les différences portent davantage sur les formules possibles de présence internationale que sur un désaccord officiellement établi entre les deux gouvernements.
L’Italie dispose d’une expérience importante dans le sud du Liban grâce à sa participation à la force internationale. Elle entretient également des relations militaires suivies avec Beyrouth. Cette expérience lui donne une place particulière dans les discussions sur le futur dispositif. La France conserve, pour sa part, un rôle diplomatique majeur et cherche à mobiliser les partenaires européens autour d’une solution commune.
Les deux pays doivent néanmoins s’entendre sur plusieurs questions concrètes. Une nouvelle mission devra disposer d’un mandat précis. Il faudra déterminer si ses militaires pourront uniquement former et conseiller les forces libanaises ou s’ils bénéficieront de compétences supplémentaires. La question du financement et celle des effectifs restent également ouvertes.
À ce stade, les documents ne permettent pas d’attribuer à Rome un projet définitivement opposé à celui de Paris. Présenter les deux capitales comme engagées dans une rivalité frontale serait donc excessif.
Washington pourrait empêcher la prolongation recherchée
L’obstacle le plus clairement identifié vient des États-Unis. Une opposition américaine au Conseil de sécurité pourrait compromettre la prolongation de la FINUL. Cette possibilité pousse Paris et Rome à préparer une autre formule. Elle explique pourquoi les discussions européennes portent déjà sur une mission civile et militaire distincte du dispositif actuel.
Washington privilégie parallèlement les négociations militaires entre le Liban et Israël. La rencontre prévue à Tampa le 20 octobre doit notamment permettre d’examiner les arrangements sécuritaires et les conditions d’application de l’accord-cadre. Les États-Unis souhaiteraient renforcer les mécanismes de communication entre les deux armées. Cette orientation ne répond cependant pas à toutes les préoccupations libanaises concernant la présence internationale.
Le Liban réclame toujours l’arrêt des attaques israéliennes et le retrait des territoires occupés. Une coordination militaire directe ne garantirait pas, à elle seule, la réalisation de ces objectifs. Elle ne remplacerait pas non plus automatiquement une force internationale présente sur le terrain.
La position américaine place ainsi les Européens devant un choix difficile : défendre la prolongation d’une mission qui pourrait être bloquée ou préparer un dispositif moins ambitieux, mais plus susceptible d’obtenir un accord diplomatique.
Beyrouth refuse de laisser le Sud sans présence internationale
Le gouvernement libanais cherche à préserver une présence internationale après la fin du mandat de la FINUL. Le Premier ministre Nawaf Salam a abordé cette question avec Jean Arnault, représentant du secrétaire général des Nations unies. Leur rencontre a porté sur les arrangements possibles pour la période suivante et sur la situation sécuritaire dans le Sud. Les deux responsables ont également souligné la nécessité de protéger le Liban d’une nouvelle escalade régionale.
Le président Joseph Aoun défend la poursuite des efforts diplomatiques. Il réclame l’application des engagements concernant le retrait israélien et la cessation des attaques. Parallèlement, il a demandé de renforcer la présence des forces de sécurité libanaises dans les villages méridionaux qui ne sont pas occupés par Israël. Cette mesure vise à rassurer les habitants et à faciliter leur accès aux services administratifs.
Le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Fahmy, a également défendu le maintien d’une force internationale bénéficiant d’un cadre officiel. Lors de sa visite à Beyrouth, il a réaffirmé le soutien de la Ligue aux institutions libanaises et annoncé son intention de se rendre dans le Sud.
Ces positions convergent sur un point : Beyrouth ne souhaite pas que le départ de la FINUL laisse l’armée seule face à l’ensemble des responsabilités actuellement assumées dans le cadre international.
Le problème majeur : une mission sans pouvoir d’intervention
La formule européenne actuellement étudiée comporte une limite clairement énoncée par Simon Abi Ramia. La future mission pourrait accompagner l’armée libanaise, renforcer ses capacités et soutenir son déploiement. Elle ne conduirait toutefois pas d’opérations militaires sur le terrain.
Cette restriction change profondément la portée du dispositif. Une mission de formation pourrait contribuer au fonctionnement des forces libanaises. Elle ne disposerait pas nécessairement des moyens permettant de surveiller directement les incidents ou d’intervenir dans les secteurs exposés aux tensions militaires. Son efficacité dépendrait donc largement des capacités de l’armée libanaise et des arrangements conclus avec les autres parties.
La France étudie encore les responsabilités précises qui pourraient être confiées à ses militaires. Les discussions portent également sur la continuité du soutien international après le départ de la FINUL. Le dispositif envisagé ne peut donc pas encore être présenté comme une force de remplacement opérationnelle.
Pour le Liban, la différence est considérable. La présence de conseillers et de formateurs européens ne répondrait pas nécessairement aux besoins de surveillance et de sécurité dans les villages proches des positions israéliennes. Elle pourrait renforcer l’armée sans lui apporter toutes les capacités actuellement fournies par la mission internationale.
Le dossier reste suspendu à trois décisions : la position américaine sur une prolongation de la FINUL, l’accord européen sur une mission de remplacement et les garanties obtenues par Beyrouth concernant son mandat. Au 20 octobre 2026, Paris et Rome travaillent ensemble, mais aucune formule définitive n’est arrêtée. La principale incertitude n’est donc pas de savoir lequel des deux pays dirigera le futur dispositif. Elle concerne les missions que les Européens accepteront réellement d’assumer dans le sud du Liban.


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