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Berri lie le déploiement de l’armée au retrait israélien

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Nabih Berri a posé mercredi 19 août 2026 une séquence précise pour le sud du Liban : arrêt des opérations israéliennes, cessez-le-feu et retrait jusqu’à la frontière internationale doivent, selon lui, précéder le déploiement immédiat de l’armée libanaise au sud du Litani. Le président de la Chambre affirme pouvoir alors garantir que l’armée sera la seule force chargée de la sécurité et la seule à détenir des armes dans cette zone. En adressant directement cette proposition à une délégation américaine, Berri place Washington devant ce qu’il présente comme sa responsabilité : obtenir d’Israël les conditions permettant à l’État libanais d’exercer seul son autorité dans le Sud.

Nabih Berri n’a pas seulement dénoncé mercredi la situation dans le sud du Liban. Devant une délégation de l’American Task Force on Lebanon (ATFL), il a formulé un enchaînement politique et militaire qui touche directement au dossier le plus sensible des négociations actuelles : le monopole des armes et le déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani.

Son message repose sur un principe simple. Le Liban, affirme-t-il, est prêt à faire assumer la sécurité de cette région par son armée, mais Israël doit d’abord arrêter sa guerre, cesser le feu et se retirer jusqu’à la frontière internationale.

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Berri va plus loin en engageant personnellement sa parole sur l’étape suivante. « Alors seulement, je peux garantir le déploiement immédiat de l’armée libanaise dans la zone située au sud du Litani », a-t-il déclaré.

Il ajoute que l’armée serait alors « la seule force » chargée de maintenir la sécurité et « la seule à posséder des armes dans cette région ».

La formulation est politiquement lourde. Le président de la Chambre est également le chef du mouvement Amal et demeure l’un des principaux interlocuteurs du Hezbollah au sein du système politique libanais. Lorsqu’il affirme devant des interlocuteurs américains que l’armée doit être la seule force armée au sud du Litani, il ne s’agit donc pas uniquement d’un rappel abstrait du rôle de l’État.

La question devient celle des conditions permettant de rendre cet engagement applicable.

Berri propose une séquence : retrait israélien, puis armée libanaise

Le cœur de la déclaration se trouve dans l’ordre des étapes.

Berri ne rejette pas le principe d’un monopole de l’État sur les armes au sud du Litani. Il le relie explicitement à la fin des opérations israéliennes et au retrait des forces israéliennes jusqu’à la frontière internationale.

Cette position permet de comprendre une partie du désaccord qui traverse depuis des mois les discussions sur la sécurité du Sud.

Les partenaires occidentaux du Liban demandent que l’État étende son autorité, que l’armée contrôle le territoire et que les armes qui échappent à son commandement disparaissent de la zone. Du côté libanais, la question posée est celle de la réciprocité : comment demander à Beyrouth d’appliquer ses engagements si Israël poursuit ses opérations et conserve des positions sur le territoire libanais ?

Berri répond en proposant une chronologie.

Israël cesse ses attaques. Un cessez-le-feu devient effectif. Les forces israéliennes se retirent jusqu’à la frontière. L’armée libanaise se déploie immédiatement dans les secteurs concernés. Elle devient alors l’unique force de sécurité et l’unique détentrice d’armes dans la zone au sud du Litani.

Cette chronologie n’est pas un détail technique. Elle détermine qui doit accomplir le premier geste.

C’est aussi là que se situe une partie du rapport de force diplomatique actuel.

« La seule force » et « les seules armes » : une formule sans ambiguïté

La précision des termes employés par Berri mérite attention.

Le président de la Chambre ne s’est pas limité à demander un renforcement de l’armée ou une extension de son déploiement. Il affirme que celle-ci devra être la seule force chargée de la sécurité dans la région et qu’elle devra être la seule à y posséder des armes.

Cette formulation touche directement à la présence militaire du Hezbollah au sud du Litani.

Depuis la résolution 1701 du Conseil de sécurité, adoptée en août 2006 après la guerre entre Israël et le Hezbollah, la zone comprise entre le Litani et la Ligne bleue doit être soumise à un régime sécuritaire particulier. Le texte prévoit qu’elle soit libre de personnel armé, de biens et d’armes autres que ceux du gouvernement libanais et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban.

L’application de cette disposition est restée incomplète pendant près de vingt ans.

Le Hezbollah a conservé une infrastructure militaire dans le Sud, tandis qu’Israël a continué à violer l’espace aérien libanais et que plusieurs points territoriaux sont restés litigieux. Après l’ouverture du front le 8 octobre 2023 et les conflits qui ont suivi, l’équilibre antérieur a été profondément bouleversé.

La déclaration de Berri revient donc à accepter explicitement, pour la zone au sud du Litani, le principe d’un monopole militaire de l’État.

La contrepartie qu’il exige est tout aussi explicite : Israël doit sortir du territoire libanais et mettre fin à ses opérations.

Pourquoi Berri dit pouvoir « garantir » le déploiement

Le choix du verbe est lui aussi important.

Berri ne dit pas seulement qu’il « souhaite » ou « soutient » le déploiement de l’armée. Il affirme pouvoir le garantir immédiatement une fois le retrait israélien effectué.

Institutionnellement, le président de la Chambre ne commande pas les Forces armées libanaises. Leur déploiement relève de l’État, du gouvernement et du commandement militaire.

Sa garantie doit donc être comprise politiquement.

Berri possède une influence majeure dans le système libanais et dans le Sud. Amal est profondément implanté dans les régions chiites méridionales. Le président de la Chambre entretient en outre une alliance ancienne avec le Hezbollah et a joué à plusieurs reprises le rôle d’interlocuteur politique dans les négociations indirectes concernant le conflit avec Israël.

Sa déclaration suggère ainsi qu’un déploiement exclusif de l’armée au sud du Litani pourrait bénéficier de la couverture politique nécessaire dans l’environnement chiite si les conditions qu’il pose sont remplies.

Cette dimension est essentielle.

L’application du monopole des armes ne dépend pas seulement du nombre de soldats disponibles. Elle exige aussi un accord politique suffisamment large pour éviter que le déploiement de l’armée ne soit perçu comme une opération dirigée contre une partie de la population ou comme l’application unilatérale d’exigences israéliennes.

Berri tente précisément de construire une autre lecture : l’armée se déploierait après le retrait israélien, pour restaurer la souveraineté libanaise.

Le message est directement adressé à Washington

Le deuxième élément majeur de la déclaration concerne les États-Unis.

Berri affirme que Washington est « le seul pays » capable d’obliger Israël à arrêter la guerre et que Donald Trump est « le seul » dirigeant en mesure d’obtenir ce résultat.

La formule est volontairement directe.

Elle attribue aux États-Unis une responsabilité proportionnelle à leur influence sur Israël. Aux yeux de Berri, il ne suffit pas que Washington demande au Liban de prendre des mesures concernant les armes ou la sécurité du Sud. L’administration Trump doit utiliser son propre levier pour obtenir d’Israël l’arrêt des opérations et le retrait.

Le choix de l’interlocuteur renforce ce message.

L’American Task Force on Lebanon est une organisation américaine qui entretient des contacts avec les responsables politiques aux États-Unis et au Liban et plaide notamment en faveur du soutien aux institutions libanaises.

En s’adressant à sa délégation, Berri sait donc que ses propos sont destinés à circuler à Washington.

Son argument peut se résumer ainsi : si les États-Unis veulent que l’armée libanaise soit seule au sud du Litani, ils doivent créer les conditions territoriales et sécuritaires qui permettent ce déploiement.

Une situation dans le Sud jugée « intolérable »

Cette proposition intervient sur fond de poursuite des opérations israéliennes.

Berri a utilisé mercredi des termes exceptionnellement sévères pour décrire la situation. Selon lui, ce que vit le sud du Liban est devenu « intolérable » et pourrait même dépasser, dans certains aspects, « les crimes et massacres commis à Gaza ».

Cette comparaison relève de son appréciation politique et ne constitue pas une équivalence factuelle entre les bilans des deux conflits.

Elle traduit néanmoins le niveau de pression ressenti par les responsables du Sud face aux destructions, aux déplacements de population et aux difficultés de reconstruction.

Pour Berri, la question du déploiement militaire ne peut donc pas être séparée de celle des habitants.

Il insiste sur leur droit à revenir dans leurs villages et à reconstruire leurs maisons. L’armée, affirme-t-il, doit précisément devenir la force qui protège ce retour.

La sécurité n’est ainsi plus présentée uniquement en termes de désarmement. Elle est reliée à une finalité civile : permettre aux habitants de retrouver leurs localités.

Le retour des habitants devient une condition de stabilisation

Cette dimension est importante car le contrôle territorial n’a de sens que si les zones concernées peuvent retrouver une vie civile.

Dans plusieurs secteurs du Sud, les destructions ont touché des habitations, des routes, des infrastructures agricoles et des services publics. La poursuite d’opérations militaires empêche ou ralentit la reconstruction et maintient une partie de la population dans une situation d’incertitude.

Berri relie donc trois dossiers souvent traités séparément : le retrait israélien, le déploiement de l’armée et le retour des habitants.

Selon cette logique, le retrait permet le déploiement ; le déploiement crée les conditions de sécurité ; la sécurité permet le retour et la reconstruction.

Cette séquence donne également une dimension supplémentaire à la future conférence internationale de soutien à l’armée libanaise, dont une réunion préparatoire est prévue le 17 septembre à Paris.

Si l’armée doit devenir effectivement la seule force présente au sud du Litani, ses besoins seront considérables. Elle devra tenir durablement des positions, surveiller le territoire, sécuriser les axes, accompagner le retour des habitants et disposer des moyens logistiques nécessaires.

La question du financement international de l’armée rejoint donc directement celle soulevée par Berri.

Le problème du Hezbollah n’est pas pour autant réglé

La déclaration du président de la Chambre ne résout cependant pas toutes les questions.

Affirmer que l’armée sera la seule force armée au sud du Litani ne dit pas encore comment les infrastructures et les armes du Hezbollah seront traitées, selon quel calendrier ni par quel mécanisme de vérification.

La distinction géographique est également importante.

Berri parle explicitement de la zone au sud du Litani. Sa déclaration ne constitue donc pas, en elle-même, un règlement général de la question des armes du Hezbollah dans l’ensemble du Liban.

Cette limite doit être conservée.

Elle n’enlève rien à l’importance de la formule employée, mais elle en définit la portée exacte : le président de la Chambre offre une garantie politique concernant une région déterminée, en échange d’un retrait israélien et de l’arrêt des opérations.

Les discussions ultérieures devront déterminer comment cette formule s’articule avec l’objectif plus large du gouvernement concernant le monopole des armes par l’État.

Une proposition qui déplace la pression vers les États-Unis

La déclaration de Berri tente finalement de modifier la question posée aux responsables libanais.

Depuis des mois, une partie de la pression internationale porte sur ce que Beyrouth doit faire : déployer l’armée, contrôler le territoire et régler le dossier des armes du Hezbollah.

Berri répond désormais par un engagement conditionnel.

Il affirme que l’armée peut se déployer immédiatement et devenir la seule force armée au sud du Litani. Mais il demande auparavant aux États-Unis d’obtenir ce que le Liban réclame à Israël : fin des opérations, cessez-le-feu et retrait jusqu’à la frontière.

La proposition ne supprime donc pas le débat sur les armes. Elle cherche à l’inscrire dans une logique de simultanéité et de réciprocité.

C’est cette formulation que Washington devra désormais évaluer. Si l’administration Trump obtient les conditions demandées par Berri, le président de la Chambre aura engagé son poids politique sur une conséquence vérifiable : un déploiement immédiat de l’armée libanaise et l’absence de toute autre force armée au sud du Litani.

La prochaine étape permettra ainsi de tester les deux côtés de cette équation : la capacité américaine à obtenir d’Israël un retrait et la capacité de Berri à faire respecter, sur le terrain, la garantie qu’il vient publiquement de donner.

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Newsdesk Libnanews
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