5 novembre 2026
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Cisjordanie : Herzog alerte sur les violences des colons

Révélée le 4 novembre 2026, une lettre du 8 octobre montre l’inquiétude d’Isaac Herzog face aux violences des colons en Cisjordanie occupée. Le président israélien réclame une réponse coordonnée aux groupes violents et alerte Benjamin Netanyahu sur les risques d’escalade. Ses demandes précèdent plusieurs attaques documentées en octobre. Les données des Nations unies, les déclarations antérieures de la présidence et la réponse de l’armée permettent de distinguer l’avertissement politique des changements réellement établis sur le terrain.

Isaac Herzog, à droite, accueille Nikos Dendias le 31 janvier 2023. Photographie d’archives.
Isaac Herzog, à droite, lors de la visite de Nikos Dendias le 31 janvier 2023. Photographie d’archives, sans lien photographique avec la lettre du 8 octobre 2026. Ministère grec des Affaires étrangères / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0. Photo non modifiée. © Ministère grec des Affaires étrangères / Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

Dans une lettre datée du 8 octobre 2026 et révélée le 4 novembre par la presse israélienne, Isaac Herzog avertit Benjamin Netanyahu des risques d’une aggravation des violences en Cisjordanie occupée. Le président demande une réponse coordonnée aux groupes violents, alors que les Nations unies documentent un niveau record d’attaques.

Herzog et les violences des colons : un courrier révélé

Deux médias israéliens ont publié des extraits du document le 4 novembre. Ils indiquent avoir eu accès au courrier. La lettre intégrale n’a pas été rendue publique par la présidence dans les documents consultés. L’alerte adressée aux autorités précède donc de près d’un mois sa révélation publique.

Un de ces médias cite, parmi les destinataires, le premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Israël Katz, le chef d’état-major Eyal Zamir et la conseillère juridique du gouvernement Gali Baharav-Miara. Herzog rapporte un manque d’effectifs et d’outils décrit par les militaires, les policiers et les membres du Shin Bet rencontrés sur le terrain.

Le président évoque une situation « hautement explosive et dangereuse ». Il redoute des répercussions sur la sécurité, le fonctionnement de l’État, son économie, sa position internationale et les communautés juives de la diaspora. Il souligne également la faute morale que constituent les violences contre des Palestiniens innocents. Ces conséquences sont des risques formulés par Herzog, pas le constat qu’elles se seraient toutes réalisées.

Des groupes organisés et le risque d’un affrontement avec l’armée

Selon les extraits publiés par la presse israélienne, Herzog refuse de réduire les faits à des incidents isolés. Il décrit une activité criminelle organisée et demande que les groupes impliqués soient traités comme tels. Il souhaite toutefois distinguer ces groupes de l’ensemble des colons, et associer les dirigeants des implantations à la réponse des autorités.

Un média israélien rapporte aussi une mise en garde liée aux affrontements de fin septembre à Jalud, où les forces israéliennes intervenaient notamment pour permettre à une famille palestinienne de regagner son domicile. Herzog estime que l’épisode aurait pu déboucher sur des tirs de soldats contre des citoyens israéliens ou sur la mort d’un membre de la police des frontières. Il envisage, à partir de ce scénario, une escalade pouvant conduire à une guerre civile. Il s’agit d’une alerte conditionnelle, non de l’annonce d’un tel conflit.

Le programme demandé comprend des renforts, des arrestations et des enquêtes, ainsi que le démantèlement des groupes violents. Herzog préconise aussi la détention administrative et une coordination avec les services sociaux, l’éducation et les collectivités. Ces propositions figurent dans la lettre ; elles ne prouvent pas leur adoption par le gouvernement.

Une condamnation déjà formulée publiquement en septembre

Une publication officielle de la présidence du 30 septembre confirme la visite qui a précédé le courrier. Au quartier général de la division chargée de la Cisjordanie, Herzog avait déjà dénoncé la criminalité nationaliste et appelé les responsables politiques à donner aux forces de sécurité les moyens de l’arrêter.

Son propos associait alors défense de l’état de droit, réputation d’Israël et protection des implantations. La portée politique de la lettre doit se lire dans ce cadre. Herzog réclame une action contre les auteurs de violences sans défendre, dans les éléments rendus publics, le démantèlement du système de colonisation. Sa critique de l’inaction et son soutien aux implantations coexistent donc dans ses déclarations.

Cette distinction n’ôte rien à la gravité de l’avertissement. Elle évite cependant de présenter le courrier comme un changement de position sur le statut du territoire ou comme une rupture générale avec la politique israélienne en Cisjordanie.

Octobre, un niveau record documenté par l’ONU

Les observations humanitaires apportent une mesure distincte de l’alerte présidentielle. Dans son rapport daté du 29 octobre, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies, OCHA, recense 397 attaques de colons ayant causé des victimes ou des dégâts matériels entre le 1er et le 26 octobre. Avant même la fin du mois, ce total dépassait tous les bilans mensuels enregistrés depuis le début du suivi en 2006.

Le décompte retient les incidents ayant fait des victimes ou occasionné des dégâts ; il ne recense donc pas toutes les formes de harcèlement. Pour la seule semaine du 20 au 26 octobre, l’agence dénombre 62 attaques dans 49 communautés, dont 38 liées à la récolte des olives.

Le rapport précédent, daté du 22 octobre, recensait déjà 2 159 attaques depuis le début de 2026, dans plus de 300 communautés. Il signalait aussi l’incendie d’une mosquée à Mikhmas et l’attaque de participants à une activité de récolte à Taybeh, dont des représentants diplomatiques et municipaux. Ces événements sont postérieurs à la lettre : ils éclairent la dégradation de la situation, mais ne peuvent avoir motivé un courrier envoyé le 8 octobre.

La récolte concentre des enjeux économiques et de protection

La cueillette rend particulièrement visibles les difficultés d’accès aux terres. Selon le rapport de l’OCHA du 15 octobre, la filière des olives fait vivre entre 80 000 et 100 000 familles palestiniennes. L’agence avait déjà documenté 199 attaques liées à la récolte entre le 1er septembre et le 12 octobre, avant le début officiel de la campagne.

Les pertes dépassent les olives volées ou les arbres détruits. Une parcelle dont l’accès est interrompu peut aussi ne pas être récoltée à temps. Pour les agriculteurs, la protection doit donc couvrir la possibilité de rejoindre les terres et d’y travailler, et pas seulement la réponse à une agression.

Dans un communiqué du 27 octobre, l’armée israélienne affirme avoir déployé des renforts et protégé environ cent sites de récolte coordonnée. Elle assure que la grande majorité de ces opérations se déroule sans incident inhabituel. Cette présentation porte sur les activités coordonnées sous protection militaire. Elle ne répond pas individuellement aux attaques recensées par l’ONU, ni aux restrictions qui empêchent l’accès à certaines parcelles.

L’application de la loi, sans effacer le cadre de l’occupation

Le débat sur les moyens policiers et militaires ne résout pas la question juridique plus large. Dans son avis consultatif du 19 juillet 2024, la Cour internationale de Justice a estimé que la présence continue d’Israël dans le territoire palestinien occupé était illicite. Elle a notamment indiqué qu’Israël devait cesser toute nouvelle activité de colonisation et évacuer les colons du territoire occupé. Cet avis consultatif n’est pas un jugement pénal.

La lettre de Herzog se situe sur un autre terrain : empêcher l’escalade et imposer une réponse de l’État aux groupes violents. L’efficacité d’une telle réponse se mesurera à des faits vérifiables : accès des Palestiniens à leurs terres, prévention des attaques, enquêtes et suites judiciaires. La publication d’un avertissement présidentiel ne suffit pas, à elle seule, à établir qu’un changement a eu lieu sur le terrain.

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