5 novembre 2026
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Enseignants contractuels : un sursis demandé au Liban

La commission parlementaire de l’Éducation recommande de reporter la décision 1513 et de maintenir les contrats des enseignants. Son intervention du 4 novembre cherche aussi une reprise des cours dans le secondaire public. Derrière les seuils de 32 élèves par classe et de 125 élèves par surveillant, le conflit porte sur les heures de travail, les effectifs et le calendrier. Les données disponibles éclairent le poids des contractuels, sans permettre de chiffrer les emplois directement concernés par les mesures contestées.

Couverture Libnanews sur les enseignants contractuels : la commission veut préserver les contrats et recommande le report de la décision 1513. Photo d’archives du Parlement libanais.
Le Parlement libanais à Beyrouth. Photographie d’archives, date de prise de vue non établie. © François el Bacha pour Libnanews.com, tous droits réservés. Habillage éditorial Libnanews, sans modification de la photographie. © François el Bacha pour Libnanews.com, tous droits réservés.

Les enseignants contractuels au Liban ont trouvé un appui au Parlement dans leur bras de fer avec le ministère de l’Éducation. Le conflit porte sur le maintien de leurs contrats, mais aussi sur la taille des classes et l’encadrement des élèves. Réunie le 4 novembre 2026 en présence de la ministre Rima Karami, la commission de l’Éducation recommande de différer la décision 1513 du 28 octobre. Elle appelle parallèlement la Ligue des enseignants du secondaire public à revenir sur sa grève. Reste à traduire cet appel en décisions : la recommandation parlementaire ne vaut pas annulation de la mesure ministérielle et la reprise des cours reste à confirmer.

Enseignants contractuels au Liban : préserver contrats et heures

Présidée par Hassan Mourad, la commission a adopté sa recommandation à la majorité de ses membres. Elle demande le maintien des contrats des enseignants contractuels et des personnels recrutés à titre auxiliaire, dits « moustaane bihom ». L’étude du dossier correspondant n’est pas achevée. Les députés souhaitent aussi permettre aux enseignants empêchés de donner cours de rejoindre les programmes d’enseignement, avec un service horaire assuré. Cette demande vise ceux qui continuent de respecter leur présence administrative dans les établissements.

Pour les enseignants payés à l’heure, conserver un contrat ne suffit pas : encore faut-il avoir des cours à donner. Leur revenu dépend du service qui leur est attribué. Une classe regroupée, une affectation modifiée ou une nouvelle répartition des matières peut réduire ce service sans que le contrat soit formellement rompu. C’est cette fragilité que la recommandation parlementaire cherche à prendre en compte en associant le maintien des contrats à la garantie des heures d’enseignement.

L’année scolaire a déjà commencé et les députés cherchent à éviter une rupture dans les établissements. Leur recommandation s’en tient aux contrats et aux services d’enseignement, sans annoncer de titularisation générale ou de nouveau barème de rémunération. Le paiement des sommes dues, autre revendication centrale des contractuels, reste à traiter.

Une grève soutenue par 3 229 participants au vote

La médiation intervient au début du mouvement annoncé pour le mercredi 4 novembre. La veille, la Ligue du secondaire public avait confirmé son engagement à respecter le vote des assemblées générales. Sur 4 253 participants, 3 229 avaient choisi la grève, soit environ 75,9 %. Les opposants étaient 591 et les abstentionnistes 433.

Le rapport de force interne est net : les voix favorables dépassent de 2 205 celles des opposants et des abstentionnistes réunis. L’ampleur effective de la mobilisation reste cependant plus difficile à mesurer : aucun décompte national vérifié des lycées fermés ou des enseignants grévistes n’est disponible.

La Ligue aborde ainsi les discussions avec un mandat largement majoritaire de ses assemblées générales. Pour obtenir la reprise, la commission lui demande de revenir sur une décision prise par les enseignants eux-mêmes. Les garanties sur l’organisation scolaire seront donc déterminantes. Il appartiendra à la représentation syndicale de se prononcer, puis aux établissements d’organiser le retour en classe.

Contractuels et auxiliaires représentent près de 58 %

Le dernier bulletin statistique, consacré à l’année 2024-2025, montre combien l’école publique dépend de ces personnels. Dans l’enseignement public, le recensement distingue 17 996 contractuels, 2 030 auxiliaires et 13 762 titulaires. Le total, avec les autres catégories, atteint 34 608 personnels recensés. Les contractuels seuls représentent donc environ 52 %. Avec les auxiliaires, leur part monte à 57,9 %.

En 2023-2024, leur poids était moins élevé. Le bulletin précédent comptait 18 108 contractuels et 2 113 auxiliaires dans le public, sur un total de 37 841. Les deux catégories représentaient alors environ 53,4 %. Leur poids relatif augmente dans le recensement suivant malgré une légère baisse de leur nombre. Cette hausse de leur part tient donc à l’évolution de l’ensemble des effectifs recensés, plutôt qu’à une augmentation de leur nombre.

Le dossier des contrats touche ainsi une majorité du personnel recensé dans le public. Ces statistiques couvrent toutefois l’ensemble du secteur, au-delà des seuls lycées mobilisés. Antérieures aux mesures de l’automne 2026, elles ne permettent pas de dénombrer les personnes directement concernées par celles-ci.

Le même bulletin dénombre 294 726 élèves dans le public, dont 50 171 au niveau secondaire. Là encore, il s’agit des effectifs d’une année antérieure, pas du nombre d’élèves privés de cours le 4 novembre. Ils donnent néanmoins la mesure du réseau scolaire dans lequel se joue le conflit. La place des non-titulaires y lie étroitement les conditions d’emploi des enseignants à la continuité des cours.

Le seuil de 32 élèves au cœur du désaccord

Le différend porte notamment sur le dédoublement des classes. Dans son explication du 30 octobre, le ministère présente un seuil de 32 élèves, contre une référence de 40 dans le règlement intérieur. Il affirme avoir tenu compte des propositions des représentants du secondaire et des directions. L’écart est de huit élèves, soit un seuil inférieur de 20 % à cette référence.

La Ligue conteste cette présentation. Son responsable des relations avec les médias, Hassan Khodr, rappelle que sa proposition était de 30 élèves. Il soutient également que le plafond réglementaire de 40 n’interdisait pas de dédoubler avant de l’atteindre. C’est autant le seuil retenu que la manière de le présenter qui oppose les deux parties.

Le ministère met en avant l’assouplissement par rapport aux 40 élèves du règlement. La Ligue, elle, juge les 32 élèves à l’aune de sa demande de 30 pour l’année en cours et refuse d’y voir la traduction de ses propositions. Derrière l’apparente proximité des chiffres, les deux parties ne parlent donc pas du même point de départ.

Dans les établissements, l’application de ce seuil se heurte aussi aux réalités des salles : leur surface, les effectifs présents et les besoins d’accompagnement varient. Les directions demandent que les capacités matérielles qu’elles ont transmises au ministère soient prises en compte. Le choix de maintenir ou de regrouper une division détermine ensuite le nombre de cours à assurer et les heures à répartir entre enseignants.

La surveillance, autre point de friction

La même divergence apparaît dans l’encadrement administratif et éducatif des lycées. Le ministère présente un surveillant pour 125 élèves, au lieu de 150. Il évoque aussi la possibilité d’ajouter 15 heures de surveillance selon les locaux et les besoins. Il présente ces dispositions comme une adaptation du cadre réglementaire aux besoins des établissements.

Hassan Khodr oppose une autre référence : la décision 1065, datée du 29 août 2026, qui aurait retenu un surveillant pour 100 élèves. La Ligue invoque ainsi une organisation plus récente, qu’elle estime toujours applicable et plus protectrice. Ce décalage explique la contestation d’une mesure que le ministère présente comme favorable.

Avec un surveillant pour 125 élèves plutôt que pour 150, la charge théorique diminue de 25 élèves. Mais elle augmente d’autant si l’on retient la référence syndicale de 100. Pour en mesurer les effets sur les postes et les heures de surveillance, il faudrait disposer des effectifs de chaque lycée, des règles d’arrondi, des services déjà distribués et des exceptions accordées.

La négociation devra donc clarifier la règle de référence autant que les conditions de son application. Faute de bilan établissement par établissement, ni les économies attendues ni une éventuelle baisse nationale des emplois ne peuvent être chiffrées.

Les directions demandent de tenir compte des bâtiments

Dans une démarche adressée à Rima Karami, des directeurs de lycées publics demandent que les données remontées du terrain servent de base aux décisions. Leur mémorandum, rendu public le 3 novembre, évoque les effectifs, le nombre de salles, leur surface et leurs capacités d’accueil. Il soutient les objectifs de rationalisation, tout en réclamant un report des changements qui perturbent les groupes déjà constitués.

Les directeurs soulignent aussi que les tâches des surveillants sont simultanées. Elles concernent les couloirs, les cours, les mouvements entre les séances et les situations imprévues. La distribution des espaces compte autant que le nombre total d’élèves. Deux bâtiments accueillant le même effectif peuvent présenter des besoins différents si leurs étages, leurs accès ou leurs équipements sont dispersés.

Le calendrier renforce la difficulté. Les lycées ont déjà réparti les élèves, arrêté les emplois du temps et commencé les évaluations. Modifier les divisions à ce stade oblige à reprendre plusieurs de ces opérations ensemble. C’est aussi pourquoi les députés insistent sur le fait que l’année scolaire est entrée dans son deuxième mois. Refaire cette organisation mobilise les directions et les enseignants, avec un coût en temps de travail qui ne se lit pas nécessairement dans une ligne budgétaire.

Des dérogations pour les petites classes

Le ministère mentionne également des exceptions pour les classes dont les effectifs restent sous les minima réglementaires. Il cite 10 élèves pour la maternelle, le troisième cycle de l’enseignement de base et le secondaire. Le minimum annoncé pour les deux premiers cycles est de 15 élèves. Les situations géographiques, sécuritaires et sociales peuvent justifier une adaptation, tout comme l’existence ou non d’un établissement voisin.

Le troisième cycle correspond aux années de collège de l’enseignement de base, avant le lycée. Sa présence dans certains établissements secondaires fait l’objet d’une autre disposition. Le ministère indique ne pas autoriser de nouvelles ouvertures de ce cycle dans les lycées qui en font la demande pour 2026-2027. Il précise toutefois que les situations antérieures restent inchangées pour cette année.

La Ligue avait proposé un minimum de sept élèves. Pour les petites divisions, l’obtention d’une dérogation peut décider du maintien d’un enseignement de proximité, notamment lorsque le regroupement des élèves est difficile. Les conséquences dépendront donc des autorisations accordées localement. Les minima nationaux ne condamnent pas toutes ces classes à fermer, mais ne garantissent pas non plus leur maintien.

La grève pose un problème particulier aux contractuels

Hamza Mansour, coordinateur du mouvement des enseignants contractuels, a soulevé le 4 novembre une autre difficulté : les jours sans cours peuvent entraîner une perte de rémunération pour ces personnels. Il demande que la mobilisation inclue explicitement la hausse du tarif horaire, la mensualisation des paiements et le règlement des heures de septembre et d’octobre.

Dans sa déclaration, il réclame notamment l’application de la loi numéro 44 concernant l’augmentation de l’heure contractuelle. Il décrit des enseignants qui continuent de financer leurs déplacements malgré l’attente des versements. Son mouvement dénonce cette attente sans fournir de décompte complet des dettes de l’État envers les différentes catégories.

Les contractuels doivent ainsi défendre leurs heures à venir tout en attendant le paiement du travail déjà effectué. Pour les ménages concernés, la difficulté est immédiate. Soutenir la contestation des regroupements peut signifier renoncer à de nouvelles heures rémunérées, alors que les versements précédents se font attendre. Sur ce point, titulaires et non-titulaires n’abordent pas la grève dans les mêmes conditions.

Même un accord sur la décision 1513 laisserait donc ouverte la question des arriérés. Le maintien des contrats et l’organisation des cours, au centre de la recommandation parlementaire, devront s’accompagner de décisions et d’échéances de paiement pour répondre à l’ensemble des demandes.

Des promesses de réexamen, des décisions encore attendues

Le rapporteur de la commission, Edgard Traboulsi, a indiqué après la réunion avoir demandé la suspension des décisions contestées. Il rapporte que la ministre a promis de les réexaminer et de tenir compte des exceptions. Le député fait état d’une promesse de réexamen, sans annoncer de décision ministérielle de report.

Pour évaluer les conséquences des mesures contestées, le nombre de contractuels devra être rapproché du service hebdomadaire confié à chacun. Les besoins diffèrent selon les disciplines et les établissements : un effectif national ne permet pas de savoir quelles heures peuvent être réaffectées, ni à quels enseignants.

Le nombre exact de contrats concernés, les heures susceptibles de changer et le coût budgétaire de leur maintien restent à préciser. Les établissements attendent surtout des instructions sur les règles à conserver, les situations à réexaminer et les services horaires à garantir. La réponse de la Ligue à l’appel parlementaire décidera, de son côté, des conditions d’une reprise des cours.

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