2 octobre 2026
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Deir Ammar : le gouvernement relance la carte du gaz naturel pour tenter de sortir de la crise électrique

Le gouvernement libanais approuve un projet de regazéification à Deir Ammar pour permettre l’importation maritime de gaz naturel liquéfié. Développée en partenariat public-privé, cette infrastructure pourrait diversifier l’approvisionnement énergétique et alimenter la production électrique. Mais financement, capacité, fournisseur, coût et calendrier restent encore à déterminer avant toute réalisation concrète du projet.

Le gouvernement de Nawaf Salam a franchi une nouvelle étape dans sa recherche d’une solution au déficit énergétique libanais. Lors de sa réunion du 1er octobre 2026, le Conseil des ministres a approuvé un projet de transformation de gaz naturel liquéfié en gaz naturel dans la région de Deir Ammar, dans le nord du pays. Le dispositif doit être développé selon le principe d’un partenariat entre les secteurs public et privé. Derrière cette décision relativement discrète se trouve un choix stratégique : créer une infrastructure permettant d’importer du gaz par voie maritime pour alimenter le système énergétique libanais.

La décision gouvernementale ne signifie toutefois pas qu’un terminal est déjà financé, construit ou sur le point d’entrer en service. Les documents du corpus indiquent l’approbation du projet, mais ne fournissent ni calendrier détaillé de construction, ni coût final, ni identité d’un opérateur privé sélectionné, ni date de mise en exploitation. Cette différence est fondamentale. Le Liban possède une longue histoire de projets énergétiques annoncés puis retardés. Le défi commence donc après la décision du Conseil des ministres : transformer une orientation politique en infrastructure réellement financée et exploitable.

Un projet de regazéification plutôt qu’une nouvelle source de production

Le dispositif approuvé repose sur une unité flottante de stockage et de regazéification. Son principe consiste à recevoir du gaz naturel liquéfié transporté par navire. Le gaz est maintenu sous forme liquide pendant le transport afin de réduire considérablement son volume. Une fois arrivé au terminal, il doit être ramené à l’état gazeux avant d’être injecté dans les installations énergétiques.

Le projet ne crée donc pas une nouvelle ressource gazière libanaise. Il offre un moyen supplémentaire d’importer du combustible. Cette nuance est importante dans un pays où les discussions sur le gaz sont souvent associées aux ressources offshore et aux perspectives d’exploitation en Méditerranée. Deir Ammar répond à une logique différente. Il s’agit de pouvoir acheter du gaz sur les marchés extérieurs et de disposer de l’infrastructure permettant de le recevoir.

L’intérêt d’une unité flottante réside notamment dans sa souplesse par rapport à la construction d’un grand terminal terrestre. Mais cette souplesse ne supprime pas les besoins en infrastructures. Le gaz regazéifié doit être acheminé vers les installations qui le consomment. Le raccordement, la sécurité, les équipements portuaires et les conditions d’exploitation doivent donc être intégrés au projet.

Les sources du 2 octobre ne fournissent pas les caractéristiques techniques retenues par le gouvernement. Elles ne permettent pas davantage de déterminer la capacité prévue de l’installation. Il serait donc prématuré d’estimer précisément la quantité d’électricité qui pourrait être produite grâce au dispositif.

Pourquoi Deir Ammar occupe une place stratégique

Le choix de Deir Ammar n’est pas anodin. Le nord du Liban concentre plusieurs infrastructures énergétiques et se trouve au cœur de différents projets de connexion régionale. Le gouvernement cherche désormais à ajouter une capacité d’importation de gaz naturel liquéfié à cet ensemble.

Cette localisation peut également être rapprochée des réflexions en cours sur le rôle économique de Tripoli et du nord. Des projets ferroviaires sont envisagés vers la frontière syrienne. Des discussions énergétiques existent avec la Turquie et la Syrie. La possibilité d’interconnexions électriques est étudiée. Les anciennes infrastructures pétrolières de Tripoli reviennent elles aussi dans les débats régionaux.

Deir Ammar pourrait ainsi devenir une pièce d’un ensemble plus vaste. Il serait toutefois prématuré de présenter tous ces projets comme les composantes déjà décidées d’un plan unique. Les sources montrent des discussions et des initiatives distinctes, dont certaines sont beaucoup plus avancées que d’autres.

La décision sur le gaz naturel liquéfié possède néanmoins une différence importante : elle a été formellement approuvée par le Conseil des ministres. Le dossier quitte donc le simple stade des idées ou des discussions diplomatiques.

Le gaz pourrait réduire la dépendance aux combustibles plus coûteux

L’intérêt économique du gaz repose en grande partie sur son utilisation comme combustible pour la production électrique. Le système libanais a longtemps souffert d’un approvisionnement énergétique coûteux et d’une dépendance à des produits pétroliers dont les prix pèsent lourdement sur les finances du secteur.

Pouvoir alimenter certaines installations avec du gaz peut offrir une alternative. Mais l’avantage final dépendra du prix auquel le Liban achètera le gaz naturel liquéfié, du coût de son transport, des frais de regazéification et du rendement des centrales qui l’utiliseront. L’existence d’un terminal ne garantit donc pas automatiquement une électricité bon marché.

Le prix international du gaz peut varier fortement. Un pays importateur doit également sécuriser ses contrats et organiser son approvisionnement. Il peut choisir des contrats de long terme ou s’exposer davantage aux marchés au comptant. Ces choix déterminent en partie la stabilité des coûts.

Le corpus ne fournit aucune indication sur la stratégie commerciale que le Liban adopterait. Aucun fournisseur n’est identifié dans les éléments disponibles. Il n’est donc pas possible d’affirmer d’où proviendrait le gaz ou à quel prix il serait acheté.

La décision du gouvernement porte d’abord sur l’infrastructure nécessaire pour pouvoir recevoir ce combustible.

Un partenariat public-privé pour éviter une charge entièrement supportée par l’État

Le Conseil des ministres a choisi le principe d’un partenariat entre les secteurs public et privé. Cette orientation répond à une contrainte évidente : les finances publiques libanaises disposent de marges limitées pour financer seules une nouvelle infrastructure énergétique importante.

Le partenariat peut permettre de mobiliser des capitaux privés, des compétences techniques et une capacité d’exploitation que l’État ne souhaite pas nécessairement assumer directement. Mais cette formule ne rend pas le projet gratuit pour les finances publiques. Tout dépend du contrat retenu, de la rémunération de l’opérateur, des garanties éventuelles et du partage des risques.

Un mauvais partenariat peut transférer au secteur public les pertes tout en laissant au privé une rémunération garantie. Un dispositif bien construit peut au contraire répartir les responsabilités et réduire le besoin d’investissement public immédiat.

Le contenu du futur contrat sera donc déterminant. Il faudra connaître la durée de la concession ou du partenariat, les mécanismes tarifaires, les obligations de performance et les conditions dans lesquelles l’État achètera ou utilisera les services de l’installation.

Aucun de ces paramètres n’est encore détaillé dans les sources disponibles. L’approbation gouvernementale doit donc être comprise comme le lancement d’une orientation, et non comme l’achèvement du montage financier.

L’électricité libanaise ne sera pas sauvée par un combustible différent

Le risque principal serait de présenter Deir Ammar comme une solution globale à la crise électrique. Le problème du secteur ne résulte pas uniquement du combustible utilisé. Il concerne également la production, le transport, la distribution, les pertes, la collecte des factures et la situation financière d’Électricité du Liban.

Changer de combustible peut améliorer une partie de l’équation. Il ne répare pas automatiquement le réseau. Il ne réduit pas à lui seul les pertes techniques. Il ne garantit pas le paiement des factures. Il ne règle pas davantage la gouvernance du secteur.

La distinction est essentielle parce que le Liban a souvent traité la crise électrique comme un problème de capacité de production. Or produire davantage dans un système qui continue à accumuler des pertes peut simplement augmenter le coût financier du dysfonctionnement.

Le projet de Deir Ammar devra donc être articulé avec une réforme plus large. Sa réussite ne pourra pas être évaluée uniquement en fonction de l’arrivée du premier navire de gaz. Il faudra déterminer son effet sur le coût réel du kilowattheure, la disponibilité de l’électricité et les finances publiques.

Une décision prise alors que le coût de l’énergie pèse sur les ménages

Le moment choisi pour approuver le projet est significatif. Le gouvernement fait face à une forte pression liée au coût des carburants. La hausse des prix a obligé le Conseil des ministres à modifier les indemnités de transport et à dégager des ressources supplémentaires pour soutenir les chauffeurs du transport public.

Le même Conseil des ministres a fixé le nouveau calcul de l’indemnité quotidienne de déplacement des salariés en fonction de cinq litres d’essence, avec un plancher de 500 000 livres et un plafond de 800 000 livres. Il a également approuvé un crédit supplémentaire supérieur à 1 450 milliards de livres afin de soutenir pendant trois mois les chauffeurs publics touchés par la hausse des carburants.

Ces décisions montrent à quel point l’énergie dépasse le seul secteur de l’électricité. Son coût se transmet aux transports, aux entreprises et aux prix payés par les ménages.

Une politique énergétique capable de réduire durablement certains coûts aurait donc un effet beaucoup plus large. Mais le terminal de Deir Ammar ne répondra pas directement au prix de l’essence ou du diesel utilisé dans les transports. Son principal impact potentiel concerne la production électrique.

Il faut donc éviter de confondre les différentes composantes de la facture énergétique nationale.

La concurrence des autres solutions régionales

Le Liban ne travaille pas uniquement sur le gaz naturel liquéfié. Plusieurs pistes régionales sont également étudiées. Les discussions avec la Turquie portent notamment sur l’électricité et les infrastructures énergétiques. Une solution pourrait passer par des échanges utilisant le réseau syrien. Une autre envisage une connexion plus ambitieuse vers le nord du Liban.

Ces options ne sont pas nécessairement concurrentes. Une interconnexion électrique permet d’importer directement de l’électricité. Un terminal gazier permet d’importer un combustible et de produire ensuite de l’électricité au Liban. Les deux mécanismes offrent donc des formes différentes de sécurité énergétique.

La diversification peut constituer un avantage. Dépendre d’une seule route d’approvisionnement rend un pays vulnérable aux crises politiques ou techniques. Disposer de plusieurs possibilités peut améliorer la résilience.

Mais multiplier les projets comporte aussi un risque : disperser les investissements. Le Liban devra déterminer quelles infrastructures correspondent réellement à ses besoins et lesquelles sont financièrement viables. Un pays aux ressources limitées ne peut pas engager simultanément tous les projets possibles sans hiérarchie.

Deir Ammar devra donc être comparé aux autres options sur des critères précis : coût, délai, sécurité d’approvisionnement, besoins en infrastructures et effet sur les finances publiques.

La question du fournisseur restera politiquement sensible

L’origine du gaz constituera une autre étape importante. Un terminal capable de recevoir du gaz naturel liquéfié ouvre théoriquement l’accès à plusieurs fournisseurs. Cette diversité peut réduire la dépendance à un seul pays. Elle place aussi le Liban face aux réalités du marché mondial et aux choix géopolitiques qui accompagnent souvent les contrats énergétiques.

Les sources du corpus ne mentionnent aucun contrat d’approvisionnement déjà conclu. Toute attribution du futur gaz à un pays précis serait donc spéculative.

Le gouvernement devra choisir entre différentes formules commerciales. Des contrats longs peuvent offrir davantage de visibilité mais enfermer le pays dans des engagements durables. Des achats plus flexibles permettent de profiter de certaines baisses de prix, mais exposent davantage aux périodes de tension internationale.

Le choix dépendra aussi du volume nécessaire. Une installation surdimensionnée pourrait imposer des coûts fixes élevés. Une installation trop petite ne permettrait pas d’obtenir les économies recherchées.

L’étude technique et commerciale devra donc précéder tout engagement financier important.

La crédibilité du projet dépendra de la transparence de l’appel au privé

Le recours au partenariat public-privé rend la transparence particulièrement importante. Le Liban cherche à restaurer la confiance des investisseurs et des institutions financières internationales. Un grand projet énergétique constitue donc également un test de gouvernance.

Les procédures de sélection devront permettre une véritable concurrence. Les critères techniques et financiers devront être publics. Le contrat devra éviter des garanties excessives qui transféreraient l’essentiel du risque à l’État.

Cette question est particulièrement sensible dans le secteur de l’énergie, qui a représenté pendant des années une charge importante pour les finances publiques. Un nouveau projet ne pourra être présenté comme une réforme s’il reproduit les mécanismes ayant contribué aux déficits passés.

Le partenariat devra également préciser qui assume le risque lié aux variations de la demande et du prix du gaz. Si l’État garantit un niveau de revenus indépendamment de l’utilisation réelle du terminal, il pourrait se retrouver avec de nouvelles obligations financières lourdes.

La qualité du contrat sera donc aussi importante que la qualité technique de l’installation.

Deir Ammar peut devenir un test de la nouvelle méthode gouvernementale

Le gouvernement de Nawaf Salam cherche à présenter son action économique comme une transition entre la gestion des crises immédiates et la mise en place de réformes structurelles. La décision sur Deir Ammar s’inscrit dans cette logique. Elle intervient lors de la même réunion qui a vu l’adoption du projet de budget 2027, de mesures sociales et d’un projet concernant les zones économiques spéciales et les industries technologiques.

Le défi consiste désormais à démontrer que les décisions peuvent être exécutées. Dans le secteur énergétique libanais, l’écart entre annonce et réalisation a souvent été considérable. Un projet peut rester bloqué pendant des années par le financement, les appels d’offres, les désaccords politiques ou les contraintes administratives.

Deir Ammar ne pourra donc être évalué qu’à travers plusieurs étapes concrètes : définition du modèle technique, sélection du partenaire, financement, contractualisation, construction des raccordements et mise en exploitation.

Le Conseil des ministres vient seulement d’ouvrir cette séquence.

Une opportunité énergétique dont le coût réel reste encore inconnu

Le principal intérêt du projet est clair. Le Liban veut se donner la possibilité d’importer du gaz naturel liquéfié et de diversifier les combustibles disponibles pour son système énergétique. Deir Ammar offre une localisation stratégique dans le nord et peut s’inscrire dans un environnement où plusieurs projets régionaux de transport et d’énergie sont également discutés.

Mais les inconnues restent nombreuses. Les sources du 2 octobre 2026 ne donnent pas le montant de l’investissement, la capacité de l’unité, le calendrier, le fournisseur du gaz, le prix attendu du combustible ou l’identité du partenaire privé. Elles ne permettent donc pas encore d’affirmer que le projet réduira effectivement le coût de l’électricité.

La décision du 1er octobre est importante précisément parce qu’elle transforme une option énergétique en projet approuvé par le gouvernement. Elle ne constitue pas encore la solution à la crise électrique. Celle-ci dépendra du prix du gaz, de la qualité du partenariat, du fonctionnement des centrales et surtout de la réforme du système électrique dans son ensemble.

Deir Ammar peut devenir une pièce importante de cette reconstruction énergétique. Il peut aussi rejoindre la longue liste des projets annoncés sans parvenir à transformer durablement le secteur. La différence se jouera désormais dans l’exécution.

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Newsdesk Libnanews

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