2 octobre 2026
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À Nabatiyé, Salam relance la reconstruction du Sud

À Nabatiyé, Nawaf Salam annonce 23 appels d’offres pour la reconstruction du Sud et reconnaît que les besoins dépassent les capacités de l’État.

Le Premier ministre libanais Nawaf Salam a annoncé vendredi 2 octobre à Nabatiyé le lancement ou la préparation de plusieurs dizaines de marchés destinés à rétablir les services publics et soutenir la reconstruction du Liban-Sud. Le Conseil du développement et de la reconstruction a lancé 23 appels d’offres et doit en ouvrir 12 autres au cours du mois, notamment pour cinq hôpitaux. En visite dans une région lourdement touchée par la guerre, le chef du gouvernement a toutefois reconnu que les besoins dépassaient les capacités financières de l’État. Il a fixé trois priorités : l’arrêt des attaques israéliennes, le retrait complet d’Israël du territoire libanais et le retour sécurisé des habitants.

Salam annonce 23 appels d’offres à Nabatiyé

Pour sa troisième visite à Nabatiyé depuis la formation de son gouvernement, Nawaf Salam a voulu présenter des réalisations concrètes plutôt qu’un nouveau calendrier de promesses.

Le Premier ministre s’est rendu vendredi à la compagnie des Forces de sécurité intérieure de Nabatiyé, à Kfarjouz. Il était accompagné notamment du ministre des Finances Yassine Jaber, du ministre du Travail Mohammad Haidar, du ministre de l’Intérieur et des Municipalités Ahmad Hajjar ainsi que de responsables sécuritaires et d’organismes publics.

Salam a annoncé que le Conseil du développement et de la reconstruction avait lancé 23 appels d’offres comprenant plusieurs projets dans le caza de Nabatiyé.

Ils portent notamment sur le dégagement d’obstacles, la réhabilitation de routes et la remise en état de centres d’hébergement. Le programme prévoit aussi l’acquisition d’ambulances, de matériel médical et d’équipements de communication radio et satellitaire.

Douze appels d’offres supplémentaires doivent être lancés au cours du mois d’octobre.

Ils comprendront la réhabilitation de cinq hôpitaux, dont l’hôpital gouvernemental de Nabatiyé, ainsi que la fourniture de véhicules et d’équipements destinés aux opérations de secours et de lutte contre les incendies.

Des marchés concernant la réhabilitation de centrales électriques et de réseaux d’eau sont également en préparation.

Pour le gouvernement, ces projets doivent marquer le passage d’une phase consacrée à l’évaluation des destructions vers celle des marchés publics et de l’exécution des travaux.

Des services publics rouvrent dans la ville

La visite a également été consacrée au retour des administrations publiques à Nabatiyé.

Salam a annoncé l’achèvement de la restauration du sérail gouvernemental de la ville, réalisée grâce à une initiative du Club Husseini. Plusieurs services doivent parallèlement reprendre leur activité.

Le centre de la Sûreté de l’État et le service de l’état civil rouvrent, tout comme le centre de la Sûreté générale. Le Palais de justice doit également reprendre prochainement ses activités.

Le chef du gouvernement a présenté ces réouvertures comme une composante du retour de l’État dans une région profondément perturbée par la guerre.

Le Conseil du Sud intervient de son côté après avoir procédé à l’évaluation des dégâts et à l’enlèvement de décombres. Il doit commencer la construction d’un nouveau siège de la Défense civile, dont la première pierre est posée à l’occasion de la visite gouvernementale.

La dimension sécuritaire était également présente. En commençant son déplacement par la compagnie des FSI à Kfarjouz, Salam a voulu mettre l’accent sur le rôle des forces de sécurité et sur le renforcement de leurs capacités.

Son message aux policiers a porté sur leur proximité avec la population. Le gouvernement veut ainsi associer reconstruction matérielle, retour des administrations et rétablissement des institutions sécuritaires.

La reconstruction du Sud dépasse les capacités de l’État

Malgré ces annonces, Nawaf Salam a reconnu que les projets engagés restent limités au regard de l’ampleur des destructions.

Le Premier ministre a évoqué les logements détruits, les déplacements de population et la perte d’emplois ou de sources de revenus. Il a surtout admis que le financement disponible ne permettait pas à l’État de répondre seul à l’ensemble des besoins.

« Le volume des besoins dépasse les capacités de l’État libanais », a-t-il déclaré en substance devant les responsables et habitants de Nabatiyé.

Le gouvernement cherche donc toujours des financements extérieurs importants.

Salam a rappelé avoir porté les besoins du Liban-Sud lors de ses récents déplacements à New York et Washington. Ses discussions avec des responsables internationaux ont notamment porté sur les ressources nécessaires au financement du redressement et de la reconstruction.

La semaine dernière, il avait participé à New York à plusieurs rencontres consacrées à la mobilisation d’un soutien arabe et international pour le Liban.

La question du financement est devenue centrale à mesure que l’ampleur des destructions s’est accrue. Le Premier ministre avait récemment estimé que le coût cumulé des guerres pourrait dépasser 27 milliards de dollars.

Les projets annoncés vendredi ne couvrent donc qu’une partie des besoins. Ils doivent surtout permettre de rétablir des infrastructures et des services indispensables dans les secteurs où une intervention peut commencer immédiatement.

Une reconstruction retardée par la nouvelle guerre

Salam a également replacé les annonces du 2 octobre dans la chronologie des derniers mois.

Lors de sa première visite à Nabatiyé après l’obtention de la confiance parlementaire par son gouvernement, il avait rencontré les habitants et responsables locaux afin d’identifier leurs besoins.

Quelques mois plus tard, une deuxième visite avait été consacrée au lancement du processus de reconstruction, après l’obtention d’une première enveloppe de financement.

La nouvelle guerre a interrompu cette dynamique.

Les destructions supplémentaires ont augmenté les besoins, provoqué de nouvelles pertes humaines et créé des urgences qui n’existaient pas lors des premières étapes du programme.

Le gouvernement doit désormais reprendre les projets précédents tout en intégrant les conséquences de cette nouvelle phase du conflit.

C’est dans ce contexte que Salam a insisté vendredi sur le caractère concret des appels d’offres annoncés. Il a toutefois refusé de présenter les travaux comme une réponse suffisante aux dégâts subis par Nabatiyé et l’ensemble du Sud.

Le financement disponible déterminera la vitesse et l’étendue de la reconstruction.

Salam fixe trois priorités pour le Sud

Au-delà des projets d’infrastructure, le Premier ministre a défini les priorités politiques de son gouvernement pour le Liban-Sud.

La première concerne l’arrêt des attaques israéliennes.

La deuxième porte sur le retrait complet des forces israéliennes du territoire libanais.

La troisième concerne le retour sécurisé et digne des habitants dans leurs maisons, accompagné du rétablissement de leurs moyens de subsistance.

Ces objectifs restent étroitement liés à la reconstruction. La remise en état d’une route, d’un hôpital ou d’un réseau d’eau ne suffit pas à permettre le retour durable d’une population si les conditions de sécurité ne sont pas réunies.

Les attaques israéliennes se sont poursuivies dans plusieurs secteurs du Sud malgré la diminution de l’intensité des violences observée depuis juin. La région de Nabatiyé et ses environs ont notamment continué d’être touchés.

Le 25 septembre, des frappes avaient encore visé plusieurs secteurs autour de Nabatiyé, notamment Bani Hayyan, Kfartebnit et Zawtar al-Charkiyé. Des tirs d’artillerie avaient également été signalés dans plusieurs localités.

La situation sécuritaire reste donc l’un des principaux obstacles à une reconstruction durable et au retour des personnes déplacées.

« Une armée, une décision » : Salam réaffirme sa ligne

La visite de Nabatiyé a également donné lieu à une prise de position politique sur les conditions nécessaires, selon Nawaf Salam, pour empêcher une nouvelle guerre.

Interrogé sur les garanties permettant d’éviter une reprise des hostilités, le Premier ministre a défendu le renforcement de l’État et de ses institutions.

Il a plaidé pour « un État unique pour tous ses citoyens », avec une seule armée et une seule autorité décisionnelle, notamment concernant la guerre et la paix.

Cette position prolonge celle défendue par Salam au cours des dernières semaines.

Lors de ses rencontres à New York puis à Washington, il avait déjà affirmé que la décision de guerre et de paix devait relever exclusivement de l’État libanais. Il avait parallèlement réclamé le retrait israélien et le rétablissement de la souveraineté libanaise sur l’ensemble du territoire.

Cette ligne se heurte au refus du Hezbollah de désarmer tant que des territoires libanais restent sous occupation israélienne. Le sujet demeure l’un des principaux points de tension politique dans le pays.

Salam a reconnu à Nabatiyé l’existence de divergences sur cette question. Il a toutefois maintenu que la reconstruction d’un État capable d’exercer son autorité constituait, selon son gouvernement, la garantie permettant de réduire le risque d’une nouvelle guerre.

Le gouvernement refuse d’attendre une grande entente régionale

Le Premier ministre a également rejeté l’idée de suspendre les décisions libanaises à une future entente régionale.

Selon lui, une telle solution pourrait tarder plusieurs années, ne jamais se concrétiser ou intervenir dans des conditions défavorables au Liban.

Salam a notamment posé la question du coût que représenterait une nouvelle guerre régionale pour les habitants du Sud.

Son argument porte sur l’urgence : les personnes déplacées ne peuvent rester indéfiniment dans l’attente, tandis que la reconstruction des maisons, des services publics et des activités économiques reste suspendue.

Cette position rejoint les démarches menées par le gouvernement auprès des États-Unis et de ses partenaires internationaux.

Le 29 septembre à Washington, lors d’une rencontre avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, Salam avait demandé que les arrangements conclus entre le Liban et Israël se traduisent par des mesures concrètes. Il avait notamment réclamé un retrait israélien complet et le rétablissement de la souveraineté de l’État.

À Nabatiyé, vendredi, ce discours diplomatique s’est traduit par une série d’annonces locales : réouverture d’administrations, réhabilitation d’infrastructures, équipements pour les secours et nouveaux appels d’offres.

Le calendrier de ces travaux dépendra désormais des procédures d’attribution et surtout des financements disponibles. Après les 23 appels d’offres déjà lancés, 12 autres doivent l’être au cours du mois d’octobre, avec notamment la réhabilitation de cinq hôpitaux dont celui de Nabatiyé.

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