2 novembre 2026
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Fiscalité au Liban : collecter sans freiner l’activité

Comment accroître les recettes de l’État sans affaiblir davantage l’activité au Liban ? Le recouvrement fiscal, les données de TVA et le projet de budget 2027 posent cette question sous des angles différents. Yassine Jaber défend les contrôles et la régularisation. Fouad Zmokhol alerte sur la capacité de paiement des ménages et des entreprises. Les variations de collecte demandent une lecture prudente : elles ne prouvent pas, à elles seules, une reprise ni une baisse équivalente de la consommation.

Couverture Fiscalité au Liban, avec la photographie d’archives de la succursale de la Banque du Liban à Jounieh.
La succursale de la Banque du Liban à Jounieh — photo d’archives, date de prise de vue non établie. Crédit Photo : Francois el Bacha, tous droits réservés. Habillage éditorial Libnanews.

L’État libanais cherche à accroître ses recettes dans une économie dont la capacité de paiement reste fragile. Le durcissement du recouvrement annoncé par Yassine Jaber intervient alors que les recettes de TVA intérieure reculent sur un an au premier semestre. Dans le même temps, Fouad Zmokhol met en garde contre une politique qui privilégierait les prélèvements au détriment de l’activité.

Ces éléments ne décrivent pas un choix simple entre impôt et croissance. Le ministre des Finances distingue lui-même les difficultés réelles des entreprises et le refus de payer. Les données fiscales demandent, de leur côté, une lecture prudente. Une hausse des encaissements ne prouve pas toujours une reprise. Une baisse peut aussi refléter un changement de calendrier.

Le recouvrement fiscal vise aussi les sommes déjà collectées

Yassine Jaber annonce la transmission de 107 dossiers au parquet financier. Ils concernent des sociétés et des institutions qui n’ont pas respecté leurs obligations. Selon le ministre, les démarches judiciaires suivent des avertissements et des demandes de paiement. D’autres dossiers restent soumis à examen.

Le chiffre ne représente donc pas l’ensemble des infractions fiscales. Il ne désigne pas davantage des entreprises déjà condamnées. Le ministre présente la saisine judiciaire comme un dernier recours. Il rappelle également l’existence de mesures de règlement et de réduction des pénalités destinées à faciliter la régularisation.

Jaber établit une distinction importante entre deux situations. L’impôt sur les bénéfices constitue une dette propre à l’entreprise. La TVA collectée auprès des consommateurs doit, elle, être reversée au Trésor. Le ministre juge plus grave la rétention de ces sommes, puisqu’elles ont été perçues pour le compte de l’État.

Cette distinction permet de préciser le débat sur la capacité de paiement. Une entreprise peut subir une activité faible tout en conservant des taxes déjà collectées. Inversement, toute difficulté à régler une dette ne prouve pas une volonté de fraude. La politique de recouvrement doit donc distinguer les difficultés économiques réelles de l’évasion délibérée.

Le ministre refuse cependant d’annoncer le montant attendu des 107 dossiers. Il attend les audits et les procédures nécessaires pour établir une somme définitive. Il explique qu’une estimation prématurée pourrait léser des entreprises ou créer des attentes excessives. Le nombre de dossiers transmis ne peut donc pas servir à calculer une recette budgétaire acquise.

Les recettes de TVA ne donnent pas une mesure directe de la consommation

Les données du ministère des Finances pour le premier semestre 2026 font apparaître un recul de 10,8 % de la TVA sur les opérations intérieures sur un an. Elle atteint 28 100 milliards de livres. La TVA à l’importation progresse, elle, de 2,5 %, à 52 700 milliards de livres.

Les deux catégories évoluent ainsi dans des directions différentes. Environ 65 % de la TVA du semestre provient des importations, contre 35 % des opérations intérieures. Cet écart signale une fragilité de la collecte intérieure, sans suffire à mesurer celle de la consommation. Les encaissements doivent être examinés avec leur calendrier et leur assiette.

Le deuxième trimestre présente une baisse particulièrement marquée. La TVA intérieure passe de 25 100 à 13 600 milliards de livres, soit un recul publié de 45,9 %. Sur la même période, la TVA à l’importation diminue de 6,2 %. La TVA totale recule de 24,7 %, d’après ces données.

Un effet de calendrier modifie cependant la portée de cette comparaison. Le paiement de la TVA du quatrième trimestre 2024 avait été reporté au 20 juin 2025. Ce report avait déplacé une partie des encaissements vers le deuxième trimestre 2025. La base de comparaison se trouve donc perturbée. Une baisse de collecte de 45,9 % ne signifie pas une baisse identique de la consommation.

La distinction entre TVA intérieure et TVA à l’importation reste néanmoins utile. La première renseigne sur les opérations taxables réalisées à l’intérieur du pays. La seconde dépend notamment de la valeur et de la composition des biens importés. Elle ne mesure pas automatiquement leur vente finale aux consommateurs. Additionner les recettes sans distinguer leurs origines peut donc masquer des évolutions différentes.

L’activité affaiblie limite la progression durable des recettes

Ces mouvements interviennent dans une économie dont le commerce et le tourisme subissent les effets de la guerre. Les flux de voyageurs publiés par la Banque du Liban illustrent cette fragilité. Au premier semestre, les arrivées auraient diminué de 37 % sur un an. Elles seraient passées d’environ 1,6 million à environ un million.

Ces données éclairent l’environnement de la consommation, sans expliquer seules chaque variation fiscale. Les prix, les taux appliqués et les délais de paiement interviennent également. Certaines recettes sur les importations et les carburants peuvent ainsi progresser grâce à des prélèvements relevés. Cette progression n’établit pas, à elle seule, une hausse de l’activité.

La lecture trimestrielle des recettes fiscales illustre cette difficulté. Les données font apparaître une hausse de 45,1 % au premier trimestre, puis une baisse de 12,7 % au deuxième. Ces variations ne doivent pas être transformées en taux de croissance économique. Elles montrent surtout l’importance de distinguer le rendement d’un impôt de la solidité de son assiette.

Pour l’État, l’enjeu dépasse donc l’encaissement immédiat. Les entreprises doivent conserver une activité, investir et employer pour soutenir les recettes dans la durée. C’est sur ce point que la critique développée par Fouad Zmokhol rejoint l’examen des données. Une meilleure collecte peut répondre à une urgence sans résoudre le problème de production des revenus.

Zmokhol distingue équilibre budgétaire et redressement économique

Fouad Zmokhol examine la version initiale du projet de budget 2027. Il y relève des recettes fiscales attendues supérieures à 528 000 milliards de livres. Elles représenteraient environ 86 % des recettes prévues. Ces chiffres concernent des prévisions budgétaires, et non des sommes déjà perçues.

Le président du MIDEL, également doyen à l’Université Saint-Joseph, ne conteste pas le principe de l’impôt. Il reconnaît les besoins de financement des salaires publics, des services et de la protection sociale. Il défend aussi la lutte contre la fraude. Sa critique porte sur le calendrier des prélèvements, leur répartition et leurs effets économiques.

Il décrit des ménages ayant perdu une partie de leur épargne et du pouvoir d’achat de leurs salaires. Les dépenses de santé, d’éducation, d’énergie et de transport pèsent sur leurs ressources. Les entreprises supportent également des coûts élevés et un financement bancaire insuffisant. Certaines réduisent leurs investissements ou utilisent leurs ressources propres pour continuer à fonctionner.

Zmokhol insiste sur le cumul entre impôts et paiement privé des services essentiels. Un ménage contribue au financement public tout en réglant directement l’électricité, l’eau ou des soins. Cette charge supplémentaire réduit les moyens disponibles pour d’autres dépenses. Dans son argumentation, la capacité réelle à payer doit donc rester au centre de la politique fiscale.

Le risque qu’il décrit prend la forme d’un cercle vicieux. Des charges accrues freinent la consommation et l’investissement. L’activité affaiblie limite ensuite l’emploi et l’expansion des entreprises. La progression future des recettes devient plus difficile. L’État peut alors chercher de nouveaux prélèvements sur une base toujours plus étroite.

Élargir la conformité sans pénaliser les seuls contribuables accessibles

Les propositions du ministre et celles de Zmokhol se rencontrent sur plusieurs points, malgré leurs perspectives différentes. Jaber met en avant la simplification des démarches et les services électroniques. Il évoque le nettoyage du registre des sociétés inactives ou fictives. Il travaille également sur la facturation électronique et le croisement des données fiscales avec d’autres administrations.

Ces outils sont présentés comme des projets ou des travaux en cours. Le ministre cite notamment les données douanières et foncières pour orienter les contrôles. Il défend aussi une meilleure reconnaissance des contribuables conformes. Son objectif affiché consiste à accroître le respect spontané des obligations, plutôt qu’à multiplier les poursuites.

Zmokhol recommande également la numérisation, la lutte contre le gaspillage et l’élargissement de l’assiette. Il demande toutefois de ne pas viser les entreprises en règle simplement parce qu’elles sont faciles à contrôler. Il associe la fiscalité au soutien des petites entreprises productives, à l’investissement et à la réforme des dépenses.

Le différend porte ainsi moins sur la nécessité de recettes que sur leur origine durable. Les 107 dossiers doivent encore produire des résultats judiciaires et financiers vérifiables. Le projet de budget repose, lui, sur des prévisions. Entre ces deux horizons, les données de TVA imposent de suivre séparément la collecte, les changements de calendrier et l’évolution de l’activité.

Sources

Ad Diyar, 2 novembre 2026, page 3 ; Al Akhbar, page 5 ; Al Joumhouria, page 8.

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