La Foire de Tripoli, officiellement Foire internationale Rachid Karamé, reste un patrimoine mondial en péril. En juillet 2026, le Comité du patrimoine mondial a maintenu ce statut pour l’ensemble conçu par Oscar Niemeyer. Derrière la reconnaissance internationale, les urgences sont précises : stabiliser des structures, remettre en état l’évacuation des eaux et encadrer les nouveaux usages. Le Liban doit présenter un nouveau bilan au plus tard le 1er février 2027.
Pour ce lieu majeur du patrimoine moderne libanais, la question dépasse la restauration d’un monument isolé. La foire forme un ensemble de bâtiments, de jardins, de bassins et de circulations. Sa sauvegarde exige de préserver leurs relations autant que leurs silhouettes. Les interventions engagées en 2026 et la reconversion antérieure de sa maison d’hôtes montrent deux échelles de travail : traiter les risques immédiats et préparer une utilisation durable.
Un paysage moderne entre Tripoli et El Mina
Niemeyer dessine la foire à partir de 1962. Le chantier se poursuit jusqu’en 1975, lorsque la guerre civile interrompt son développement. Entre le centre historique de Tripoli et le port d’El Mina, le projet porte une ambition commerciale, culturelle et urbaine. Le périmètre inscrit au patrimoine mondial couvre 72 hectares.
La grande canopée organise le site. Cette longue couverture devait accueillir des pavillons d’exposition dans un espace adaptable. Autour d’elle, rampes, bassins et constructions plus petites composent un parcours. Un arc monumental accompagne le théâtre de plein air. Le dôme du théâtre expérimental introduit une autre géométrie, plus ramassée, dans ce paysage ouvert.
Cette architecture résulte aussi d’une collaboration avec des ingénieurs et des entreprises libanaises. Elle associe les recherches formelles du modernisme brésilien à un grand équipement public au Proche-Orient. La valeur patrimoniale du site tient à cette rencontre, à ses structures en béton armé et à son organisation spatiale. Elle ne se réduit donc pas à la signature d’un architecte célèbre.
Foire de Tripoli : le château d’eau en première ligne
Le rapport libanais daté du 21 janvier 2026 place le château d’eau parmi les priorités. Il décrit une détérioration structurelle avancée. La Direction générale des antiquités a préparé, avec un ingénieur spécialisé, une proposition de stabilisation et de réparations minimales. L’objectif immédiat consiste à réduire le risque, avant des interventions plus larges sur l’ensemble.
Ce programme comprend aussi la formation à la conservation du béton armé historique et la documentation des travaux. L’enjeu est concret : les méthodes employées sur une structure doivent pouvoir éclairer les opérations suivantes. La sauvegarde demande ainsi des relevés, une connaissance des matériaux et une trace précise de chaque intervention.
Le calendrier initial envisageait une réalisation au début de 2026. Un compte rendu publié le 24 juin, après une visite du site le 2 juin, faisait encore état de travaux de stabilisation en cours avec le soutien d’ALIPH. Ces éléments attestent une intervention engagée. Ils ne permettent pas, à eux seuls, d’annoncer aujourd’hui l’achèvement de la restauration du château d’eau.
Réparer le béton et évacuer la pluie
Le suivi de conservation de 2026 identifie d’autres points sensibles. Le dessous de la couverture du théâtre de plein air et le bandeau de la grande canopée nécessitent des interventions urgentes. Le rétablissement d’un système fonctionnel d’écoulement des eaux pluviales figure également parmi les mesures demandées.
La foire rappelle ainsi une difficulté propre à la conservation du patrimoine moderne. Les matériaux qui ont permis des formes audacieuses demandent désormais une surveillance et des réparations adaptées. Le vieillissement du béton et la corrosion des armatures menacent des constructions dont la structure participe directement à l’expression architecturale.
Conserver une courbe, un porte-à-faux ou une couverture suppose donc de comprendre leur fonctionnement. Une simple remise en peinture ne répond pas à un problème de stabilité. Les besoins portent sur le diagnostic, la sécurisation, la réparation et l’entretien. À cette échelle, le financement d’une opération ponctuelle ne remplace pas un programme suivi pour tout le site.
La maison d’hôtes, un précédent de réutilisation
La foire possède déjà un exemple de reconversion. Achevée en 2018, la rénovation de la Guest House par East Architecture Studio a reçu le prix Aga Khan d’architecture en 2022. Expertise France en était le client. Le bâtiment a été adapté à une plateforme de conception et de production liée à l’industrie du bois de Tripoli, dans le cadre de Minjara.
La transformation relie réception des matériaux, espaces de travail, ateliers et exposition. Elle conserve le plan d’origine et les relations visuelles entre les volumes. Des cloisons vitrées organisent les usages sans fermer complètement les perspectives intérieures. La cour centrale continue de structurer les espaces et leur éclairage.
Le principe déterminant est la réversibilité. Les nouveaux éléments peuvent être retirés sans endommager la structure restaurée. Cette approche permet d’accueillir une activité contemporaine tout en ménageant la possibilité d’un autre usage ultérieur. Elle offre un précédent précis, sans constituer une solution automatique pour tous les bâtiments de la foire. Le dôme, la canopée ou le château d’eau présentent chacun des contraintes différentes.
Protéger le site jusque dans ses abords
La protection a aussi progressé sur le plan national. Une décision ministérielle du 15 mai 2025 a classé la foire au patrimoine national. Un nouveau conseil d’administration a été nommé en août de la même année. Le rapport transmis en 2026 décrit un travail de collecte d’archives, de planification des usages et de coordination avec les municipalités de Tripoli et d’El Mina.
Les archives dispersées doivent aider à retrouver la conception des ouvrages et les interventions déjà réalisées. Les projets de réutilisation nécessitent, eux aussi, des études. Le dossier de 2026 mentionne notamment une évaluation d’impact patrimonial pour la réhabilitation du théâtre expérimental. L’enjeu consiste à préparer les adaptations avant de les exécuter.
Le Comité du patrimoine mondial demande également de préciser la zone tampon et les règles d’urbanisme autour de la foire. La protection concerne donc les constructions voisines autant que les travaux intérieurs. Elle doit préserver la cohérence du site dans une ville qui continue de se transformer.
La prochaine étape officielle reste le rapport attendu le 1er février 2027. Il devra documenter l’état des structures et l’avancement des mesures demandées. Pour la Foire de Tripoli, les progrès devront se lire dans les réparations réalisées, les études disponibles et un calendrier de conservation applicable.
Sources et références
- UNESCO, décision adoptée 48 COM 7A.5, 2026
- UNESCO, présentation du bien et déclaration de valeur universelle exceptionnelle
- UNESCO, état de conservation 2026
- Direction générale des antiquités, rapport du 21 janvier 2026
- ALIPH, compte rendu de la visite du 2 juin, publié le 24 juin 2026
- Prix Aga Khan d’architecture, rénovation de la Guest House
- East Architecture Studio, présentation du projet de rénovation


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