3 novembre 2026
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Histoire

3 novembre 1969 : le Liban signe l’accord du Caire

Le 3 novembre 1969, le général Émile Boustani et Yasser Arafat signent l’accord du Caire sous médiation égyptienne. Le texte cherche à mettre fin aux affrontements entre l’armée libanaise et les organisations palestiniennes. Il organise la présence des combattants, la gestion des camps et les activités dans les zones frontalières, tout en réaffirmant la souveraineté du Liban. Ce premier rendez-vous de notre série historique revient sur les dispositions du compromis, les tensions qu’il laisse ouvertes et son abrogation votée par le Parlement en 1987.

Couverture historique : accord du Caire du 3 novembre 1969, avec portrait d’archive de Yasser Arafat en 1996.
Yasser Arafat, le 8 octobre 1996. Photo d’illustration historique, distincte de la signature de 1969. Montage graphique Libnanews, photographie intégrale redimensionnée. © Gideon Markowiz / Israel Press and Photo Agency (I.P.P.A.) / collection Dan Hadani, Bibliothèque nationale d’Israël / CC BY 4.0 (https://creativecommons.org/licenses/by/4.0/).

Ce jour dans l’histoire du Liban. Le 3 novembre 1969, le général Émile Boustani et Yasser Arafat signent l’accord du Caire. Sous médiation égyptienne, le commandant de l’armée libanaise et le chef de l’Organisation de libération de la Palestine cherchent une issue aux affrontements. Le texte organise la présence armée palestinienne au Liban tout en réaffirmant la souveraineté du pays. Cette double exigence restera au cœur de ses contradictions.

Cinquante-sept ans plus tard, cette date marque un tournant dans l’histoire des rapports entre l’État libanais et les organisations palestiniennes. L’accord porte sur les camps, la circulation des combattants et leurs activités dans les régions frontalières. Il prévoit aussi des mécanismes de liaison avec l’armée. Pour comprendre sa portée, il faut distinguer ses dispositions, les intentions de ses signataires et son application.

L’accord du Caire après des mois de crise

En 1969, la présence des fedayins, les combattants palestiniens, provoque une confrontation politique et militaire au Liban. Les opérations menées contre Israël depuis le territoire libanais exposent le pays aux représailles israéliennes. Elles divisent aussi les responsables libanais sur la place à accorder à la lutte palestinienne.

Le président Charles Hélou et l’armée veulent préserver le contrôle de l’État sur son territoire. Les organisations palestiniennes réclament une liberté d’action. Leurs soutiens libanais, notamment dans la gauche et les courants nationalistes arabes, défendent cette revendication. Ces positions traversent une crise politique déjà aggravée par les tensions régionales.

Les affrontements de l’automne 1969 rendent une médiation urgente. L’Égypte de Gamal Abdel Nasser accueille les négociations. Au Caire, la délégation libanaise rencontre celle de l’OLP, dirigée par Arafat. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Mahmoud Riad, et le ministre de la Guerre, Mohamed Fawzi, assistent aux discussions.

Le compromis du 3 novembre cherche ainsi à arrêter une confrontation immédiate. Il entend organiser les rapports entre deux forces qui se sont affrontées sur le sol libanais. Son objet dépasse toutefois un simple cessez-le-feu : il établit des règles pour la présence palestinienne et pour l’activité des commandos.

Des dispositions civiles et militaires dans les camps

La première partie du texte concerne les Palestiniens résidant au Liban. Elle énonce des droits au travail, à la résidence et à la circulation. Elle prévoit également des comités locaux palestiniens dans les camps. Ces comités doivent défendre les intérêts des habitants et coopérer avec les autorités libanaises.

Le document organise aussi l’installation de postes du Commandement de la lutte armée palestinienne à l’intérieur des camps. Leur mission comprend l’encadrement de la présence des armes. Le texte place cette organisation dans le cadre de la sécurité libanaise et des intérêts du mouvement palestinien.

Cette disposition donne aux organisations palestiniennes une place reconnue dans la gestion des camps et de leur sécurité. Elle crée un partage de fait des responsabilités, alors même que l’accord réaffirme la souveraineté libanaise. Les relations entre comités locaux, commandement palestinien et autorités nationales deviennent donc essentielles à son fonctionnement.

Le texte autorise enfin les Palestiniens établis au Liban à participer à la lutte palestinienne par l’intermédiaire de son commandement armé. Il assortit cette participation d’une référence explicite à la souveraineté et à la sécurité du pays d’accueil. L’articulation de ces deux engagements constitue l’un des points centraux du compromis.

Dans le Sud, une activité armée organisée

La seconde partie concerne directement les commandos. Elle prévoit de faciliter leur passage et de fixer des points de franchissement et de reconnaissance dans les zones frontalières. Elle mentionne également l’accès à la région de l’Arkoub, dans le sud-est du Liban.

Cette géographie compte. L’Arkoub se trouve près des frontières syrienne et israélienne. Il constitue un secteur de circulation et d’implantation pour les combattants palestiniens. L’accord ne traite donc pas seulement de la vie dans les camps. Il porte aussi sur l’utilisation du territoire libanais dans le conflit avec Israël.

En contrepartie, le commandement palestinien doit contrôler la conduite de ses membres et empêcher leur ingérence dans les affaires libanaises. Le texte prévoit un dispositif conjoint avec l’armée, ainsi que des représentants palestiniens auprès de son état-major. Ceux-ci doivent contribuer au règlement des incidents urgents.

D’autres dispositions encadrent les entrées, les sorties et les déplacements des combattants. L’armée doit faciliter le fonctionnement des centres médicaux, d’évacuation et de ravitaillement liés à leurs activités. Le document prévoit aussi la libération de détenus, la restitution d’armes saisies et l’arrêt des campagnes de propagande entre les deux parties.

Une souveraineté réaffirmée, une autorité partagée

L’accord reconnaît ainsi une activité armée palestinienne organisée au Liban. Mais il précise également que les autorités civiles et militaires libanaises conservent leurs prérogatives sur tout le territoire. Ces engagements placent la coopération entre les deux commandements au centre du dispositif.

La difficulté apparaît dans la structure même du texte. L’État affirme son autorité générale, tandis qu’une organisation armée distincte reçoit des fonctions propres. Celle-ci encadre des combattants, intervient dans les camps et dispose de facilités dans les régions frontalières. Le compromis ne supprime donc pas la coexistence de plusieurs centres de décision militaire.

Il faut aussi distinguer les droits civils énoncés pour les réfugiés des dispositions relatives aux combattants. L’accord les réunit, mais ils ne recouvrent pas la même question. Le statut des habitants des camps ne se confond pas avec les décisions militaires prises par les organisations palestiniennes.

La confidentialité ajoute une autre difficulté. Le texte réserve sa diffusion aux autorités concernées. Les dispositions aujourd’hui reproduites dans les recueils documentaires permettent d’en examiner le contenu, sans confondre cette version connue avec une publication officielle initiale.

Les affrontements reprennent, puis vient l’abrogation

Le compromis n’empêche pas de nouvelles confrontations. En mai 1973, l’armée libanaise et les forces palestiniennes s’affrontent de nouveau. La question des armes et du contrôle du territoire reste entière, avant le déclenchement de la guerre civile en 1975.

L’accord du Caire appartient à cette histoire, mais il ne suffit pas à expliquer seul la guerre. Les divisions politiques libanaises, les milices et les interventions extérieures s’entrecroisent pendant le conflit. Réduire cette trajectoire à la seule signature de 1969 effacerait les décisions et les événements qui suivent.

Le 21 mai 1987, la Chambre des députés vote l’annulation de l’accord du Caire. La décision vise aussi ses annexes et les mesures qui en découlent. Dix-huit ans après la signature, le Parlement entend ainsi mettre fin au cadre négocié entre Boustani et Arafat. Le rétablissement effectif de l’autorité de l’État sur les armes demeure alors une question distincte de l’abrogation du texte.

Références documentaires et crédit photographique

Couverture : portrait de Yasser Arafat photographié le 8 octobre 1996, utilisé comme illustration historique. Cette photographie ne représente pas la signature de l’accord de 1969. Crédit : Gideon Markowiz / Israel Press and Photo Agency (I.P.P.A.) / collection Dan Hadani, Bibliothèque nationale d’Israël, CC BY 4.0. Notice et licence de la photographie. Montage graphique Libnanews : photo conservée dans son intégralité, redimensionnement et ajout de textes.

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