La crise de l’eau à Taëz menace la continuité des soins. Les routes coupées et le manque de carburant entravent les livraisons, le pompage et les déplacements des patients. Dans cette ville yéménite, les distributions ponctuelles soutiennent des quartiers dépendants des citernes. Les hôpitaux peinent aussi à recevoir leurs fournitures.
Le centre humanitaire saoudien KSrelief poursuit ses distributions d’eau potable dans le district d’Al-Mudhaffar. Dans une dépêche du 2 novembre 2026, l’agence officielle saoudienne SPA rapporte une distribution effectuée la veille. Treize points ont desservi 3 480 personnes parmi les familles déplacées, les communautés affectées et les communautés d’accueil, selon cette annonce. Cette aide intervient après les alertes répétées des organisations humanitaires sur la dégradation de l’approvisionnement à Taëz.
Eau à Taëz : les routes comptent autant que les puits
La production d’eau dans la ville avait diminué de moitié au 20 octobre, selon Laurent Bukera, coordinateur humanitaire des Nations unies au Yémen. Les solutions de remplacement s’épuisaient, alors que les fermetures de routes et l’insécurité empêchaient l’arrivée de produits essentiels. Le carburant manquait notamment pour faire fonctionner les pompes et assurer les transports.
Le 23 octobre, Jens Laerke, porte-parole humanitaire de l’ONU, décrivait une dépendance accrue aux camions-citernes. Leur circulation était freinée par les routes coupées et la rareté du diesel. D’après les informations présentées lors de ce point de presse, le coût de l’eau transportée avait approximativement triplé. La pénurie touchait ainsi les volumes disponibles et la capacité des familles à les acheter.
Le bassin de Wadi al-Dabab, à l’entrée sud-ouest de Taëz, concentre une partie des tensions autour de l’approvisionnement. Le 26 octobre, le gouvernement yéménite reconnu internationalement a accusé les forces houthies d’empêcher l’arrivée de l’eau. Son ministère des Droits de l’homme leur reproche également d’exposer les voies de transport aux bombardements. Cette accusation gouvernementale s’inscrit dans le conflit sur le contrôle des accès à la ville.
Des familles dépendantes des réservoirs de quartier
Les enfants de Fahd Ali vont chercher de l’eau dans des réservoirs gratuits financés par des donateurs. Leur père décrit ces déplacements, récipients en main, dans Al Arabi Al Jadid du 3 novembre 2026. Oum Adel raconte, de son côté, comment sa famille alterne entre les distributions gratuites et l’achat de petites quantités. Pour ces foyers, l’approvisionnement se recompose au jour le jour, selon les disponibilités et l’argent restant.
Des files d’attente se forment autour de réservoirs rapidement vidés. Après la collecte, il faut encore porter l’eau jusque dans les logements, à travers les rues en pente. Les dons ne suffisent pas toujours à maintenir ce circuit. Les livraisons dépendent aussi du diesel et de la sécurité des itinéraires. Abdallah al-Charabi, propriétaire d’un camion-citerne, explique avoir cessé son activité pour ces deux raisons dans le même reportage de Fakhr al-Azab.
La dialyse dépend aussi du trajet jusqu’à l’hôpital
Pour les patients sous traitement régulier, l’accès aux routes conditionne chaque rendez-vous médical. Maamoun Abdelwahad Naaman, interrogé par Reuters à Taëz le 12 octobre 2026, expliquait être resté en ville pour poursuivre ses séances de dialyse. Selon lui, les combats rendaient trop dangereux le retour dans son village d’Al-Kalabah, suivi d’un nouveau trajet vers le centre de soins. La maladie l’obligeait ainsi à vivre loin de chez lui.
À l’hôpital Al-Thawra, Youssef al-Zakari, responsable du centre rénal, alertait alors sur une grave pénurie de fournitures. Il déclarait recevoir environ 120 patients par jour, tandis qu’une livraison attendue depuis Aden restait bloquée. Katja Juric, responsable des programmes de l’Organisation internationale pour les migrations, décrivait également des établissements privés de médicaments et de financements suffisants. L’arrivée de blessés augmentait la pression sur les équipes et les capacités d’accueil.
Dans son bilan du 11 octobre 2026, l’UNICEF recensait 98 structures de santé partiellement fonctionnelles ou non fonctionnelles à Taëz. Les difficultés sur la principale voie d’approvisionnement méridionale affectaient les établissements comme leurs patients. Les pénuries de matériel et les obstacles aux déplacements se cumulaient, au risque d’interrompre des traitements qui exigent un suivi régulier.
Les restrictions d’accès au cœur des accusations
Human Rights Watch attribue l’essentiel de la crise d’approvisionnement aux restrictions imposées par les Houthis. Son enquête, publiée le 29 octobre, s’appuie sur quinze entretiens. Les personnes interrogées comprennent des habitants, des médecins et des membres de la société civile. Des soignants y décrivent notamment des pénuries d’anesthésiques et de fournitures médicales, ainsi que les difficultés de patients atteints de maladies chroniques.
Un porte-parole houthi avait accusé, le 21 octobre, les forces gouvernementales de bloquer les routes. Human Rights Watch conteste cette version au regard des témoignages et des constats onusiens qu’elle a réunis. Amnesty International a demandé le 22 octobre la réouverture des voies essentielles, notamment de la route reliant Taëz à Aden. L’organisation appelle toutes les parties à faciliter l’aide humanitaire impartiale et à protéger les civils.
L’approvisionnement en eau devient un enjeu sanitaire
Les combats et les pénuries de carburant menacent les systèmes d’eau soutenus par l’UNICEF à Taëz. Le 20 octobre, l’agence estimait leur population desservie à trois millions de personnes, dont au moins 1,6 million d’enfants. Elle avertissait que la dégradation de l’eau et de l’assainissement augmentait les risques de maladies diarrhéiques et de choléra. Ces maladies peuvent, à leur tour, aggraver la malnutrition infantile.
L’UNICEF indiquait fournir du diesel pour maintenir le pompage et des services d’urgence d’eau et d’assainissement pour plus de 300 000 personnes. Les acteurs humanitaires locaux continuaient aussi à mobiliser leurs réserves pour les pompes et les hôpitaux, selon le point de presse onusien du 23 octobre. Les distributions annoncées début novembre prolongent ces efforts dans certains quartiers. Leur continuité dépend d’un réapprovisionnement régulier en eau et en carburant, sur des routes accessibles aux secours comme aux malades.


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