Le président israélien Isaac Herzog a annoncé samedi 7 novembre son intention de confier à Gadi Eisenkot la formation du prochain gouvernement. La remise formelle du mandat est prévue dimanche 8 novembre à 17 heures, à Jérusalem. Pour Benjamin Netanyahu, c’est un revers important, mais pas encore la fin de son pouvoir. Eisenkot doit transformer 67 recommandations parlementaires en un accord entre partenaires profondément divisés. Son éventuelle arrivée ouvrirait aussi une nouvelle séquence sur les responsabilités du 7 octobre 2023, sans décider du sort judiciaire de son adversaire.
La distinction est essentielle : Israël n’a pas encore changé de premier ministre. La présidence a fait connaître son choix samedi soir, après des consultations supplémentaires durant le week-end. L’acte officiel doit intervenir le lendemain à la résidence présidentielle. Netanyahu reste à la tête du gouvernement sortant dans l’attente de la formation d’un nouvel exécutif.
Le scrutin du 27 octobre a privé son camp de majorité, sans donner de victoire décisive à l’opposition. Le Likoud demeure le premier parti, avec 27 sièges. Yashar, la formation d’Eisenkot, en obtient 21. Le président doit cependant apprécier la capacité à constituer un gouvernement, plutôt que désigner mécaniquement le dirigeant du parti arrivé en tête.
Gadi Eisenkot face à une majorité encore introuvable
Les consultations ont dessiné un rapport de force favorable à l’ancien chef d’état-major. Dans son communiqué du 5 novembre, Herzog recensait 67 recommandations pour Eisenkot, contre 46 pour Netanyahu. Sept députés, ceux de Judaïsme unifié de la Torah, n’avaient recommandé aucun candidat. Ce refus a affaibli Netanyahu sans apporter automatiquement un allié supplémentaire à Eisenkot.
Ces chiffres ne constituent pas un accord de gouvernement. Le noyau politique d’Eisenkot réunit quatre listes et seulement 48 députés : Yashar en compte 21, B’Yachad de Naftali Bennett et Yair Lapid 12, les Démocrates de Yair Golan huit, et Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman sept. La majorité absolue de la Knesset se situe à 61 sièges sur 120.
Les 19 recommandations supplémentaires viennent des deux listes arabes : onze élus de la Liste commune et huit de Ra’am. Elles veulent empêcher la reconduction de Netanyahu et de ses partenaires d’extrême droite. Mais recommander Eisenkot au président, soutenir son investiture et participer à son gouvernement sont trois engagements différents.
Le camp traditionnel de Netanyahu totalise pour sa part 53 sièges. Outre les 27 élus du Likoud, il comprend sept députés d’Otzma Yehudit, sept d’UTJ, six de Shas et six de la liste du Sionisme religieux alliée à Zehut. Les sept abstentions d’UTJ expliquent le passage de 53 sièges dans ce camp à 46 recommandations présidentielles.
La voie arabe, possible sur le papier et politiquement bloquée
La première possibilité consisterait à s’appuyer sur les élus arabes. L’ensemble des recommandations à Eisenkot représente 67 sièges. Une partie des soutiens pourrait rester hors du cabinet, en garantissant l’investiture et certains votes essentiels. La Liste commune a exprimé sa disponibilité pour un soutien extérieur.
Ce scénario bute sur les refus de partenaires d’Eisenkot, particulièrement Liberman. Celui-ci exclut un gouvernement dépendant de Ra’am ou de la Liste commune. B’Yachad s’oppose également à une coalition avec Ra’am. Eisenkot doit donc obtenir une évolution politique, et pas seulement additionner des élus déjà disposés à le recommander.
Le détail des calculs montre la difficulté. Avec Ra’am seul, les 48 députés du bloc atteindraient 56 sièges. Avec la seule Liste commune, ils seraient 59. Pour obtenir une majorité absolue sans autres ralliements, il faudrait réunir les deux groupes. Un gouvernement minoritaire pourrait aussi rechercher des abstentions lors de son investiture, mais cette hypothèse exige des arrangements supplémentaires.
Les partis arabes conserveraient leur programme et leurs exigences. Leur opposition à Netanyahu ne vaut pas adhésion à la ligne sécuritaire d’Eisenkot. Un soutien extérieur nécessiterait des engagements concrets et un mécanisme permettant de maintenir les accords au-delà du premier vote.
Les ultraorthodoxes peuvent fournir exactement 61 sièges
L’autre chemin passe par les formations religieuses. L’addition est précise : 48 députés du bloc Eisenkot, sept d’UTJ et six de Shas donnent 61 sièges. Cette formule disposerait d’une majorité absolue sans dépendre des listes arabes. Elle n’aurait toutefois aucune marge de sécurité en cas de défection.
Vendredi 6 novembre, Liberman a ouvert cette voie. Longtemps hostile à une alliance avec les partis ultraorthodoxes, il s’est déclaré prêt à des compromis sur leur recrutement militaire. Il maintient son objectif de remplacer Netanyahu et son refus de dépendre des partis arabes. Cette évolution permet de discuter d’une coalition auparavant difficile à envisager.
Elle ne règle pas le désaccord principal. Eisenkot continue de défendre un service obligatoire pour tous, qui pourrait être militaire, national ou civil. Les partis ultraorthodoxes réclament des garanties pour les étudiants des établissements religieux. Le calendrier, les exemptions, les objectifs de recrutement et les sanctions restent autant de points à négocier.
UTJ a accueilli l’ouverture de Liberman, tout en indiquant attendre une proposition formelle. Shas conserve une position différente : il a recommandé Netanyahu et reste engagé à ses côtés. Les six sièges de Shas seraient pourtant indispensables à cette combinaison. L’abstention d’UTJ ne suffit donc pas à rendre l’alternance possible.
Une formule mixte pourrait également associer des partenaires religieux et des soutiens arabes. Elle multiplierait cependant les difficultés déjà présentes dans chaque scénario. À ce stade, aucun accord public ne permet de présenter l’une de ces constructions comme acquise.
Un ancien chef militaire devenu adversaire de Netanyahu
Âgé de 66 ans, Gadi Eisenkot appartient à la génération des responsables israéliens passés du commandement militaire à la politique. Fils d’immigrés marocains, il a grandi à Tibériade et Eilat. Son parcours dans l’armée commence en 1978 au sein de la brigade Golani, où il occupe plusieurs fonctions de commandement.
Il dirige ensuite des unités et des commandements importants, notamment le commandement Nord. Nommé chef d’état-major le 16 février 2015, il quitte ses fonctions en janvier 2019, après plus de quatre décennies de service. Cette expérience constitue le cœur de sa crédibilité politique et de son discours sur la sécurité.
Eisenkot entre en politique auprès de Benny Gantz en 2022. Après l’attaque du 7 octobre 2023, il rejoint le gouvernement d’urgence de Netanyahu. Il le quitte en juin 2024 avec le camp de Gantz, sur fond de désaccords concernant la conduite de la guerre et ses objectifs.
La guerre l’a également frappé personnellement. Son fils Gal, âgé de 25 ans, a été tué au combat dans la bande de Gaza en décembre 2023. Cet événement fait partie de son parcours public, sans résumer ses positions ni dispenser d’examiner les décisions auxquelles il a participé.
Une rupture institutionnelle davantage qu’un tournant pacifiste
Eisenkot veut former un gouvernement d’urgence nationale autour de ses quatre partenaires. Il demande aux autres formations qui souhaiteraient le rejoindre d’accepter plusieurs principes. Ceux-ci incluent le caractère juif et démocratique d’Israël, les valeurs de sa déclaration d’indépendance et un service obligatoire pour tous.
Il exige aussi la reconnaissance du Hamas comme organisation terroriste et le démantèlement de ses capacités militaires et de gouvernement. Ces conditions éclairent les limites de l’ouverture aux partis arabes. Elles ne constituent pas encore un programme de coalition signé, avec une répartition des responsabilités ministérielles.
Sa qualification de centriste ne doit pas laisser supposer une conversion à une politique pacifiste. Pendant la campagne, Eisenkot a rejeté la création d’un État palestinien. Il a aussi défendu les implantations répondant, selon lui, à des conditions de légalité et d’intérêt national.
Il a en revanche dénoncé les violences de colons et critiqué le projet d’extension E1. Son opposition aux partenaires d’extrême droite de Netanyahu comporte donc des différences réelles, sans équivaloir à un engagement de démanteler les colonies ou de relancer immédiatement un processus de paix.
Pour le Liban, son passé militaire demeure un élément important. Eisenkot est associé à la doctrine dite de la Dahiyeh, fondée sur l’emploi d’une force massive et disproportionnée contre l’adversaire. Son éventuelle accession au pouvoir ne permet pas, à elle seule, d’annoncer un retrait israélien, un règlement frontalier ou un changement automatique envers le Hezbollah.
Les décisions concrètes dépendraient du programme négocié, de la composition du cabinet et des rapports de force sécuritaires. L’écart entre les Démocrates de Golan, la droite de Bennett et celle de Liberman imposerait déjà des compromis. Toute promesse de changement régional doit donc être distinguée des positions effectivement exprimées.
Netanyahu resterait confronté à son procès
La conséquence immédiate pour Netanyahu est politique : un rival obtient la première possibilité de construire un gouvernement. S’il réussit, le chef du Likoud perdrait la direction de l’exécutif. Mais l’annonce présidentielle ne constitue ni une destitution immédiate, ni une décision judiciaire.
Son procès pénal reste en cours. Au 5 novembre, les audiences se poursuivaient devant le tribunal de district de Jérusalem. Netanyahu fait face à des accusations de fraude et d’abus de confiance dans les dossiers 1000, 2000 et 4000. Le dossier 4000 comporte également un chef de corruption. Il nie les faits qui lui sont reprochés.
Ces affaires concernent, respectivement, des cadeaux reçus de riches hommes d’affaires, des discussions sur une couverture médiatique favorable et des avantages réglementaires présumés au bénéfice de Bezeq. Dans ce dernier dossier, l’accusation soutient qu’une couverture favorable sur le site Walla aurait constitué la contrepartie. Ces éléments restent des accusations à juger.
Les juges ont suggéré au parquet d’envisager le retrait du chef de corruption dans le dossier 4000. Le parquet l’a maintenu. Présenter cette discussion comme un abandon des poursuites ou un acquittement serait donc inexact.
Une alternance ne ferait pas disparaître le procès et ne garantirait pas davantage une condamnation. Les juridictions apprécient les preuves et les arguments de la défense. Le premier ministre appelé à former un gouvernement n’a pas le pouvoir de décider de la culpabilité de son prédécesseur.
La question d’une grâce relève elle aussi d’une procédure distincte. Netanyahu a présenté une demande fin novembre 2025. Herzog a indiqué vouloir privilégier la recherche d’un accord judiciaire avant une éventuelle décision. Aucun élément vérifié ne permet de présenter une grâce contre un départ politique comme un marché conclu.
Le 7 octobre pourrait revenir devant une commission d’État
Le changement le plus direct pourrait concerner l’examen des responsabilités dans la catastrophe du 7 octobre 2023. Eisenkot a annoncé le 29 octobre préparer un texte sur une commission d’enquête d’État. Il a placé cette initiative parmi les priorités qu’il veut porter devant la nouvelle Knesset.
Une coalition favorable à cette enquête pourrait lever le blocage politique qui entoure sa création. Elle pourrait ouvrir un examen approfondi des décisions du gouvernement, du renseignement et de l’armée avant l’attaque. Mais l’accord des partenaires, le périmètre retenu et les décisions nécessaires restent à obtenir.
Dans le mécanisme classique d’une commission d’État, le gouvernement décide de sa création et le président de la Cour suprême en nomme les membres. Cette procédure vise à garantir une indépendance vis-à-vis des responsables dont l’action serait examinée. La commission peut entendre des témoins et formuler des recommandations personnelles.
Ses travaux ne constituent pas un procès pénal. Une responsabilité politique ou administrative, une recommandation personnelle et une condamnation criminelle relèvent de procédures différentes. Il serait prématuré d’affirmer quelles responsabilités seraient retenues contre Netanyahu, d’autres dirigeants ou les responsables militaires.
Le contentieux sur l’enquête reste ouvert. Le 23 septembre, la Haute Cour a donné au gouvernement jusqu’au 15 janvier 2027 pour préciser la manière dont il entend examiner les événements. Une nouvelle majorité pourrait agir avant cette échéance, mais l’annonce du mandat à Eisenkot ne vaut pas création de la commission.
Un mandat limité, puis d’autres possibilités en cas d’échec
Après la remise formelle du mandat, Eisenkot disposera de 28 jours pour constituer un gouvernement. Le président peut accorder une prolongation totale de 14 jours au maximum. L’objectif est de présenter une équipe et des orientations capables d’obtenir la confiance de la Knesset.
En cas d’échec, Herzog pourra confier la mission à un autre député ou constater l’absence de solution. Une autre phase permet ensuite à 61 députés de proposer un candidat dans un délai de 21 jours. Celui-ci dispose alors de 14 jours pour former un gouvernement. L’épuisement des possibilités institutionnelles peut conduire à de nouvelles élections.
Netanyahu conserve donc une stratégie d’attente et de négociation. Il peut espérer l’échec de son adversaire ou défendre une formule d’unité. Mais Yashar refuse un gouvernement sous sa direction, et les désaccords entre les blocs restent considérables.
La première échéance est désormais la cérémonie annoncée dimanche 8 novembre, à 17 heures à Jérusalem. Puis viendra l’installation de la nouvelle Knesset le 10 novembre. Les votes parlementaires et les engagements des partis montreront si les 67 recommandations d’Eisenkot peuvent devenir une majorité capable de gouverner.


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