5 novembre 2026
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Liban : le laboratoire du médicament se précise

Le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, annonce la signature prochaine de l’accord sur le laboratoire de référence pharmaceutique, en partenariat avec l’Université libanaise. Un début d’activité est prévu dans les prochains mois, sans date précise ni budget détaillé dans le communiqué. Cette nouvelle étape doit permettre de renforcer le contrôle des médicaments. Elle pose aussi la question des moyens, de l’indépendance scientifique et des responsabilités pendant que l’Agence nationale du médicament attend toujours sa constitution, selon le ministre.

Couverture sur le laboratoire pharmaceutique annoncé au Liban, avec la photo réelle de Nehmat Aoun et Rakan Nassereddine à la cérémonie du 5 novembre 2026.
Nehmat Aoun et Rakan Nassereddine lors du lancement de la campagne de soutien au médicament libanais, le 5 novembre 2026. La photo représente la cérémonie, pas le futur laboratoire. Photographie diffusée par l’Agence nationale d’information. © NNA – Agence nationale d’information

Le Liban devrait signer la semaine prochaine l’accord permettant de mettre en place son laboratoire de référence pharmaceutique, avec un début d’activité annoncé dans les prochains mois. Le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, a donné ce calendrier jeudi 5 novembre, lors du lancement d’une campagne de soutien au médicament libanais. Pour les patients comme pour les fabricants, la portée du projet dépendra désormais de moyens très concrets : des analyses fiables, des équipes formées et une autorité capable de donner suite aux résultats.

Au Musée national de Beyrouth, la cérémonie réunissait notamment la Première dame, Nehmat Aoun, le ministre de l’Industrie, Joe Issa El Khoury, et les représentants du secteur pharmaceutique. Derrière les appels à acheter libanais, l’annonce la plus tangible concernait un outil de contrôle attendu de longue date. Selon le compte rendu de l’Agence nationale d’information, le ministère a commencé à équiper le laboratoire central, avec l’accord du président de la République et du Premier ministre.

Un accord attendu, puis plusieurs mois de préparation

Le dispositif doit être développé en partenariat avec l’Université libanaise. Le ministre a annoncé la signature de l’accord « la semaine prochaine », puis un démarrage dans les prochains mois. Il n’a pas donné de jour d’ouverture ni présenté, dans ce compte rendu, le budget, la liste des équipements, les effectifs ou le nombre d’échantillons que le laboratoire pourra traiter.

Cette annonce prolonge une réunion de travail tenue le 2 novembre entre Rakan Nassereddine et le président de l’Université libanaise, Bassam Badran. Le ministère de la Santé avait alors indiqué que les préparatifs administratifs et techniques étaient discutés pour évaluer la qualité des produits pharmaceutiques selon des critères scientifiques internationaux. Le calendrier annoncé jeudi constitue donc une étape supplémentaire, encore à traduire en convention signée et en fonctionnement effectif.

Le ministre a rappelé que, selon lui, le pays n’avait pas réussi à créer ce laboratoire de référence depuis trente-cinq ans, malgré les exigences prévues pour l’enregistrement des médicaments. Ce constat vise la structure publique annoncée. Il ne signifie pas que le Liban serait dépourvu de laboratoires universitaires, hospitaliers ou privés.

Ce que les analyses doivent apporter

Un laboratoire de contrôle peut vérifier la conformité d’échantillons aux spécifications applicables et examiner des produits suspectés d’être défectueux ou falsifiés. Son utilité tient à la fiabilité du résultat, mais aussi à ce qui se passe ensuite : transmission à l’autorité compétente, investigation et, lorsque cela se justifie, mesures sur les produits concernés.

Les bonnes pratiques publiées par l’Organisation mondiale de la santé en 2024 décrivent les conditions nécessaires : personnel qualifié, équipements suivis, méthodes appropriées, traçabilité des échantillons et des données. Elles inscrivent le contrôle du marché dans un ensemble qui comprend aussi l’inspection et la surveillance de la sécurité des médicaments. L’achat de machines ne suffira donc pas à rendre le service opérationnel.

La compétence reconnue du laboratoire devra également être précisée. Le communiqué ne dit pas quelles familles de produits seront couvertes au départ, avec quels tests ni selon quel calendrier d’accréditation. Ces distinctions comptent : une analyse de qualité sur un lot ne démontre pas, à elle seule, toute l’efficacité clinique d’un traitement. Les produits biologiques, notamment, exigent des approches adaptées.

L’agence du médicament reste à constituer

Le laboratoire est présenté comme un outil essentiel de la future Agence nationale du médicament. Or, selon le ministre, cette agence n’est toujours pas constituée, malgré l’adoption de son décret d’application. Il a dit avoir saisi les administrations compétentes et sollicité les trois présidences pour faire avancer les nominations.

Rakan Nassereddine a attribué le principal blocage à la « mouhassassa », le partage des postes selon les équilibres politiques et confessionnels. Cette accusation est celle du ministre. Elle souligne toutefois une difficulté immédiate du projet : le laboratoire pourrait avancer techniquement alors que l’organisation chargée d’encadrer le secteur demeure inachevée.

Le gouvernement devra clarifier les responsabilités pendant cette transition. Qui fixera les priorités de prélèvement ? Qui recevra un résultat non conforme ? Quelle procédure permettra d’agir rapidement et de préserver les droits des entreprises concernées ? La convention avec l’Université libanaise devrait préciser la chaîne de décision autant que les moyens matériels. Sans cela, une analyse risque de rester un document administratif supplémentaire.

Soutenir la production sans affaiblir le contrôle

L’annonce a été faite dans un cadre de promotion industrielle. La présidente du syndicat des fabricants, Carole Abi Karam, a affirmé que la part des médicaments libanais était passée de 7 % avant 2019 à environ 30 % aujourd’hui. Le compte rendu ne précise pas si cette comparaison porte sur les volumes, la valeur des ventes ou un autre indicateur. Elle doit être lue comme une estimation présentée par la profession, sans lui donner une précision qu’elle n’a pas.

Le développement de la fabrication locale peut réduire certaines dépendances et soutenir l’emploi. Il renforce aussi le besoin d’un contrôle crédible, applicable aux produits libanais comme aux médicaments importés. Les fabricants ont intérêt à pouvoir présenter des résultats reconnus ; les patients doivent pouvoir compter sur les mêmes exigences, quelle que soit l’origine de la boîte.

Ce point mérite une vigilance particulière lorsque les pouvoirs publics encouragent simultanément la production et organisent sa surveillance. Les critères d’analyse, les procédures en cas de non-conformité et les règles de prévention des conflits d’intérêts devront être explicites. L’indépendance scientifique du laboratoire protégera aussi les entreprises qui respectent les normes contre une concurrence moins scrupuleuse.

La première échéance est maintenant proche : la signature promise pour la semaine prochaine. La publication de l’accord, des moyens engagés et d’un calendrier de montée en charge permettrait de mesurer les progrès. Après les annonces répétées sur la réforme du médicament, c’est sur ces engagements vérifiables que le projet sera jugé.

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