7 novembre 2026
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Edito

Paraguay : premiers remboursements, le Liban attend

Le Paraguay commence à indemniser des clients d’Ueno Bank, sous plafond et conditions. Au Liban, sept années après le blocage des dépôts, les épargnants attendent toujours une issue globale. Cet éditorial confronte la rapidité des premiers versements paraguayens au remboursement rationné libanais, sans confondre deux crises bancaires de nature différente. Santiago Peña a été destitué après une démission non acceptée. Ses liens passés avec Ueno Holding ne prouvent aucune culpabilité pénale. Les nouvelles limites libanaises annoncées pour décembre ne rendent pas tous les anciens dépôts librement disponibles.

Façade de la Banque du Liban sur une photographie d’archives, illustrant l’attente des déposants libanais.
La Banque du Liban, photographie d’archives publiée en mai 2019. Illustration de la situation libanaise, sans lien avec les opérations de remboursement au Paraguay. Photo originale conservée sans modification. © Libnanews.com, tous droits réservés.

Mauvaise nouvelle pour les théoriciens de l’attente : les premiers remboursements au Paraguay ont commencé. Depuis jeudi 5 novembre, des clients d’Ueno Bank récupèrent de l’argent. José Maciel, responsable du Fonds de garantie des dépôts, a confirmé le démarrage des versements. Au Liban, les dépôts bloqués depuis 2019 poursuivent leur brillant séjour en résidence surveillée : ils existent sur les relevés, mais leur propriétaire peine toujours à en disposer.

Le spectacle a quelque chose d’indécent. Une banque vacille, les autorités interviennent, un mécanisme de garantie s’active. Tout cela dans la même semaine. Il faudrait prévenir les responsables libanais : quelque part, des collègues prennent le mot « urgence » au pied de la lettre. Voilà qui risque de créer un précédent fâcheux.

Premiers remboursements au Paraguay : le scandale du concret

Gardons néanmoins les chiffres, même dans un éditorial. La Banque centrale du Paraguay a engagé la résolution d’Ueno le 2 novembre. Elle a annoncé une première avance pouvant atteindre 10 millions de guaranis. Le premier groupe comprend des déposants sans dette envers l’établissement, disposant d’un compte dans une autre banque et dont les dépôts ne dépassent pas ce montant.

Le Fonds de garantie couvre jusqu’à 228,3 millions de guaranis par personne et par établissement, soit 75 salaires minimums. Ce plafond ne se multiplie pas avec les comptes. Les avances ne signifient donc ni restitution générale immédiate, ni remboursement garanti de tous les montants supérieurs. Les épargnants paraguayens ont encore des raisons de s’inquiéter.

Mais un détail mérite notre admiration provinciale : le dispositif produit déjà des paiements. Pas seulement une promesse de calendrier précédée d’une concertation sur la méthode permettant d’organiser la prochaine réunion. De l’argent change effectivement de compte. Dans notre région, cette opération rudimentaire pourrait presque justifier un colloque international.

Un président quitte le pouvoir, vraiment

La chronologie politique mérite aussi mieux qu’un raccourci. Santiago Peña a annoncé sa démission le 5 novembre. Le Congrès ne l’a pas acceptée ; le Sénat l’a destitué le lendemain. Pedro Alliana lui a succédé. Les premiers remboursements avaient commencé avant cette destitution. Ils ne constituent donc pas un miracle personnel du nouveau président.

Peña avait détenu des actions d’Ueno Holding, structure liée au groupe bancaire, et déclaré s’en être séparé en mars 2025. Une communication de la société documente une décision de remboursement et d’annulation des titres concernés. Le présenter sans nuance comme l’actionnaire actuel de la banque serait inexact. Quant aux responsabilités pénales, elles relèvent de la justice, pas de notre humeur.

Reste cette curiosité institutionnelle : une crise bancaire peut coûter son fauteuil au chef de l’État. Pour un déposant libanais, la scène ressemble à une fiction étrangère mal traduite. Chez lui, le fauteuil paraît souvent mieux garanti que le dépôt. Il faudrait peut-être ouvrir un compte au nom du fauteuil.

Au Liban, le retrait est devenu une spécialité universitaire

Soyons également précis sur le Liban : affirmer que personne n’a rien reçu depuis 2019 serait faux. Les circulaires 158 et 166 permettent des restitutions partielles, sous conditions. La Banque du Liban a annoncé pour le 1er décembre des plafonds mensuels de 1 200 et 600 dollars. Leur hausse concerne la part utilisable par carte, non les billets.

Dans le premier dispositif, 800 dollars relèvent de la tranche accessible notamment en espèces, et 400 des paiements par carte. Dans le second, la répartition est de 400 et 200 dollars. Les deux enveloppes ne s’additionnent pas librement. Il faut désormais presque un diplôme pour comprendre comment dépenser une fraction de son propre argent.

Ces versements comptent pour les familles. Les minimiser serait méprisant. Les présenter comme le retour à une banque normale serait tout aussi insultant. Une épargne disponible quand son titulaire en a besoin demeure différente d’une ration mensuelle soumise à conditions. Le déposant voulait préparer sa retraite ; on lui a offert une formation continue en réglementation bancaire.

Deux crises différentes, sept années bien réelles

La faillite d’un établissement paraguayen ne se confond pas avec l’effondrement systémique libanais, mêlant banques, banque centrale et finances publiques. Les ressources, les pertes et les monnaies diffèrent. Copier un plafond de garantie ne comblerait aucun trou. Cette différence explique la difficulté ; elle ne transforme pas sept années d’attente en performance administrative.

La vraie comparaison porte sur la priorité donnée au déposant. Protéger les petites économies, établir les responsabilités, répartir les pertes et rendre des comptes : voilà le programme. Il est moins spectaculaire qu’une conférence, mais présente un avantage commercial considérable : le client peut éventuellement payer ses courses après. Aucune différence de système bancaire ne dispense de dire qui paiera, selon quelles règles et à quelle date. Ce calendrier manque toujours aux déposants libanais.

Au Paraguay, il reste à vérifier la poursuite des remboursements et le sort des sommes non couvertes. Au Liban, le prochain rendez-vous concret reste le relèvement des plafonds en décembre. Encore un mois à attendre pour apprendre combien de son argent on sera autorisé à utiliser. Merci de patienter : votre épargne est importante pour nous.

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