Le Parlement du Kurdistan irakien a élu Vala Fareed à sa présidence, mercredi 4 novembre 2026 à Erbil. Cinquante-deux députés sur cent ont participé au vote, malgré le boycott de deux grands blocs. Cette reprise met fin à près de deux ans de paralysie parlementaire. Elle ne règle toutefois pas le désaccord sur la formation du prochain gouvernement régional.
Candidate du Parti démocratique du Kurdistan (PDK), Vala Fareed a obtenu les 52 voix des élus présents. Rami Nouri a été élu vice-président et Muna Qahwachi secrétaire du Parlement, avec le même nombre de suffrages. Le premier représente la composante chrétienne chaldéenne, syriaque et assyrienne. La seconde appartient à la composante turkmène.
Le compte rendu officiel de la séance confirme ces trois élections. La nouvelle présidente a ensuite demandé aux groupes de désigner rapidement leurs représentants dans les commissions. Elle a fixé au lundi suivant la transmission des noms pour la commission des affaires juridiques. La remise en marche de cette commission constitue, selon elle, une condition du travail législatif.
Le Parlement du Kurdistan irakien reprend une séance ouverte en 2024
Le scrutin régional remonte au 20 octobre 2024. Le PDK avait obtenu 39 des 100 sièges, devant l’Union patriotique du Kurdistan (UPK), avec 23 élus. Le mouvement Nouvelle Génération en avait remporté 15. Aucun de ces blocs ne disposait seul de la majorité nécessaire pour imposer l’ensemble des choix institutionnels.
Les nouveaux députés avaient prêté serment le 2 décembre 2024, lors de la séance inaugurale. Celle-ci n’avait pas permis d’achever la désignation de la direction parlementaire. Le désaccord entre les principales formations avait ensuite bloqué les travaux. La réunion du 4 novembre reprend donc une procédure restée inachevée, plutôt qu’elle n’ouvre une nouvelle législature.
Deux négociations se sont trouvées étroitement liées : le partage des fonctions au Parlement et la composition du futur exécutif. Le PDK a voulu relancer l’institution sans attendre un accord global. L’UPK a défendu la démarche inverse, en demandant une entente préalable sur les principaux postes. Le vote de mercredi concrétise le choix du PDK de dissocier ces étapes.
Une majorité réunie malgré les consignes de boycott
L’UPK et Nouvelle Génération ont boycotté la séance. D’autres formations ont également refusé d’y prendre part. Les 52 participants ont néanmoins dépassé le seuil de 51 membres requis pour réunir le Parlement. Cette présence a permis de procéder aux votes, sans traduire un rapprochement entre les directions des grands partis.
La participation n’a pas suivi exactement les frontières des groupes. Des représentants de petites formations et des minorités ont rejoint les élus du PDK. Des députés appartenant ou ayant appartenu à l’UPK et à Nouvelle Génération ont aussi assisté à la séance, selon les comptes rendus de la presse kurde.
Nishtiman Nawprdani, élue sous l’étiquette de l’UPK, a participé en se déclarant désormais indépendante. Hardi Salah, ancien membre de ce bloc devenu indépendant, était également présent. Ces choix individuels ont contribué à rendre possible la reprise. Ils ne permettent pas d’attribuer à leurs anciennes formations un soutien collectif au résultat.
L’UPK conteste la procédure, le PDK défend la reprise
La veille du vote, l’UPK avait contesté la légalité de la convocation et demandé un accord politique préalable. Son représentant Azad Mohammed Amin estimait qu’un seul parti ne pouvait décider de relancer les travaux. La formation invoquait la nécessité du dialogue et d’une compréhension commune entre les forces politiques.
Une controverse concernait aussi les démarches préparatoires. Le chef du bureau du Parlement, Ardalan Mohammed, avait déclaré n’avoir reçu que 43 signatures demandant une séance. Il contestait l’origine de l’invitation alors diffusée. Ces objections, formulées le 3 novembre, précèdent la présence effective de 52 élus le lendemain.
Après la séance, un responsable de l’UPK, Salar Mahmoud, a réaffirmé auprès d’une agence de presse l’attachement de son parti au consensus. Il a reproché au PDK de reproduire les erreurs du passé. Le désaccord demeure donc politique autant que procédural. Le résultat du vote ne signifie pas que les opposants ont retiré leurs réserves.
Le bureau des relations extérieures du PDK a, au contraire, salué la reprise des réunions. Dans son communiqué du 4 novembre, il présente cette étape comme un rétablissement du fonctionnement institutionnel. Il espère qu’elle facilitera la formation d’un nouveau gouvernement et appelle les groupes à dépasser leurs différends.
Vala Fareed refuse une présidence provisoire
Lors de sa première conférence de presse, Vala Fareed a appelé les députés absents à revenir dans l’hémicycle. Elle a assuré que sa désignation ne visait aucune formation particulière et devait servir toutes les composantes de la région. Elle souhaite que les élus reprennent leurs responsabilités au sein du Parlement.
La présidente a également affirmé que la direction élue resterait en place, indépendamment d’un futur accord politique. Le retour éventuel des groupes ayant boycotté la séance ne remettrait pas, selon elle, ses fonctions en discussion. Cette position concerne le statut du bureau parlementaire ; elle ne constitue pas un accord sur les postes de l’exécutif.
Le Premier ministre régional, Masrour Barzani, a félicité les trois responsables élus dans un communiqué publié mercredi. Il a invité les autres parlementaires à participer aux prochaines séances. Son message soutient la relance des institutions tout en appelant l’ensemble des partis à coopérer.
Les commissions puis les choix institutionnels restent attendus
Dans la soirée, le président de la région, Nechirvan Barzani, a lui aussi accueilli favorablement la reprise. Il a demandé aux forces politiques de résoudre leurs divergences au Parlement. Il a insisté sur le dialogue, le compromis et la responsabilité partagée dans la protection des institutions régionales.
Le travail parlementaire doit maintenant se poursuivre au-delà de l’élection du bureau. La désignation des représentants dans les commissions donnera une première indication de la participation des différents groupes. Le Parlement doit aussi avancer vers les choix concernant la présidence régionale et le prochain Premier ministre.
Le gouvernement conduit par Masrour Barzani, constitué en 2019, reste en place dans l’attente d’un nouvel exécutif. Le vote du 4 novembre ne vaut ni investiture d’un nouveau cabinet ni résolution du partage des responsabilités. La prochaine échéance concrète annoncée par Vala Fareed porte sur les nominations à la commission juridique, attendues lundi 9 novembre.
Références
- Parlement du Kurdistan, compte rendu et allocution de Vala Fareed, 4 novembre 2026
- Présidence de la région, communiqué du 4 novembre 2026
- Gouvernement régional, communiqué de Masrour Barzani, 4 novembre 2026
- Bureau des relations extérieures du PDK, 4 novembre 2026
- AFP, repris par Naharnet, 4 novembre 2026
- Rudaw, compte rendu actualisé de la séance, 4 novembre 2026
- Rudaw, quorum et désaccord sur la formation du gouvernement, 4 novembre 2026
- PUKMEDIA, positions des formations boycottant la séance, 3 novembre 2026
- Shafaq News, déclarations de la nouvelle présidente, 4 novembre 2026
- Photographie d’archives : Ahmad Zebari / VOA Kurdish, domaine public, via Wikimedia Commons
Couverture éditoriale Libnanews à partir d’une photographie réelle d’archives. Mise en page assistée par IA. L’image ne représente pas la séance du 4 novembre 2026.


Commentaires