3 novembre 2026
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Société · Syrie

Retour en Syrie : les repères fragiles des enfants

Pour les enfants nés ou élevés à l’étranger, revenir en Syrie signifie parfois quitter leur école et leurs amis. La mémoire familiale ne suffit pas à construire de nouveaux repères. Scolarité, langue, logement et liens sociaux déterminent les conditions de réinstallation, selon les témoignages et enquêtes humanitaires publiés en 2026.

Couverture : retour en Syrie et nouveaux repères des enfants ; photographie d’illustration d’un camp en Syrie, avec une femme adulte entre les tentes.
Photo d’illustration non datée d’un camp en Syrie, par Khaled Akacha (Pexels). Elle ne représente pas les familles citées dans l’article. © Photo : Khaled Akacha / Pexels. Montage éditorial : Libnanews.

Le retour en Syrie peut réunir une famille autour d’un pays auquel ses membres sont attachés de façons différentes. Pour des parents, il ouvre la possibilité de retrouver des lieux connus. Pour leurs enfants nés ou élevés à l’étranger, il implique parfois de quitter une école, des amis et une langue d’apprentissage.

Le 1er octobre 2026, Catherine Russell, directrice générale de l’Unicef, a demandé de placer les enfants au centre du redressement syrien. Après une visite de trois jours, elle a insisté sur l’éducation, la santé, l’eau et la protection. Les besoins des enfants accompagnent tout le processus de réinstallation, bien après le passage de la frontière.

Le retour en Syrie, deux histoires dans une même famille

L’écrivaine Samar Yazbek explore ce décalage dans une tribune du 3 novembre 2026 consacrée à la mémoire de l’exil. Elle souligne que certains enfants connaissent d’abord les écoles et les rues du pays d’accueil. Les villes de leurs parents leur sont familières par les récits, sans appartenir nécessairement à leur expérience quotidienne.

Le parent peut chercher à renouer avec une vie interrompue. Son enfant aborde, lui, un lieu où il doit construire de nouveaux repères. Yazbek invite à reconnaître cette différence sans demander aux plus jeunes de reproduire l’expérience des générations précédentes pour prouver leur fidélité familiale.

Cette réflexion rejoint la notion de postmémoire développée par la chercheuse Marianne Hirsch. Elle désigne la relation des générations suivantes aux expériences traumatiques de leurs aînés, transmises par les récits, les images et les comportements. Cette transmission peut peser sur la vie des descendants, même lorsqu’ils n’ont pas vécu les événements. Le concept éclaire un rapport au passé ; il ne constitue pas un diagnostic applicable à tous les enfants réfugiés.

L’école, un changement de langue et de repères

Des familles interrogées par Refugees International signalent des difficultés d’intégration scolaire après un retour de Turquie. Elles évoquent les différences de programmes et le manque d’accompagnement. L’association présente ces témoignages dans une étude publiée le 15 octobre 2026.

Une mère désignée sous le pseudonyme de Noura explique que ses enfants réclament leur ancienne école en Turquie. Elle décrit des difficultés à comprendre le programme syrien, à nouer des relations et à échapper aux brimades. Ce témoignage renseigne sur une situation familiale, sans mesurer la fréquence de ces difficultés.

L’étude s’appuie notamment sur des consultations en Turquie entre novembre 2025 et avril 2026, ainsi que sur cinq visites en Syrie. Ses auteurs recommandent des formations linguistiques et un accompagnement des enseignants pour accueillir les élèves issus d’autres systèmes scolaires.

Des parcours scolaires à faire reconnaître

La réinscription comporte aussi des démarches administratives. Le HCR indique que les élèves revenant de l’étranger doivent présenter des pièces attestant leur scolarité. Les procédures diffèrent selon le niveau atteint et le cursus suivi.

Pour l’enseignement de base, un test de niveau peut permettre une admission lorsque les certificats scolaires manquent. Certains dossiers incomplets peuvent aussi donner lieu à une inscription conditionnelle, dans l’attente des justificatifs. Pour les certificats issus de programmes étrangers, des épreuves complémentaires peuvent porter sur l’arabe, l’histoire et la géographie.

Le HCR relaie aussi une décision syrienne du 27 avril 2026 concernant les élèves titulaires d’un certificat turc attestant la réussite de la huitième année. Elle prévoit, sous conditions, une admission en neuvième année, suivie d’un examen de passage dans leur établissement. Les procédures administratives ne garantissent pas un accompagnement pédagogique adapté dans chaque école.

Le logement conditionne aussi la stabilité des enfants

Save the Children a mené son enquête One Shock Away entre septembre et novembre 2025. Elle comprend 90 enquêtes auprès de ménages, 12 groupes de discussion et 12 études de cas d’enfants. Les recherches concernent Alep, Deir ez-Zor et la campagne de Damas.

Parmi les foyers interrogés, près des deux tiers disent avoir retrouvé un logement endommagé ou détruit. Trois sur quatre déclarent qu’une nouvelle dégradation économique pourrait les pousser à repartir. Ces résultats décrivent les ménages étudiés. Ils ne constituent pas une estimation nationale de l’ensemble des retours syriens.

Publiée en 2026, l’étude examine conjointement la sécurité physique, les conditions matérielles, les droits et le bien-être psychosocial des enfants. Elle souligne ainsi le risque d’une nouvelle rupture après le retour. Un logement instable ou des services défaillants peuvent compromettre l’installation familiale et la continuité de la scolarité.

Reconstruire un quotidien et préserver les liens

L’Unicef demande des financements durables pour renforcer les écoles, les services de santé, l’approvisionnement en eau et la protection de l’enfance. Lors de sa visite de septembre, Catherine Russell s’est rendue dans une école réhabilitée de la région de Damas. L’agence soutient aussi les communautés qui accueillent les familles revenues.

Le HCR oriente les enfants et leurs proches vers des centres communautaires proposant des activités, une écoute et une aide pour accéder aux services. Il recommande aux familles de maintenir des habitudes quotidiennes et de préserver les contacts avec les amis et les proches.

Ses équipes et partenaires peuvent accompagner les besoins éducatifs, sociaux ou de protection, selon les services accessibles localement. Les espaces destinés aux enfants comprennent notamment des jeux et des activités d’apprentissage. Ils donnent une place aux relations et aux occupations ordinaires dans l’accompagnement du retour.

Sources

Newsdesk Libnanews

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