L’impunité des crimes contre les journalistes repart à la hausse. Dans les résultats publiés le 2 novembre 2026, l’UNESCO estime que 86 % des cas suivis restent non résolus, contre 85 % lors de la précédente évaluation. L’organisation présente cette remontée comme une rupture dans la baisse progressive de cet indicateur depuis 2012. Elle s’accompagne d’une augmentation des morts recensés en lien avec l’activité journalistique.
Le bilan des décès porte sur 2024 et 2025, et non sur l’année 2026 : 189 journalistes, professionnels des médias et producteurs de contenus exerçant une activité journalistique ont été tués, soit 20 % de plus que pendant les deux années précédentes. Parmi eux, 127 ont été tués dans des pays en conflit.
Deux chiffres qui ne mesurent pas la même chose
Le taux de 86 % ne s’applique pas uniquement aux 189 morts du dernier bilan biennal. Le document de synthèse de l’UNESCO le replace dans le suivi des affaires enregistrées entre 2006 et 2025. Des dossiers restent en cours, sans résolution ou sans information judiciaire actualisée.
Le recueil de ces informations dépend aussi des réponses des États. Sur 78 demandes adressées par l’UNESCO, 48 ont reçu une réaction en 2026 : 40 réponses substantielles et huit accusés de réception. Le taux de réaction atteint ainsi 62 %, contre 80 % lors du précédent exercice. Une réponse administrative ne constitue donc pas nécessairement une avancée judiciaire.
Ce que signifie une affaire « résolue »
La méthode de l’Observatoire de l’UNESCO repose sur plusieurs sources pour vérifier qu’un décès peut être lié au travail journalistique. Les dossiers qui ne remplissent pas encore les critères restent surveillés. En revanche, l’état des enquêtes judiciaires est établi à partir des informations communiquées par les États concernés.
La catégorie « résolue » ne correspond pas toujours à une condamnation exécutée : elle peut notamment inclure le décès d’un suspect avant le procès ou une procédure ayant établi l’absence de lien avec l’activité journalistique. Inversement, un dossier peut rester non résolu lorsqu’un recours se poursuit ou que tous les suspects n’ont pas été jugés. L’absence de renseignements transmis à l’organisation ne prouve pas, à elle seule, qu’aucune démarche judiciaire n’a eu lieu.
Ces définitions expliquent pourquoi des bilans fondés sur des critères ou des périodes différents ne s’additionnent pas.
Les conflits et les drones aggravent les risques
Le rapport relève 50 journalistes tués par des frappes de drones en 2024-2025, soit environ 40 % des décès recensés dans les pays en conflit. Ce pourcentage concerne ce sous-ensemble et non l’ensemble des journalistes tués dans le monde. L’UNESCO signale également des attaques ayant frappé plusieurs professionnels à la fois, notamment sur des lieux de travail ou des centres de reportage temporaires.
La répartition régionale du bilan biennal place les États arabes au premier rang, avec 97 morts, devant l’Amérique latine et les Caraïbes, avec 37. Ces catégories régionales ne désignent pas, à elles seules, les responsables des décès et ne remplacent pas l’examen de chaque affaire.
Des mécanismes de protection et des enquêtes
Dans sa présentation du rapport, l’UNESCO au Mexique insiste sur le renforcement des enquêtes, des poursuites et des mécanismes de protection. Elle évoque les protocoles spécialisés, les moyens consacrés aux victimes et l’adaptation aux menaces visant les femmes journalistes. La précarité professionnelle peut aussi limiter l’accès à la formation, aux équipements de sécurité et au soutien juridique.
L’UNESCO associe ainsi prévention des attaques et suivi judiciaire pour établir les responsabilités. Le rapport sera examiné les 19 et 20 novembre 2026 par le Conseil intergouvernemental du Programme international pour le développement de la communication.
Photographie d’illustration : microphone directionnel, 24 février 2017. « Shotgun Microphone », college.library / Flickr, CC BY 2.0. Habillage graphique Libnanews ; photographie entière redimensionnée proportionnellement, sans recadrage ni modification de son contenu.


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