Le Hezbollah a vivement attaqué la décision du ministère libanais des Affaires étrangères de retirer son agrément à l’ambassadeur iranien désigné à Beyrouth, Mohammad Reza Sheibani, de le déclarer persona non grata et de lui demander de quitter le Liban d’ici dimanche. Dans le même mouvement, Beyrouth a rappelé pour consultations son ambassadeur en Iran, Ahmad Sweidan. En réaction, le parti chiite a dénoncé une « faute nationale et stratégique majeure », accusant la diplomatie libanaise de céder à des pressions extérieures et d’ouvrir une crise intérieure en pleine guerre.
La charge du Hezbollah intervient après une rupture diplomatique d’une rare gravité entre Beyrouth et Téhéran. Selon l’Agence nationale d’information, le Liban a officiellement retiré l’agrément accordé à Mohammad Reza Sheibani, ambassadeur iranien désigné, en invoquant des violations de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Le ministère a aussi annoncé le rappel de l’ambassadeur libanais en Iran, Ahmad Sweidan, pour consultations. Cette double décision a transformé une tension politique en crise diplomatique ouverte.
C’est cette décision précise que le Hezbollah a prise pour cible dans un communiqué publié en soirée. Le parti dit rejeter « catégoriquement » la mesure contre le diplomate iranien. Il estime qu’elle ne repose sur aucun fondement légal sérieux et qu’elle ne sert ni les intérêts supérieurs du Liban, ni sa souveraineté, ni son unité nationale. Le mouvement y voit au contraire une décision « téméraire » et « condamnable », prise à un moment où le pays, selon lui, aurait besoin d’un front intérieur resserré face à la guerre avec Israël.
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Le Hezbollah lie directement l’affaire de l’ambassadeur iranien au rappel de l’ambassadeur libanais à Téhéran. À ses yeux, il ne s’agit pas d’un simple geste administratif, mais d’un basculement politique. Le parti accuse le ministère des Affaires étrangères de s’aligner sur des « pressions » et des « diktats » venus de l’extérieur. Il affirme aussi que la décision empiète sur les prérogatives du président de la République, tout en présentant l’ensemble comme une attaque contre les relations entre le Liban et un pays qu’il décrit comme un soutien de longue date.
Dans son texte, le Hezbollah rejette aussi l’argument d’une ingérence iranienne dans les affaires intérieures libanaises. Il présente cette accusation comme un prétexte politique destiné à justifier une mesure déjà décidée. Le communiqué affirme que ce choix intervient au pire moment, alors que le Liban subit une escalade militaire israélienne et qu’il aurait besoin, selon le parti, d’une position officielle unifiée pour imposer un arrêt des attaques et le retrait israélien des territoires occupés.
Le parti va plus loin en visant personnellement le ministre des Affaires étrangères, Youssef Raji. Il l’accuse de se placer dans une position qui ne servirait, selon ses termes, que les intérêts israéliens. Le Hezbollah lui reproche d’affaiblir l’État libanais, de fragiliser sa cohésion dans une phase critique et de pousser le pays vers davantage de concessions sous influence étrangère. Il évoque même le risque de voir le Liban glisser sous une « tutelle américano-israélienne ».
L’un des arguments centraux du communiqué porte sur le traitement différencié des influences étrangères. Le Hezbollah accuse le ministre de garder le silence face aux interventions américaines au Liban, tout en choisissant la confrontation avec l’Iran. À l’inverse, le parti présente Téhéran comme un État ami qui aurait soutenu le Liban dans les moments les plus difficiles, sans porter atteinte à sa souveraineté. Cette lecture résume la fracture politique que la décision diplomatique de Beyrouth vient raviver au grand jour.
Le Hezbollah conclut en appelant le président de la République et le Premier ministre à intervenir pour obtenir un retrait immédiat de la mesure. Il estime que la décision contre Mohammad Reza Sheibani, ajoutée au rappel d’Ahmad Sweidan, ouvre « les portes de la division intérieure » au lieu de renforcer l’unité nationale. L’affaire dépasse donc désormais le seul terrain diplomatique. Elle devient un nouvel axe de confrontation interne, sur fond de guerre, de souveraineté disputée et de polarisation croissante autour de la place de l’Iran au Liban.



