7 octobre 2026
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Caprices des lycéens vs conflit de valeurs

par Nadia Henni-Moulaï Journaliste, écrivaine , sur l’auteure cf ce lien: https://www.madaniya.info/2022/07/05/portrait-nadia-henni-moulai/ . Le lien de la newsletter de Nadia Henni-Moulaï : https://nadiahm.substack.com/


Qui aurait pu prédire l’ampleur du blocus lycéen ? Personne évidemment ! En 2026, les seuls ennuis dont souffre cette jeunesse tiennent en deux mots. Trois même. Chauffage des salles, climatisation et…téléphones portables.

L’interdiction de ces derniers, appliquée depuis la rentrée 2026 aurait mis le feu aux poudres. Un caprice de lycéen donc. Depuis 48 heures, commentateurs des chaines d’information distillent un récit moins médiatique que politique. Entre accusation d’instrumentalisation par LFI ou atténuation voire négation des violences policières, la machine médiatique bat son plein, à coup d’invectives, de schématisme, de sensationnalisme journalistique.

Autant, la violence n’est pas défendable, autant le travail des médias, dont la GRANDE responsabilité dans la fabrique de l’opinion, est insatisfaisant. Précisément parce que le blocus lycéen est traité comme une éruption ex nihilo, un événement né spontanément. Ainsi, les violences policières présumées qui en découlent- IGPN saisie à Sevran, Saint-Ouen-l’Aumône et Tours- ne seraient que la réponse légale et légitime aux incidents et dégradations émaillant le territoire. Les chiffres sont parlants.

Plus de 350 établissements bloqués, près de 2000 interpellations, pas loin de 500 gardes à vue, des blessés coté jeunes, personnels (dont un proviseur blessé) et policiers. Avec le ralliement de plusieurs universités à Paris, Strasbourg, Marseille ou Montpellier, le blocus semble prendre de l’ampleur tandis que certains journalistes s’impatientent, presque, d’une décision qui ne vient toujours pas : l’état d’urgence. Voilà pour l’analyse à chaud.

De son côté, la classe politique pointent la responsabilité de LFI dans l’inflammation de la situation. Les images du maire de Saint-Denis, Bally Bagayoko, filmé tenant une poubelle en feu, aux côtés de lycéens survoltés, ont, un temps, nourri cette théorie. Relayée par Europe 1 et Frontières, magazine d’extrême-droite, la vidéo volontairement tronquée montre en réalité l’édile tentant d’éteindre le feu, comme le montre Libération. Or, si LFI a saisi l’importance de politiser le blocus, c’est bien parce que ce blocus est politique. Opportunisme politique ou non, les Insoumis sont, je crois, les seuls à se targuer de figurer aux côtés des jeunes, de porter leurs revendications. Une stratégie assumée et visiblement efficace. Chez les 18-24 ans, J-L.Mélenchon faisait 34% en 2022.

Si le PS ou LR jouissant d’un tel crédit auprès d’une jeunesse que l’on décrit trop souvent comme passive, dépolitisée et assistée, s’en priverait-il ? Qu’on le veuille ou non, LFI parvient à séduire des jeunes en mal d’exemples et d’exemplarité venus de la sphère politique. Après tout, la défiance à l’égard de la démocratie, dont l’abstentionnisme est une conséquence, préexiste à ce mouvement de gauche lancé en 2016.

Si LFI semble être la seule alternative capable de contrecarrer Marine Le Pen et son parti raciste et fasciste aux yeux de nombreux Français, tous n’accordent pas de blanc-seing aux Insoumis. Malgré leur ouverture, les réflexes de classe structurent les rapports de pouvoirs interne comme tout espace de pouvoir. A commencer par les partis politiques. Impossible, donc, verser dans l’unanimisme. Même envers LFI.

Pourtant, les annonces de Matignon de ce 1er octobre témoignent du jeu politique pratiqué par le gouvernement, au moment où il devrait tempérer la colère. Le même jeu politique reproché à LFI à longueur de plateaux télé. En accusant officiellement « LFI et ses proxys de l’ultra-gauche » d’avoir déclenché ce mouvement, Sébastien Lecornu, Premier ministre, réduit ce blocus, à une répétition générale du premier tour de la présidentielle. Un face à face, par procuration, entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, et qui ouvrirait la voie à un bloc central, sorte de troisième voie rassurante.

De son côté, Edouard Philippe, ancien Premier et candidat à la présidentielle, y voit lui la main de « LFI qui prépare l’affrontement généralisé ». Bruno Retailleau, lui, patron de LR et ancien ministre de l’Intérieur, préconise d’ « interdire la France Insoumise. » Une mesure choc qui profiterait à cet aspirant président de la République.

N’est-ce pas là un exemple d’instrumentalisation politique ? Si le mouvement peut s’amplifier, il peut aussi s’interrompre. Pour autant, les conséquences de ce blocus risquent de structurer, d’une façon ou d’une autre, l’orientation de la présidentielle, accentuer la polarisation au sein d’une société française, déjà fracturée.

Au-delà de la posture politique, le communiqué de Matignon ne mentionne pas les violences policières dont les images ne cessent, pourtant, de tourner sur les réseaux sociaux. Adolescents étranglés, saisis par les cheveux, LBD dans l’œil à Tours, tir de lance-grenade dans la bouche à Saint-Ouen-l’Aumône, arrestations musclées. Un déni déjà-vu et qui résonne de plus bel avec les abus policiers commis sur les Gilets jaunes en 2018 et 2019. E.Macron avait, alors, inauguré le début de son mandat par un mouvement populaire, spontané et apolitique. Il clôt les derniers mois de quinquennat d’une manière similaire (les accusations portées à l’encontre de LFI sont, jusqu’à preuve du contraire, infondées). Quelle ironie tout de même. Lui, qui avait obtenu les faveurs de la jeunesse au deuxième tour de la présidentielle, face à Marine Le Pen, en 2017.

“Exploitation cynique des lycéens par LFI”, Edouard Philippe

En décrivant, donc, le blocus comme un caprice lié à la « cantine » comme le dit E.Philippe ou à une manipulation des Insoumis, en le réduisant à son versant violent (Mai 68, le fut-il réduit à son expression violente ?), le gouvernement espère évacuer le fond des revendications.

“On compare avec Mai-68 mais ce n’était pas ça Mai-68”, Valérie Nataf, journaliste, 01/10/2026.

Est-il utile de la rappeler après tout ? Le manque de professeurs et de personnels dans l’Éducation nationale n’est pas imaginaire. Au lycée Saint-Exupéry de Créteil- d’où est parti le mouvement- le manque d’enseignants a justifié le blocus.

Les classes surchargées avec des classes parfois à 35 élèves (40 dans les établissements privés, qui répercutent l’exode des familles du public), ce n’est pas imaginaire.

La précarité des élèves issus de familles confrontées à une paupérisation de masse est une réalité. Dix millions de pauvres en France, ce n’est pas imaginaire.

Des établissements vétustes, en Seine-Saint-Denis notamment, ce n’est pas imaginaire. Au lycée Paul Eluard, les murs infiltrés d’eau, les rats infestent le bâtiment.

Parlons des inégalités territoriales?

La question des inégalités territoriales, ce n’est pas imaginaire. En Seine-Saint-Denis, 22% des élèves du second degré public sont scolarisés en REP+, proportion la plus élevée du pays.

Autre mesure clé, l’indice du profil social (IPS) Paris culmine à 129 contre 71 pour Mayotte. Le chiffre, là, non plus n’est pas imaginaire.

Les écarts de dépenses alloués aux étudiants parlent d’eux-mêmes. Selon la DEPP (Statistique publique de l’Éducation nationale), la dépense moyenne par élève est de 12 500 euros à l’université contre 19 000 euros en classe préparatoire aux grandes écoles. Et non ce n’est toujours pas imaginaire.

En France, selon votre territoire, votre origine sociale, votre nom, vous n’allez pas dans la même école. Vous ne bénéficiez pas des mêmes chances.

Les chiffres de PISA ne sont pas imaginaires non plus. La France dégringole en termes de performance scolaire. Surtout, elle échoue à décorréler le niveau social de la réussite scolaire. Plus vous êtes pauvre, moins vous réussissez à l’école. Ce n’est, donc, pas imaginaire.

Une réalité qui nous amène à Parcours sup, outil d’orientation post-bac pensé pour réduire les inégalités. Si la plateforme a facilité l’accès formel à une formation, PP (en plus de générer une forte pression. Rappelons que les résultats tombent lors des révisions du bac!) n’a ni supprimé les inégalités sociales, ni garanti l’accès à une formation. A mon niveau, je n’ai jamais vu autant d’étudiants en panne de formation ou naufragé du supérieur…Surtout PP reproduit les inégalités préexistantes, qui, elles ne sont pas imaginaires.

Et puis, pour finir, ce texte déjà long, il me semble que la colère des lycéens est le fruit d’une époque chaotique, confrontée à des conflits en tous genres.

Et, parmi eux, un conflit de valeurs. Que ce soient les images de Gaza, dont les images sur les réseaux sociaux travaillent bien plus les cercles sociaux qu’il n’y parait, la concentration des richesses et les inégalités qui en découlent, le poids des réseaux sociaux dans leur existence et leur impact sur leur santé mentale, la paupérisation de leurs familles, la fragilisation des cercles familiaux, le racisme et les discriminations, le mauvais travail journalistique des médias mainstream fragilisant la démocratie… Certains verront, dans cette liste à la Prévert, un pot-pourri. J’y vois, pour ma part, une jeunesse très au fait de son sort. Le monde ne lui offre plus ce champ des possibles qui fait avancer les jeunes.

N.H-M

Madaniya

En partenariat avec Madaniya.info

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Commentaires

  1. Votre titre est racoleur et caricatural même s’ il essaie laborieusement de faire de l’ humour. Les lyceens évoquent aussi leur manque de profs, pas de prof de maths ou de SES en Terminale depuis 3 semaines alors que ce sont leurs spécialités au Bac avec un coefficient énorme, Parcours Supp à deux vitesses pour les classes Prépa, pas de matériel pour Physique Chinie. Merci de ne pas caricaturer, on n’ est pas sur CNews . De tout cœur avec eux..

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