6 octobre 2026
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Électricité : Joe Saddi boycotte le Conseil des ministres

Le ministre de l’Énergie Joe Saddi a annoncé le 6 octobre 2026 la suspension de sa participation aux séances du Conseil des ministres. Il réclame des décisions sur les sommes dues à Électricité du Liban, les exemptions supportées par l’entreprise publique et le financement des achats de combustible. Tout en restant à son poste, il conditionne son retour aux réunions gouvernementales à une réponse concrète sur la crise de l’électricité et la continuité de l’approvisionnement.

Le ministre libanais de l’Énergie et de l’Eau, Joe Saddi, a annoncé mardi 6 octobre 2026 qu’il suspendait, « à ce stade », sa participation aux séances du Conseil des ministres. Il conditionne son retour à des décisions gouvernementales sur la crise de l’électricité, notamment le règlement des sommes dues à Électricité du Liban, la prise en charge de certaines exemptions et l’examen de mesures destinées à maintenir l’approvisionnement sans imposer de nouvelles charges aux ménages.

Le bras de fer sur l’électricité franchit un nouveau seuil au sein du gouvernement libanais. Lors d’une conférence de presse organisée mardi à Beyrouth, Joe Saddi a annoncé qu’il ne participerait plus, pour l’instant, aux séances du Conseil des ministres.

Le ministre de l’Énergie ne présente toutefois pas cette décision comme une démission ni comme un retrait de ses fonctions. Il affirme qu’il continuera à exercer ses responsabilités ministérielles. Sa suspension concerne sa présence aux réunions du gouvernement.

Joe Saddi conditionne son retour à une réponse politique et financière sur le dossier de l’électricité. Il demande au gouvernement d’assumer, selon ses termes, ses responsabilités envers le secteur énergétique et d’examiner les propositions déjà soumises.

Cette décision intervient alors qu’Électricité du Liban (EDL) doit financer ses achats de combustible dans un environnement marqué par la hausse des prix de l’énergie. Elle révèle surtout un désaccord sur la manière de financer le service public sans revenir au mécanisme des avances du Trésor.

Joe Saddi lie sa décision à la crise de l’électricité

Le ministre explique son retrait temporaire des séances par l’absence de décisions répondant aux besoins immédiats d’EDL. Il estime que sa participation au Conseil des ministres ne suffit plus si les propositions concernant l’électricité restent sans réponse concrète.

Joe Saddi réclame notamment le paiement des factures et arriérés dus par les administrations et institutions publiques à Électricité du Liban. Selon les chiffres qu’il a avancés mardi, les arriérés de l’État envers EDL atteindraient environ 300 millions de dollars.

Le ministre souligne une contradiction qu’il juge difficilement soutenable : les particuliers doivent régler leurs factures alors que certaines institutions publiques ne paient pas intégralement les leurs. Or EDL a besoin de ces recettes pour financer notamment ses achats de combustible.

Joe Saddi demande également à l’État de supporter le coût des exemptions accordées dans le contexte de la guerre et de l’aide aux populations touchées. Selon lui, EDL a fourni de l’électricité sans recevoir en retour l’intégralité des montants correspondants.

L’enjeu est immédiat. Sans ressources suffisantes, l’entreprise publique dispose d’une marge réduite pour acheter du fioul et maintenir ou augmenter les heures d’alimentation.

Le ministre affirme ainsi que sa décision ne constitue pas un abandon de responsabilité. Il la présente au contraire comme un moyen de pousser le gouvernement à trancher.

Une production qui ne couvre qu’un tiers de la demande

La crise financière intervient sur un réseau déjà incapable de satisfaire la demande nationale. Joe Saddi a indiqué que les capacités actuellement disponibles permettent de couvrir environ un tiers des besoins en électricité du pays.

Le problème ne se limite donc pas au prix du combustible. Le Liban manque également de capacités de production suffisantes et d’investissements dans de nouvelles infrastructures.

Le ministre a indiqué que 24 entreprises avaient manifesté un intérêt pour des investissements dans le secteur énergétique libanais. Ces investisseurs demanderaient cependant des garanties, notamment financières et sécuritaires, avant de s’engager.

Cette contrainte complique la stratégie du ministère, qui veut attirer des capitaux privés et réduire progressivement la dépendance du secteur aux financements publics.

Joe Saddi défend en particulier une participation accrue du secteur privé dans la production et l’exploitation des installations électriques. L’Autorité de régulation du secteur travaille parallèlement à la préparation de licences destinées à permettre au privé de produire et distribuer de l’électricité.

Le ministre rappelle aussi la nomination d’un nouveau conseil d’administration d’Électricité du Liban et la mise en place de l’Autorité de régulation, longtemps retardée malgré son inscription dans la législation.

Ces réformes structurelles restent toutefois distinctes de l’urgence qui motive sa décision du 6 octobre : trouver des ressources permettant à EDL de continuer à acheter du combustible et à alimenter le réseau.

La hausse du fioul pèse sur les heures d’alimentation

Joe Saddi attribue une partie des difficultés actuelles à l’augmentation du coût du combustible importé par Électricité du Liban. Selon ses déclarations, le prix du fioul acheté par l’entreprise publique a doublé au cours des six derniers mois.

Cette hausse réduit mécaniquement la quantité de combustible qu’EDL peut acquérir à ressources constantes.

Le ministre a rappelé que l’alimentation publique avait atteint environ sept heures par jour en février. La hausse du coût énergétique a depuis compliqué le maintien de ce niveau.

La conséquence pour les ménages est double. Une baisse des heures fournies par EDL augmente le recours aux générateurs privés, dont le kilowattheure coûte généralement plus cher. Les familles supportent alors simultanément la facture publique et celle de leur abonnement privé.

Joe Saddi défend donc le principe d’une tarification variable de l’électricité publique, adaptée aux fluctuations du prix du combustible. Selon son estimation, ce mécanisme pourrait réduire d’environ 240 millions de dollars la facture globale supportée par les consommateurs.

Cette proposition suppose néanmoins une décision gouvernementale. Elle pose aussi la question du niveau des tarifs dans un pays où une partie importante de la population reste fragilisée par plusieurs années de crise économique et monétaire.

Arriérés publics et taxe de 300 000 livres au centre du différend

Plusieurs demandes financières se trouvent au cœur du conflit qui oppose désormais ouvertement Joe Saddi au reste de l’exécutif.

Outre le paiement des sommes dues à EDL, le ministre et les Forces libanaises demandent une révision de la taxe de 300 000 livres libanaises appliquée aux carburants. Le Premier ministre Nawaf Salam avait demandé la formation d’une commission ministérielle afin d’examiner une éventuelle suspension de cette taxe et ses conséquences sur les recettes publiques.

Le dossier oppose plusieurs impératifs budgétaires. D’un côté, le ministère de l’Énergie cherche à réduire la pression sur le coût de l’électricité et à garantir les ressources d’EDL. De l’autre, toute suppression ou suspension d’une taxe réduit les recettes disponibles pour les finances publiques.

Joe Saddi refuse surtout que l’augmentation de la production électrique passe par de nouvelles avances du Trésor ou par un nouvel endettement.

Le secteur électrique libanais a longtemps dépendu de transferts publics massifs pour financer son fonctionnement, notamment l’achat de combustible. Le ministre affirme vouloir rompre avec ce modèle et placer EDL sur une trajectoire financière plus autonome.

Sa suspension de participation au Conseil des ministres vise précisément à obtenir des arbitrages sur ces demandes avant que la situation énergétique ne se dégrade davantage.

Des pertes non techniques évaluées à environ 30 %

Le financement d’EDL n’est pas le seul problème soulevé mardi. Joe Saddi a également insisté sur les pertes non techniques du réseau, qu’il évalue à environ 30 %.

Ces pertes recouvrent notamment l’électricité consommée mais non correctement facturée ou collectée, ainsi que les branchements illégaux. Leur réduction constitue l’une des conditions d’un assainissement durable des comptes d’EDL.

Une augmentation des tarifs sans amélioration de la collecte risquerait en effet de déplacer le problème plutôt que de le résoudre.

Le ministère cherche parallèlement à réorganiser la distribution et la collecte des factures. Pour Joe Saddi, la viabilité financière d’EDL doit reposer à terme sur ses propres recettes plutôt que sur des avances répétées de l’État.

Cette stratégie explique pourquoi le paiement des factures des administrations publiques occupe une place centrale dans ses revendications actuelles. Le ministre considère que l’État ne peut imposer la discipline de paiement aux particuliers sans l’appliquer à ses propres institutions.

Le gaz et les importations régionales restent à l’étude

À plus long terme, le ministère cherche également à diversifier les sources d’approvisionnement énergétique du Liban.

Joe Saddi a indiqué que des travaux étaient menés pour réhabiliter le gazoduc vers Deir Ammar. Le passage du fioul au gaz permettrait, selon le ministère, de réduire le coût de production.

Des accords concernant l’achat de gaz avec la Jordanie, ainsi que des mécanismes de transit et d’échange impliquant la Jordanie et la Syrie, ont également été préparés. Le ministre a indiqué avoir transmis les contrats concernés au secrétariat général du Conseil des ministres.

Le Liban étudie en parallèle des possibilités d’importation d’électricité depuis la Syrie ou depuis la Turquie via le territoire syrien. Joe Saddi a évoqué ce dernier scénario avec son homologue turc lors d’une rencontre à New York en septembre.

Ces projets ne constituent cependant pas une réponse immédiate au manque de liquidités d’Électricité du Liban. Ils nécessitent des accords techniques, politiques et financiers avant de pouvoir produire un effet sur le réseau.

L’urgence reste donc celle soulevée mardi par le ministre : permettre à EDL de financer son combustible et déterminer qui doit supporter les charges accumulées.

Une suspension sans départ du gouvernement

L’annonce de Joe Saddi crée une situation politique inhabituelle, mais elle ne signifie pas qu’il quitte le gouvernement.

Le ministre reste en fonction et affirme vouloir continuer à exercer ses responsabilités au ministère de l’Énergie et de l’Eau. Sa décision porte spécifiquement sur sa présence aux séances du Conseil des ministres.

Les Forces libanaises, formation politique à laquelle il est affilié, soutiennent sa démarche. Le parti avait déjà exprimé son mécontentement concernant les arbitrages financiers du gouvernement et le projet de budget pour 2027.

L’annonce transforme toutefois ce désaccord politique en moyen de pression institutionnel. La question devient désormais celle des conditions permettant le retour du ministre aux réunions gouvernementales.

Joe Saddi a fixé plusieurs demandes : paiement des arriérés dus à EDL, couverture des exemptions décidées par l’État, examen d’une tarification variable et réponse aux propositions visant à préserver l’approvisionnement.

Aucune date de reprise de sa participation n’a été annoncée mardi. La durée de cette suspension dépendra donc des décisions que prendra le gouvernement sur le financement d’Électricité du Liban et sur les mesures réclamées par le ministère pour maintenir les heures d’alimentation.

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