2 novembre 2026
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Dépôts au Liban : les pistes de remboursement en débat

Les dépôts bancaires au Liban restent au centre de négociations sur les pertes et les remboursements. Selon la presse libanaise, les pistes discutées concernent les créances reconnues, les délais de versement et la prise en compte de sommes déjà reçues. Le montant de 100 000 dollars évoqué ne signifierait donc pas un paiement immédiat supplémentaire. Aucun accord définitif avec le FMI n’est annoncé. L’ordre des opérations déterminerait aussi la contribution des banques, de la banque centrale et des déposants.

Couverture Banques sur les dépôts et les pertes au Liban, avec une photographie d’archives de l’entrée principale de la Banque du Liban.
Entrée principale de la Banque du Liban — photo d’archives, date de prise de vue non établie. Crédit Photo : Libnanews.com, tous droits réservés. Habillage éditorial Libnanews.

L’ordre dans lequel les pertes seraient absorbées reste au centre des discussions sur les dépôts bancaires. Des sources proches des négociations avec le Fonds monétaire international évoquent une possible souplesse sur deux points. Le premier concerne le traitement des dépôts qualifiés de non réguliers. Le second porte sur la manière de calculer et de rembourser une somme de 100 000 dollars par déposant. Ces échanges ne constituent pas un accord définitif avec le FMI. Ils portent sur des mécanismes dont les effets dépendraient autant du montant reconnu que de l’ordre des opérations et du délai de paiement.

Les propositions attribuées au gouverneur de la Banque du Liban, Karim Souaid, soulèvent une question centrale : certaines formules réduiraient la contribution des banques et de la banque centrale en diminuant les créances reconnues aux déposants. Les intérêts en présence apparaissent aussi dans une question comptable. À qui faut-il imputer les sommes déjà remboursées : aux banques ou à la Banque du Liban ?

Effacer certains dépôts avant de mobiliser les capitaux

Les discussions achoppent notamment sur la hiérarchie des pertes. Dans l’approche attribuée au FMI, les capitaux des banques doivent être mobilisés avant que les dépôts soient atteints. La proposition présentée par Karim Souaid modifierait cette séquence en traitant d’abord certains dépôts comme non réguliers. Leur suppression interviendrait donc avant l’absorption des pertes par les capitaux bancaires.

L’ordre retenu changerait le montant restant à répartir. Si une partie des dépôts disparaît au début de l’opération, les obligations à financer diminuent. Le coût supporté ensuite par les banques et la Banque du Liban serait alors réduit. Cette séquence concentre l’un des principaux enjeux de la négociation : il ne suffit pas de discuter du total des pertes, il faut aussi déterminer quelles créances sont reconnues avant leur répartition.

La qualification de dépôt non régulier demeure toutefois essentielle. Cette qualification ne signifie pas automatiquement que les fonds sont d’origine illégale. Les critères applicables à chaque compte restent déterminants dans les mécanismes discutés. Pour un déposant, les conséquences dépendraient précisément de ces définitions et des procédures retenues.

Cent mille dollars : le calendrier change la portée du montant

Le deuxième débat concerne les 100 000 dollars envisagés par déposant. D’après les informations disponibles sur les négociations, les échanges portent sur une combinaison de montant, de durée et de prise en compte des remboursements déjà réalisés. La formule évoquée prévoit 60 000 dollars sur quatre ans, puis le paiement du solde pendant trois années supplémentaires. Les versements effectués au titre des circulaires 158 et 166 seraient intégrés au calcul.

Une telle formule ne reviendrait donc pas à verser immédiatement 100 000 dollars supplémentaires à chaque bénéficiaire. Une partie pourrait correspondre à des sommes déjà perçues. Le reste serait étalé dans le temps. La somme affichée ne renseigne pas, à elle seule, sur les liquidités dont le déposant disposerait chaque année.

Cet échelonnement aurait un coût pour les déposants. Leurs fonds sont bloqués depuis la crise et un nouveau calendrier prolongerait encore l’attente. Un paiement différé ne présente pas la même valeur économique qu’une somme immédiatement disponible, même si son montant nominal reste inchangé.

Les discussions rapportées évoquent également une diminution de certaines sommes à régler, de 21 à 15 milliards de dollars après le traitement des dépôts concernés. Cette réduction et l’étalement donneraient aux banques davantage de temps pour reconstituer leurs capitaux et produire des bénéfices. Les déposants supporteraient, en contrepartie, une partie du coût sous forme de créances réduites ou de remboursements retardés.

Des conversions qui modifieraient la nature des créances

D’autres mécanismes sont évoqués pour les montants restant à traiter. Certains dépôts pourraient être convertis en actions bancaires sans droit de vote. D’autres seraient transformés en livres à un taux de 15 000 livres pour un dollar. Ces hypothèses font partie des propositions discutées ; elles ne constituent pas des conditions de remboursement définitivement adoptées.

Le passage d’un dépôt à une action changerait la nature du droit détenu. Le déposant ne recevrait pas simplement son argent disponible en caisse. Il détiendrait un titre dont les perspectives dépendraient de la banque, sans disposer d’un droit de vote. La différence est substantielle entre une somme annoncée comme restituée et les moyens réellement accordés à son titulaire.

Le traitement des soldes reste lié à celui des petites créances et à la contribution exigée des établissements. Une réduction opérée au début du processus peut alléger le montant restant à financer. Un remboursement tardif peut ensuite répartir la charge sur plusieurs années. C’est l’articulation de ces mécanismes, plutôt que chacun pris isolément, qui déterminerait la contribution effective des différents acteurs.

Trois milliards déjà versés au centre d’un conflit d’imputation

Une lettre adressée par Karim Souaid à l’Association des banques le 23 octobre porte sur une opération comptable plus précise. Référencée sous le numéro 1/676, elle demande une reclassification de trois milliards de dollars liés aux paiements des circulaires 158 et 166. La période concernée va de mars 2025 à octobre 2026.

D’après les chiffres rapportés, la Banque du Liban a versé 3,373 milliards de dollars pendant cette période. Elle présente trois milliards comme provenant initialement de ses ressources propres et 373 millions des réserves obligatoires. Elle demande que les trois milliards soient désormais classés dans ces réserves, tout en les reconnaissant comme sa contribution au remboursement des dépôts.

Les banques défendent une autre lecture. Elles souhaitent, selon les informations disponibles sur leur position, que ces paiements soient imputés à leur propre contribution, puisque les fonds concernés proviennent de leurs placements auprès de la banque centrale. Le désaccord ne porte donc pas uniquement sur l’enregistrement d’une opération passée. Il touche au calcul de ce que chaque partie serait réputée avoir déjà payé, puis de ce qu’elle devrait encore apporter.

Cette question rejoint directement la répartition des pertes. Reconnaître une somme comme contribution de la banque centrale ou des banques peut modifier le solde des obligations attribuées à chacune. Les versements déjà reçus par les déposants deviennent ainsi un élément de la négociation sur le financement des remboursements futurs.

Les négociations se poursuivent sans accord final annoncé

Une réunion parisienne entre Karim Souaid, le cabinet Rothschild et plusieurs grandes banques est également signalée. Bank Audi, BLOM, Byblos, Bank of Beirut et la Banque libano-française figurent parmi les établissements mentionnés. La présence de ces établissements ne signifie pas qu’un accord engageant l’ensemble du secteur ait été conclu.

Les signes de souplesse prêtés aux représentants du FMI par les sources proches des négociations ne valent pas approbation officielle des mécanismes détaillés. La venue de représentants du Fonds au Liban est annoncée à partir du 9 novembre. Les points à examiner restent l’ordre d’absorption des pertes, la définition des dépôts concernés, le calendrier des remboursements et la contribution respective des banques et de la banque centrale.

Sources

Al Akhbar, 2 novembre 2026, page 4.

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