L’Autorité palestinienne de la qualité de l’environnement estime, ce 6 novembre 2026, que les destructions israéliennes ont produit entre 61 et 68 millions de tonnes de gravats à Gaza. Elle fait aussi état de pertes massives dans l’agriculture et les réseaux d’eau. Sous les ruines, les munitions non explosées, les matériaux dangereux et les dépouilles retardent le déblaiement. La remise en état des terres et des canalisations conditionne le retour des habitants autant que la reconstruction des logements.
L’alerte intervient à l’occasion de la Journée internationale pour la prévention de l’exploitation de l’environnement en temps de guerre. L’autorité palestinienne affirme que les opérations israéliennes ont détruit ou nivelé 82 % des terres agricoles. Elle avance également la destruction de 97 % des arbres fruitiers et des oliviers, ainsi que de 84 % des infrastructures d’eau et d’assainissement.
Les évaluations internationales documentent une dévastation d’une ampleur comparable, avec des catégories différentes. Elles mesurent notamment des surfaces cultivées endommagées, des installations hors service ou des terres devenues inaccessibles. Plusieurs évaluations internationales reposent sur des observations de 2025. Les derniers relevés disponibles montrent aussi que la perte d’accès peut empêcher la production sur des parcelles restées intactes.
Gravats à Gaza : des dizaines de millions de tonnes à traiter
Le volume de 68 millions de tonnes figurait déjà dans une évaluation antérieure à l’alerte de novembre. L’évaluation conjointe des Nations unies, de la Banque mondiale et de l’Union européenne, publiée le 20 avril 2026, retenait déjà 68,1 millions de tonnes de débris générés au 31 octobre 2025. Le rapport environnemental publié en septembre 2025 évaluait auparavant ce volume à plus de 61 millions de tonnes.
Ces estimations reposent principalement sur des images satellitaires. Les analystes repèrent les bâtiments touchés, puis croisent leur emprise au sol avec leur hauteur et le degré de destruction. Le scénario établi pour le 8 juillet 2025 utilisait l’analyse des dommages d’UNOSAT et une base de bâtiments actualisée jusqu’en mai 2023. Le résultat approche une masse de matériaux à gérer. Il ne correspond pas au pesage de chaque chargement ni à un inventaire quotidien des gravats encore présents.
Leur répartition compte autant que leur poids. Un immeuble effondré sur une conduite principale bloque la réparation du réseau. Des débris accumulés devant un établissement de santé empêchent les ambulances d’approcher. Une voie dégagée peut, au contraire, rétablir plusieurs services à la fois : circulation des secours, livraison d’eau et accès aux commerces.
Les premiers travaux privilégient donc les routes et les équipements essentiels. Dans son rapport du 23 juillet 2026, la coordination humanitaire des Nations unies faisait état de près de 630 000 tonnes dégagées. Elles provenaient notamment des axes routiers et des sites de services publics. Une grande partie des décombres restait alors inaccessible.

Des explosifs sous les bâtiments et les routes
Les équipes de chantier interviennent dans des secteurs contaminés par des munitions non explosées. La menace concerne les ouvriers, mais aussi les familles qui cherchent des biens dans leurs maisons. Elle expose également les enfants et les personnes qui récupèrent des matériaux pour construire un abri ou obtenir un revenu.
Le Service de la lutte antimines des Nations unies, UNMAS, réalise des évaluations des risques avant certaines opérations de déblaiement. Ses relevés portent sur les endroits accessibles et sur les missions effectivement demandées. Ils ne constituent donc pas une cartographie exhaustive des explosifs présents dans toute la bande de Gaza.
Dans son bilan consacré à 2025, l’organisme recensait 130 accidents liés aux engins explosifs, avec 52 morts et 267 blessés signalés. Il estimait que les déclarations sous-évaluaient probablement le nombre réel de victimes. Ces données décrivent des accidents enregistrés, sans permettre de calculer la quantité totale de munitions enfouies.
Le déblaiement exige aussi de vérifier la stabilité des bâtiments encore debout. Des murs et des dalles fragilisés peuvent s’effondrer pendant les travaux. Le retrait mécanique des débris doit ainsi s’articuler avec les inspections, la sécurisation des lieux et l’intervention des spécialistes des explosifs. L’arrivée de davantage de camions ne suffit pas à accélérer toutes ces étapes.
L’amiante impose un tri avant le recyclage
L’Autorité palestinienne de la qualité de l’environnement évoque environ quatre millions de tonnes de déchets dangereux. Elle mentionne aussi au moins 50 000 tonnes d’amiante. Le rapport environnemental onusien de septembre 2025 présente ce dernier chiffre comme un ordre de grandeur de matériaux susceptibles de contenir de l’amiante dans les décombres des camps de réfugiés. Leur composition doit encore être confirmée par des prélèvements.
Cette estimation porte sur des matériaux amiantés, pas sur une masse mesurée de fibres pures. Leur concassage sans précaution peut libérer des fibres cancérogènes. Les débris issus d’ateliers et de zones industrielles peuvent également contenir des produits chimiques. Le mélange de ces déchets avec du béton récupérable compliquerait leur traitement.
La remise en circulation des matériaux demande donc des filières distinctes. Le béton débarrassé des éléments dangereux peut servir à certains aménagements. Les déchets contaminés nécessitent un stockage et une élimination adaptés. Leur utilisation dans de nouveaux travaux dépend de contrôles environnementaux et des caractéristiques techniques recherchées.
Un rapport de l’UNOPS publié en juin 2026 souligne l’intérêt économique du réemploi. Le tri et le recyclage peuvent coûter davantage au départ que la mise en décharge. Ils permettent ensuite de réduire les achats de matériaux neufs et certains transports. À Gaza, ces possibilités restent tributaires des machines disponibles, de l’énergie et de l’accès à des sites sûrs.
Des champs détruits, d’autres hors d’atteinte
Les dégâts agricoles associent plusieurs pertes : arbres déracinés, cultures rasées, serres endommagées, irrigation interrompue et accès interdit ou dangereux. Une exploitation peut cumuler ces difficultés. Une parcelle épargnée par les destructions peut aussi rester inutilisable faute d’accès, d’eau ou de semences.
Dans le rapport environnemental de septembre 2025, les taux de 97,1 % et de 82,4 % désignent respectivement les surfaces de cultures arborées et de cultures annuelles endommagées. Les cultures arborées comprennent notamment les vergers et les oliveraies. Ces relevés portent sur des hectares, et non sur un décompte individuel de tous les arbres morts.
Une évaluation FAO-UNOSAT publiée le 18 août 2026 décrit la situation au 24 juin. Elle identifie 4 091 hectares accessibles, soit 27 % des terres cultivées. Parmi eux, seuls 448 hectares sont à la fois accessibles et non endommagés. Les 3 643 autres hectares accessibles nécessitent une réhabilitation.
Les parcelles accessibles et intactes représentent ainsi environ 3 % de l’ensemble des terres cultivées. Leur surface est passée de 601 hectares en octobre 2025 à 448 hectares en juin 2026. La FAO attribue principalement ce recul à la réduction de l’accès, associée à l’extension vers l’ouest de la « ligne jaune ». Cette ligne sépare la zone du cessez-le-feu de l’espace contrôlé militairement.
La reprise demande des moyens différents selon les dégâts. Les cultures annuelles peuvent redémarrer après la remise en état du terrain et de l’irrigation. Un verger arraché exige une replantation, puis plusieurs années avant de retrouver sa production. Dans les deux cas, les agriculteurs doivent pouvoir travailler sans risquer leur vie.

Les chiffres de l’alerte et les évaluations disponibles
| Indicateur | Annonce palestinienne du 6 novembre 2026 | Évaluation internationale |
|---|---|---|
| Gravats | 61 à 68 millions de tonnes | RDNA publié en avril 2026 : 68,1 millions de tonnes générées au 31 octobre 2025. |
| Terres agricoles | 82 % détruites ou nivelées | FAO-UNOSAT : 3 % des terres cultivées à la fois accessibles et intactes au 24 juin 2026. |
| Oliviers et arbres fruitiers | 97 % détruits | PNUE, rapport de septembre 2025 : 97,1 % des surfaces de cultures arborées endommagées. |
| Eau et assainissement | 84 % des infrastructures détruites | RDNA publié en avril 2026, dommages jusqu’en octobre 2025 : 88 % des équipements de surface et 76 % des réseaux souterrains partiellement ou entièrement endommagés. |
Les pourcentages agricoles ne décrivent pas tous le même ensemble de terres. Les évaluations des réseaux distinguent également les dommages physiques de la capacité à assurer un service. Une installation peut rester hors fonctionnement à cause d’une panne électrique ou de l’impossibilité d’y accéder.
Un réseau d’eau dépendant des routes, du courant et des pièces
Le chiffre de 84 % avancé par l’autorité palestinienne rassemble l’eau et l’assainissement. Les évaluations sectorielles détaillent des situations différentes selon les équipements. Le rapport conjoint publié en avril 2026, couvrant principalement les dégâts d’octobre 2023 à octobre 2025, recensait six stations de traitement des eaux usées non fonctionnelles. Il évaluait les dégâts du secteur à 1,7 milliard de dollars.
Le 5 novembre 2026, l’UNICEF a publié un nouveau rapport sur les attaques contre les systèmes d’eau. Son bilan, couvrant une période allant jusqu’en juin 2026, mentionne plus de 130 kilomètres de canalisations d’égout endommagées à Gaza depuis octobre 2023. Les eaux usées non traitées sont rejetées vers la Méditerranée ou vers des zones de rétention temporaires.
La remise en service des réseaux dépend de plusieurs approvisionnements simultanés. Les pompes ont besoin d’électricité ou de carburant. Les équipes doivent disposer de conduites, de pièces de remplacement et de produits de traitement. Les routes doivent leur permettre d’atteindre les installations et de transporter le matériel.
Les interruptions de distribution obligent les habitants à chercher l’eau hors de chez eux. Les établissements de santé dépendent aussi de cette ressource pour nettoyer leurs locaux, stériliser le matériel et soigner les enfants malnutris. L’eau insalubre favorise les diarrhées et aggrave les difficultés nutritionnelles. La réparation des égouts réduit parallèlement l’exposition aux rejets dans les quartiers habités.
Les pollutions concernent enfin les terres et la nappe côtière. Leur étendue exige des prélèvements, alors que les accès et les moyens d’analyse restent limités. La remise en eau d’une conduite ne garantit pas, à elle seule, la qualité de l’ensemble des ressources utilisées autour de cette conduite.
Plus de 1,7 milliard de dollars pour les débris
La synthèse de l’évaluation conjointe d’avril 2026 chiffre à plus de 1,7 milliard de dollars l’enlèvement et la gestion des débris. Elle estime à 71,4 milliards les besoins globaux de relèvement et de reconstruction. Le financement doit couvrir les logements et les infrastructures, mais aussi le rétablissement des services et de l’activité économique.
| Besoin estimé | Montant | Périmètre |
|---|---|---|
| Enlèvement et gestion des débris | Plus de 1,7 milliard $ | Estimation présentée dans la synthèse du RDNA d’avril 2026. |
| Relèvement et reconstruction | 71,4 milliards $ | Ensemble des secteurs couverts par l’évaluation conjointe. |
| Premiers dix-huit mois | 26,3 milliards $ | Part des besoins globaux pour les services essentiels et le redémarrage. |
Ces montants correspondent à des besoins estimés, pas à des financements acquis. Les coûts peuvent évoluer avec les conditions d’accès, les prix des matériaux et les inspections de terrain. Les enveloppes sectorielles ne s’additionnent pas automatiquement aux besoins globaux, dont elles couvrent une partie.
La durée des travaux dépend des mêmes contraintes. Le 20 novembre 2025, le Programme des Nations unies pour le développement estimait possible de dégager l’essentiel des débris en sept ans. Il conditionnait cette projection à un accès sans entrave, à l’entrée des engins lourds, à des livraisons régulières de carburant et à un environnement stable.
Cette projection ne fixait pas un délai pour reconstruire toute la bande de Gaza. Le rétablissement des quartiers exige aussi des réseaux fonctionnels, des entreprises capables de travailler et une solution de logement pendant les chantiers. Les réparations peuvent commencer sur certains sites alors que le déblaiement se poursuit ailleurs.
Les dépouilles et les droits des familles
Les ruines contiennent encore des restes humains. Leur récupération nécessite des équipes spécialisées, l’identification des victimes et la conservation des informations utiles aux familles. Le traitement de ces sites impose un rythme différent de celui d’un chantier ordinaire.
En septembre 2026, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a relayé un bilan de la Défense civile palestinienne. Celle-ci signalait plus de 630 corps et autres restes humains retrouvés sous les bâtiments entre novembre 2025 et septembre 2026. Les recherches se poursuivent dans un territoire où de nombreux lieux restent hors d’accès.
Les opérations soulèvent également des questions de propriété. La disparition des bâtiments et des repères physiques complique l’identification des parcelles. Les documents, les témoignages et les registres doivent permettre aux habitants de faire valoir leurs droits. Le déplacement des gravats doit s’articuler avec cette documentation, avant l’installation d’équipements ou la reconstruction.
À Jabaliya, un bassin menace les abris avant l’hiver
Les besoins immédiats restent visibles autour du bassin pluvial d’Abu Rashid, à Jabaliya, près de la ligne jaune. Dans son rapport du 29 octobre 2026, la coordination humanitaire onusienne décrit une installation paralysée par le manque d’électricité et l’insécurité de l’accès. Sans intervention, son débordement pourrait toucher les sites de déplacement voisins pendant l’hiver.
À Khan Younès, les équipes ont également évalué des sites d’hébergement exposés aux inondations et à l’érosion. Le PNUD utilise du béton concassé recyclé pour relever et niveler certains terrains accueillant des abris. Les débris traités servent ainsi à des travaux de protection, alors que leur enlèvement reste très loin d’être achevé.
Pour Abu Rashid, une évaluation complémentaire doit préciser les mesures possibles. L’intervention dépend toujours de l’accès des techniciens, de l’alimentation des pompes et des moyens nécessaires pour stabiliser le bassin avant les fortes pluies.


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