6 novembre 2026
Actualité, Information, Analyses, découverte du Patrimoine et de la Culture Libanaise, tout cela est possible sur Libnanews, le Média Citoyen du Liban
Toutes nos rubriques

Société

Gouvernance des camps : les rôles encore à préciser

La gouvernance des camps palestiniens au Liban entre dans une phase de consultation, pas dans celle d’un partage définitif et déjà appliqué des compétences. Le 30 octobre, au Grand Sérail, Nawaf Salam a lancé les échanges sur un projet national préparé par le Comité de dialogue libano-palestinien. Le gouvernement entend mieux articuler l’autorité de l’État, les services et la participation palestinienne. Les déclarations officielles permettent d’identifier les principes du chantier. Elles ne suffisent pas à attribuer dès aujourd’hui chaque service à une administration ni à annoncer un transfert de responsabilités vers les municipalités.

Gouvernance des camps : les rôles encore à préciser ; photographie d’archives du Parlement libanais illustrant le cadre institutionnel.
Le Parlement libanais, photographie d’archives illustrant le cadre légal et institutionnel de ce dossier. Date de prise de vue non établie. Habillage éditorial Libnanews, photo entière inchangée. © François el Bacha / Libnanews. Tous droits réservés.

La gouvernance des camps palestiniens au Liban entre dans une phase de consultation, pas dans celle d’un partage définitif et déjà appliqué des compétences. Le 30 octobre, au Grand Sérail, Nawaf Salam a lancé les échanges sur un projet national préparé par le Comité de dialogue libano-palestinien. Le gouvernement entend mieux articuler l’autorité de l’État, les services et la participation palestinienne. Les déclarations officielles permettent d’identifier les principes du chantier. Elles ne suffisent pas à attribuer dès aujourd’hui chaque service à une administration ni à annoncer un transfert de responsabilités vers les municipalités.

La gouvernance des camps reste un projet discuté

Le président du Comité de dialogue, Ramez Dimachkié, décrit une démarche destinée à dépasser les réponses séparées aux crises. Les consultations doivent permettre de revoir le projet avant sa transmission au chef du gouvernement, puis son examen par le Conseil des ministres. Les mécanismes d’exécution demeurent ouverts à la discussion. Cette séquence est importante : le lancement public d’un chantier ne constitue pas l’adoption de sa version finale.

Le projet met sur la table la sécurité, la justice, l’administration, les services et la participation des habitants. Ces dimensions sont liées, mais elles ne relèvent pas toutes des mêmes institutions. Arrêter une personne soupçonnée d’une infraction, traiter une fuite d’eau et examiner une demande de droit social sont trois actes différents. Les regrouper sous le terme de gouvernance ne doit pas effacer les règles et les responsabilités propres à chacun.

L’État conserve la responsabilité de la sécurité

Le cadre constitutionnel ne fait pas des camps des territoires extérieurs au Liban. L’article premier affirme l’unité et la souveraineté de l’État. L’article 65 place les forces armées sous l’autorité du Conseil des ministres. Les déclarations gouvernementales inscrivent le chantier des camps dans cette logique. Elles ne créent pas une souveraineté nouvelle sur des espaces qui auraient auparavant été juridiquement soustraits au pays.

La question pratique est celle de la présence régulière des institutions et de la manière dont leurs interventions sont organisées. Le principe de souveraineté n’indique pas, à lui seul, quelle administration recevra une plainte, qui assurera le suivi d’une décision ou comment seront coordonnés les services. Une application durable suppose des procédures identifiables. Sans elles, la compétence de principe peut coexister avec des renvois de responsabilité qui laissent les habitants sans interlocuteur.

Le volet sécuritaire ne permet pas non plus de déduire le contenu des réformes sociales. Le président du Comité de dialogue a explicitement refusé de présenter les droits comme le prix d’une remise d’armes. Le travail sur le statut juridique des réfugiés constitue un chantier législatif distinct. Il doit donc être suivi à travers les textes proposés et leur parcours, plutôt que comme un avantage qui serait automatiquement accordé à l’issue d’une opération de sécurité.

L’UNRWA fournit des services, pas une police

L’agence des Nations unies rappelle elle-même qu’elle n’administre pas les camps et n’y assure pas le maintien de l’ordre. Elle ne dispose pas d’une police ni d’un service de renseignement. Son activité porte notamment sur l’éducation, les soins, l’aide sociale, les infrastructures et l’assistance d’urgence. Confondre la fourniture de services et l’exercice d’une autorité territoriale conduit donc à décrire incorrectement son mandat.

Ce rôle a des traductions matérielles. Dans son rapport d’urgence de juillet 2026 sur le Liban, l’UNRWA indiquait poursuivre, au 14 juillet, la collecte des déchets et le pompage de l’eau dans les douze camps de réfugiés palestiniens. Il s’agit d’un bilan daté, pas d’une garantie sur l’état de chaque installation en novembre. Il montre néanmoins pourquoi l’organisation des services ne peut pas être examinée sans l’agence, ses équipes, ses moyens et ses partenaires.

Le discours de Salam du 30 octobre précise que le renforcement de la présence de l’État doit s’articuler avec la poursuite des missions de l’UNRWA, sans que le Liban la remplace. Il maintient également la responsabilité internationale de son financement. Il n’annonce donc ni la disparition de l’agence ni la reprise intégrale de ses services par l’administration libanaise. Une telle conclusion serait contraire aux termes présentés lors du lancement.

Les municipalités ne peuvent être un simple recours financier

Les municipalités sont invitées à participer aux consultations, aux côtés des institutions nationales, des représentants des camps et des acteurs civils. Leur présence dans la discussion se comprend par la continuité des réseaux et des espaces urbains : les déchets, l’assainissement ou les circulations ne s’arrêtent pas nécessairement à une limite administrative. Cela ne signifie pas qu’une nouvelle répartition des charges a déjà été fixée.

Pour chaque service, le dispositif final devrait distinguer celui qui décide, celui qui réalise les travaux et celui qui les finance. Une municipalité pourrait être associée à la coordination sans devenir l’opérateur unique. Un organisme international pourrait contribuer à un équipement sans prendre en charge son entretien pour une durée illimitée. Ces possibilités illustrent les choix à préciser ; elles ne constituent pas les mesures arrêtées dans le projet.

Le financement est donc inséparable des compétences. Un transfert d’obligation dépourvu de ressources ne garantit pas un service supplémentaire. Le coût de fonctionnement, la maintenance et le remplacement des équipements doivent être considérés avec les dépenses initiales. Il faudra également savoir comment les engagements des partenaires seront suivis et quelles réponses seront prévues si un financement s’interrompt.

La participation palestinienne doit être identifiable

Le Front démocratique de libération de la Palestine a, dans une déclaration du 30 octobre, défendu une approche dépassant les seuls aspects administratifs et sécuritaires. Il demande une participation palestinienne réelle et la prise en compte des dimensions sociales, juridiques et nationales. Il s’agit de la position d’une organisation, pas d’un mandat exprimé par l’ensemble des réfugiés ni d’un accord déjà conclu avec toutes les composantes palestiniennes.

Cette demande soulève une question concrète pour les consultations : comment représenter des habitants dont les situations diffèrent ? Les organisations politiques, les comités locaux, les associations et les usagers des services ne parlent pas nécessairement avec les mêmes priorités. Une participation documentée devrait permettre d’identifier les interlocuteurs consultés, les remarques reçues et les changements apportés. La tenue d’une réunion ne suffit pas, à elle seule, à démontrer l’adhésion à toutes les dispositions.

Les réfugiés vivant hors des camps posent aussi une question de périmètre. Une mesure qui organise un réseau ou une intervention dans un camp ne règle pas automatiquement les droits au travail ou à la protection sociale d’une personne installée ailleurs. Le cadre territorial du projet et le champ personnel d’une future loi doivent rester distingués. Cette précision évite de présenter une réforme locale des services comme un règlement général du statut des Palestiniens au Liban.

Les documents qui permettront de juger la suite

Les sources officielles établissent le lancement des consultations et plusieurs orientations. Elles ne fournissent pas, dans les comptes rendus examinés, une attribution exhaustive des compétences, un budget complet ni un calendrier contraignant pour chaque camp. Affirmer aujourd’hui qu’une municipalité particulière reprendrait un service précis serait donc prématuré. De même, la référence aux prochains mois ne suffit pas à fixer une échéance identique pour toutes les étapes.

La publication du projet détaillé, des contributions et de la version transmise au gouvernement permettra de mesurer les choix retenus. Les décisions devront ensuite préciser les responsables, les moyens et les mécanismes de recours des habitants. C’est cette chaîne de documents et d’actes, plus que le seul intitulé de la gouvernance, qui dira ce qui change dans les camps et pour leurs voisins.

·

Newsdesk Libnanews

Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

Tous ses articles →

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *