Gadi Eisenkot cherche une majorité pour gouverner en Israël et affirme avoir réalisé des progrès. Vendredi 6 novembre, Avigdor Liberman a accepté le principe de compromis avec les partis ultraorthodoxes, notamment sur la conscription. Cette inflexion ouvre une nouvelle possibilité pour remplacer Benjamin Netanyahu. Aucun accord de coalition n’a toutefois été annoncé. UTJ attend une proposition, tandis que Shas reste engagé aux côtés du premier ministre sortant.
Dix jours après les élections législatives du 27 octobre, les négociations israéliennes connaissent un changement important. Liberman, dirigeant de Yisrael Beytenu, ne fait plus de son refus de coopérer avec les formations ultraorthodoxes un obstacle absolu. Il maintient en revanche son opposition à un gouvernement dépendant des partis arabes.
Eisenkot, ancien chef d’état-major et président de Yashar, décrit des avancées obtenues discrètement. Dans un message publié avant le début du shabbat, il évoque des progrès significatifs et des percées. Il affirme que de nombreuses discussions se poursuivent hors de la scène publique. Le contenu précis de ces échanges reste inconnu.
Eisenkot cherche une majorité pour gouverner rapidement
Le chef de Yashar souhaite constituer un gouvernement d’urgence nationale autour des quatre formations de son camp. Il invite d’autres partis et députés à le rejoindre immédiatement ou progressivement, à condition d’accepter ses principes. Cette formulation laisse ouverte la question du calendrier des ralliements. Elle ne prouve pas qu’une majorité soit déjà réunie.
Eisenkot maintient notamment son engagement en faveur d’un service obligatoire pour tous. Il précise que celui-ci pourrait être militaire, national ou civil. Cette distinction compte dans les discussions avec les ultraorthodoxes. Elle permet d’envisager des formes de participation différentes, sans annoncer une exemption générale ni régler les modalités d’application.
Le dirigeant de l’opposition présente le changement de gouvernement comme une urgence démocratique et sécuritaire. Il accuse l’exécutif sortant de menacer les institutions et critique la conduite des fronts militaires encore ouverts. Il invoque ces risques pour réclamer une accélération des négociations.
Liberman accepte des concessions sur la conscription
Le changement le plus concret vient de Liberman. L’ancien ministre de la défense avait fait de la fin des exemptions militaires un marqueur de sa campagne. Il accepte désormais de discuter de concessions sur cette question pour permettre le départ de Netanyahu.
Liberman reconnaît le coût de ce choix pour lui-même et pour une partie de ses électeurs. Il juge néanmoins prioritaire de sortir de l’impasse parlementaire. Son raisonnement repose sur deux refus maintenus : il ne veut ni prolonger le pouvoir de Netanyahu, ni soutenir un gouvernement dépendant de Ra’am ou de la Liste commune.
Cette position dirige donc les discussions vers les deux formations ultraorthodoxes, Judaïsme unifié de la Torah, généralement désigné par son sigle UTJ, et Shas. Leur participation permettrait, sur le papier, de réunir une majorité sans les partis arabes. Mais Liberman n’a pas présenté de texte commun sur le recrutement militaire. Aucun calendrier d’incorporation ni dispositif de sanctions accepté par les partenaires potentiels n’a été rendu public.
UTJ accueille l’ouverture, Shas reste avec Netanyahu
Yaakov Asher, dirigeant d’UTJ, a accueilli favorablement cette évolution. Il a salué la souplesse affichée sur la conscription, tout en regrettant les tensions provoquées par ce débat au cours des dernières années. Il a cependant indiqué qu’aucune proposition de partenariat n’avait encore été soumise à son parti. Les autorités rabbiniques examineraient toute offre formelle.
La veille, jeudi 5 novembre, UTJ avait refusé de recommander Netanyahu lors des consultations présidentielles. Le parti n’avait pas davantage recommandé Eisenkot. Cette abstention a privé le premier ministre sortant de sept soutiens à cette étape, sans transférer automatiquement ces voix à son rival.
Shas conserve une position différente. La formation ultraorthodoxe séfarade a recommandé Netanyahu et annoncé qu’elle resterait à ses côtés. Ses six sièges sont pourtant indispensables à la formule envisagée avec les seuls partis du camp Eisenkot et UTJ. Un accord avec une seule des deux formations religieuses ne suffirait donc pas.
Les partis ultraorthodoxes réclament des garanties pour les étudiants des établissements religieux. Leur désaccord avec Netanyahu sur l’inscription des exemptions dans la loi a fragilisé leur relation avec lui. Il ne signifie pas qu’ils acceptent les conditions d’Eisenkot, ni qu’ils avancent ensemble vers une alliance avec l’opposition.
Golan fait état de progrès entre négociateurs
Yair Golan, chef des Démocrates, partage l’optimisme affiché par Eisenkot. Vendredi, il s’est dit plus confiant qu’au lendemain du scrutin. Il a fait état de plusieurs rencontres entre les équipes de négociation de son parti et celles de Yashar durant la semaine.
Ces échanges visent à préparer un gouvernement d’urgence nationale. Golan reconnaît néanmoins l’existence d’obstacles. Ses déclarations décrivent une dynamique de négociation, pas une entente conclue avec UTJ ou Shas. Elles ne lèvent pas non plus le veto de Liberman sur une majorité appuyée par les partis arabes.
Le service militaire reste au centre des difficultés. Les exemptions accordées aux étudiants ultraorthodoxes suscitent une forte opposition dans d’autres composantes de la société israélienne. Depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, les mobilisations répétées des réservistes ont renforcé les demandes de partage de cette charge.
Plusieurs responsables du camp opposé à Netanyahu ont fait campagne sur cet enjeu. Accepter de discuter avec les formations religieuses ne les dispense donc pas de définir une politique commune. La place éventuelle du service civil devra notamment être précisée.
Treize sièges nécessaires, un mandat encore attendu
Les résultats du scrutin expliquent cette nouvelle recherche d’alliés. Les quatre formations du camp Eisenkot totalisent 48 sièges sur les 120 de la Knesset. UTJ en détient sept et Shas six. Leur addition atteindrait exactement les 61 sièges de la majorité absolue.
Les partis arabes disposent ensemble de 19 élus. Leur soutien pourrait fournir une autre base parlementaire, mais cette voie se heurte au refus de Liberman. Les recommandations adressées au président ne doivent donc pas être confondues avec des engagements à participer au même gouvernement.
À l’issue des consultations, Isaac Herzog a recensé des recommandations représentant 67 députés pour Eisenkot, contre 46 pour Netanyahu. Le président a toutefois souligné les veto réciproques entre les blocs et à l’intérieur de ceux-ci. Il veut encore examiner la capacité réelle de chaque candidat à former un gouvernement.
Herzog prévoit d’attribuer le mandat dimanche 8 novembre. Eisenkot estime qu’il devrait le recevoir. D’ici cette décision, il doit transformer les ouvertures politiques du vendredi en propositions acceptables pour des partenaires dont les exigences restent éloignées.


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