Le gouvernement de Nawaf Salam reste soumis à une forte pression politique, mais les tentatives visant à provoquer son départ n’ont jusqu’ici produit aucun changement institutionnel. Le Hezbollah conteste frontalement plusieurs décisions du Conseil des ministres, en particulier celles relatives à l’exclusivité des armes entre les mains de l’État. Le Courant patriotique libre a, de son côté, tenté de traduire son opposition sur le terrain parlementaire. Pourtant, le cabinet reste en place. Selon des informations exclusives publiées par Ad Diyar le 2 octobre 2026, cette résistance ne s’expliquerait pas seulement par les rapports de force internes. Le gouvernement bénéficierait aussi d’un soutien américain, saoudien et qatari qui rendrait son remplacement particulièrement difficile dans les circonstances actuelles.
Cette affirmation repose sur des sources politiques citées par Ad Diyar et n’a pas été confirmée officiellement par Washington, Riyad ou Doha. Elle doit donc être considérée comme une information de coulisses. Elle prend toutefois une importance particulière après le report des élections législatives. Une échéance qui aurait normalement ouvert un nouveau cycle gouvernemental a disparu du calendrier immédiat. La question de la durée du cabinet Salam se pose donc sous un angle nouveau.
Deux oppositions au gouvernement, mais deux stratégies différentes
La contestation du gouvernement ne forme pas un bloc homogène. Deux forces ont particulièrement manifesté leur opposition, mais elles ne suivent ni la même méthode ni nécessairement les mêmes objectifs.
Le Courant patriotique libre a choisi le terrain parlementaire. Lors de la séquence des 15 et 16 septembre 2026 consacrée au gouvernement, le cabinet a obtenu 68 voix favorables parmi les 81 députés présents. Douze députés du bloc du Liban fort ont voté contre.
Le Hezbollah a adopté une attitude différente. Son bloc parlementaire, Fidélité à la Résistance, s’est retiré et n’a pas participé au vote. Le parti demeure en effet représenté au sein du gouvernement qu’il critique.
Cette situation crée une contradiction politique importante. Le Hezbollah rejette certaines décisions fondamentales du Conseil des ministres, mais une sortie de l’exécutif lui ferait perdre sa présence directe dans l’institution qui adopte ces décisions.
Ad Diyar estime que cette donnée explique en partie la stratégie du parti. Cette interprétation appartient au journal. Le Hezbollah n’a pas présenté officiellement sa participation gouvernementale dans ces termes.
Le résultat politique reste néanmoins clair. Le gouvernement n’a pas été renversé au Parlement et les différentes oppositions n’ont pas réussi à construire une majorité commune autour d’une solution de remplacement.
Le dossier des armes au cœur de la rupture
La principale source de confrontation reste la question des armes du Hezbollah.
Depuis 2025, le gouvernement a pris plusieurs décisions visant à consacrer l’exclusivité des armes entre les mains des institutions légales. Cette orientation touche directement au statut militaire du Hezbollah et à sa capacité à conserver un dispositif armé autonome.
Le parti rejette cette logique dans les conditions actuelles. Il lie notamment la question de ses armes à la présence israélienne, aux opérations militaires dans le Sud et à la capacité de l’État à assurer la défense du territoire.
Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, a adopté à plusieurs reprises une position très critique envers le gouvernement. La confrontation a atteint un niveau suffisamment élevé pour faire apparaître la possibilité d’une mobilisation politique contre le cabinet.
Elle n’a pourtant pas conduit à sa chute.
Le président de la République Joseph Aoun défend, lui aussi, le principe de l’exclusivité des armes entre les mains des forces légales. Mais il associe cette orientation au refus d’une confrontation intérieure. L’objectif affiché est donc de renforcer progressivement l’autorité de l’État sans provoquer un affrontement entre l’armée et le Hezbollah.
Cette contrainte limite fortement les options disponibles.
Une décision politique peut être adoptée par le Conseil des ministres. Son exécution sur le terrain dépend cependant d’un environnement sécuritaire et politique beaucoup plus complexe.
Des garanties extérieures évoquées dans les coulisses
C’est dans ce contexte qu’intervient l’information la plus sensible publiée par Ad Diyar.
Selon le quotidien du 2 octobre 2026, le gouvernement Salam bénéficierait d’un soutien international et arabe important. Des garanties auraient été transmises à un haut responsable politique libanais. Elles indiqueraient que Washington, Riyad et Doha ne souhaitent ni la chute du gouvernement ni un remaniement dans l’immédiat.
Le journal va jusqu’à présenter le cabinet comme une « ligne rouge » pour ces partenaires.
Cette formulation ne doit pas être comprise comme une position officielle des trois capitales. Aucun communiqué reproduit dans le corpus ne reprend ces termes. Il s’agit d’une information attribuée à des sources politiques.
Le raisonnement qui l’accompagne est toutefois précis. Selon ces sources, aucune solution de remplacement ne garantirait actuellement la poursuite des orientations jugées prioritaires par les partenaires internationaux du Liban.
Parmi celles-ci figure l’affirmation de l’autorité de l’État, notamment sur les armes et la décision de guerre et de paix.
La stabilité du gouvernement aurait donc une fonction. Elle éviterait l’ouverture d’une nouvelle crise institutionnelle au moment où plusieurs dossiers majeurs doivent être traités simultanément.
Pourquoi Washington aurait intérêt à maintenir Salam
Le Liban se trouve engagé dans une négociation sécuritaire complexe avec Israël sous médiation américaine. Une nouvelle réunion doit se tenir à Tampa, en Floride, dans un cadre à dominante militaire et technique.
Beyrouth cherche à obtenir des avancées sur le retrait israélien, la cessation des opérations et le déploiement de l’armée. Washington demande parallèlement des mesures concernant les armes du Hezbollah.
La stabilité de l’exécutif devient, dans ce contexte, un élément fonctionnel du processus.
Un gouvernement démissionnaire ou une longue période de consultations pour désigner un nouveau Premier ministre compliqueraient les négociations. Les interlocuteurs étrangers auraient plus de difficulté à obtenir des engagements politiques durables.
Le même raisonnement vaut pour les dossiers économiques.
Le gouvernement négocie avec le Fonds monétaire international. Il doit mener la restructuration bancaire, traiter la fracture financière et remettre les finances publiques sur une trajectoire plus stable.
Le changement d’équipe gouvernementale pourrait ralentir ces processus.
Washington peut donc exercer une forte pression sur Nawaf Salam tout en souhaitant son maintien. Il n’y a pas nécessairement de contradiction entre les deux attitudes.
Le soutien ne signifie pas un satisfecit
Les discussions américaines de Nawaf Salam montrent d’ailleurs que le soutien politique éventuel dont il bénéficie n’équivaut pas à une approbation de ses résultats.
Le dossier des armes reste un point de friction.
Les responsables américains demandent au Liban des mesures concrètes. Dans le même temps, Beyrouth souhaite que Washington obtienne d’Israël de nouvelles étapes de retrait.
Cette différence sur l’ordre des actions constitue l’un des principaux problèmes actuels.
Le Liban considère qu’un retrait israélien supplémentaire renforcerait l’État et faciliterait le déploiement de l’armée. L’approche américaine rapportée dans plusieurs sources consiste au contraire à demander des avancées libanaises sur les armes avant de réclamer de nouveaux retraits à Israël.
Le gouvernement Salam se retrouve donc pris entre deux pressions.
À l’extérieur, il doit démontrer sa capacité à appliquer ses décisions.
À l’intérieur, il doit éviter qu’une application forcée provoque une confrontation.
Le maintien du gouvernement ne résout pas cette contradiction. Il empêche seulement qu’une crise gouvernementale vienne s’y ajouter.
Nabih Berri, un acteur déterminant de l’équilibre
Le président de la Chambre, Nabih Berri, occupe une position centrale dans cette architecture.
Ad Diyar attribue notamment l’échec d’une tentative de faire tomber le gouvernement dans la rue à l’absence de soutien de Berri à cette option. Là encore, il s’agit d’une information politique attribuée au journal.
Le rôle du président de la Chambre dépasse cependant cette seule séquence.
Berri reste l’un des principaux canaux institutionnels entre le Hezbollah et les autres centres du pouvoir. Il dispose aussi d’une expérience importante dans la gestion des compromis entre acteurs qui ne se parlent plus directement.
Une rupture complète entre le Hezbollah et le gouvernement réduirait ces espaces de médiation.
Le maintien du parti au sein de l’exécutif et celui de Berri au centre du jeu parlementaire contribuent donc à conserver des canaux politiques malgré la violence des désaccords.
Cela ne signifie pas qu’un compromis sur les armes existe. Rien dans les sources ne permet de l’affirmer.
Le système continue plutôt de fonctionner malgré l’absence d’accord sur la question la plus sensible.
Le report des législatives bouleverse le calendrier
La durée potentielle du gouvernement Salam a également été modifiée par le report des élections législatives.
Le scrutin devait initialement ouvrir un nouveau cycle institutionnel. Après les élections, le gouvernement serait devenu démissionnaire et de nouvelles consultations parlementaires auraient dû être organisées.
Ce scénario n’a pas eu lieu.
Le mandat de la Chambre a été prolongé de deux ans pour des raisons liées au contexte sécuritaire. Le gouvernement a donc perdu l’échéance qui aurait automatiquement interrompu son exercice normal.
Une question apparaît désormais : Nawaf Salam peut-il rester Premier ministre jusqu’en 2028 ?
Aucune réponse automatique ne peut être donnée.
Le gouvernement peut tomber avant cette date. Le Premier ministre peut démissionner. Une nouvelle échéance électorale peut intervenir. Une crise politique peut également imposer une nouvelle configuration.
Mais, en l’absence de ces événements, le report du scrutin prolonge objectivement l’horizon du cabinet.
Ad Diyar souligne d’ailleurs que Nawaf Salam aurait pu rester un candidat sérieux à sa propre succession même si les élections avaient eu lieu.
Le journal présente sa nomination comme ayant bénéficié d’un environnement international favorable après l’élection de Joseph Aoun à la présidence de la République en janvier 2025. Cette lecture est celle de la publication et de ses sources. Elle ne doit pas être confondue avec la procédure constitutionnelle de désignation du Premier ministre, qui passe par les consultations parlementaires obligatoires.
Une stabilité politique qui ne règle pas la crise sociale
Le problème de Nawaf Salam ne se limite cependant pas aux rapports de force parlementaires.
Le coût de la vie reste une source majeure de mécontentement. Les prix de l’énergie pèsent sur les ménages et les entreprises. L’électricité et l’eau restent également au cœur des critiques sur les services publics.
Le Conseil des ministres a tenté d’apporter plusieurs réponses lors de sa réunion du 1er octobre.
Le projet de budget pour 2027 a été adopté. Le gouvernement a aussi modifié le calcul de l’indemnité quotidienne de transport. Celle-ci doit correspondre à la valeur de cinq litres d’essence par journée de présence, dans une fourchette allant de 500 000 à 800 000 livres.
Un crédit supplémentaire de 1 450,8 milliards de livres a également été approuvé afin de soutenir les chauffeurs de transport public pendant trois mois en raison de la hausse du prix des carburants.
Les indemnités familiales ont, elles aussi, été modifiées.
Ces décisions montrent que le gouvernement cherche à contenir la pression sociale tout en poursuivant son programme financier.
Elles ne constituent cependant pas une réponse structurelle à la crise du pouvoir d’achat.
Un cabinet peut survivre à un vote parlementaire tout en étant progressivement fragilisé par la situation économique.
Les critiques portent aussi sur l’efficacité des ministres
Selon les informations politiques rapportées par Ad Diyar, les soutiens extérieurs du gouvernement ne signifieraient pas que son fonctionnement soit jugé satisfaisant dans tous les domaines.
Des critiques existeraient concernant l’efficacité de certains ministres, notamment dans les secteurs liés aux services essentiels.
Cette distinction est importante.
La préférence pour la continuité institutionnelle peut coexister avec une appréciation sévère des performances de l’exécutif.
Un partenaire international peut considérer qu’un changement de gouvernement serait plus coûteux que le maintien de l’équipe actuelle, sans pour autant estimer que cette équipe fonctionne parfaitement.
C’est probablement l’une des clés de la situation actuelle.
Le gouvernement Salam n’apparaît pas protégé parce que tous ses problèmes auraient été résolus. Il pourrait l’être parce que l’alternative semble encore plus incertaine.
Le débat électoral reste la principale inconnue institutionnelle
Le report des législatives ne clôt pas le dossier électoral.
Le vice-président de la Chambre, Elias Bou Saab, a appelé à reprendre les travaux concernant la loi électorale. Ce débat peut devenir déterminant.
Plusieurs forces politiques, notamment chrétiennes, accordent une grande importance aux règles de représentation. Une modification de la loi ou un accord permettant d’organiser les élections avant l’échéance prolongée pourrait modifier le calendrier gouvernemental.
À l’inverse, l’absence de compromis prolongerait probablement la situation actuelle.
Le gouvernement se trouve ainsi suspendu à plusieurs horloges.
La première est sécuritaire et dépend du Sud.
La deuxième est diplomatique et concerne les négociations avec Israël.
La troisième est financière et dépend des réformes et des discussions avec le Fonds monétaire international.
La quatrième est politique et concerne les armes du Hezbollah.
La cinquième est électorale.
Chacune peut bouleverser la durée de vie du cabinet.
Une absence d’alternative plus qu’une absence d’opposition
La solidité actuelle du gouvernement ne doit donc pas être interprétée comme l’absence d’adversaires.
Le Hezbollah s’oppose à une partie centrale de sa politique. Le Courant patriotique libre lui a refusé sa confiance. Des critiques touchent son action économique et sociale. La question des armes reste sans règlement.
Pourtant, aucune coalition alternative n’a jusqu’à présent émergé.
Le vote parlementaire de septembre en apporte l’indication la plus concrète. Le gouvernement a conservé une majorité nette parmi les députés présents.
L’information exclusive d’Ad Diyar ajoute une seconde dimension : des acteurs internationaux majeurs préféreraient également la continuité.
Ces deux facteurs se renforcent mutuellement sans être de même nature.
La majorité parlementaire permet au gouvernement d’exister constitutionnellement. Le soutien extérieur éventuel lui donne un environnement diplomatique plus favorable.
Mais aucun des deux ne garantit sa durée.
Nawaf Salam dispose surtout d’un avantage politique : ses adversaires savent ce qu’ils contestent, mais ils ne semblent pas encore s’accorder sur ce qui devrait remplacer son gouvernement.
Dans un Liban confronté simultanément à la question du Sud, aux armes du Hezbollah, à la reconstruction et à la crise financière, cette absence d’alternative pourrait être, pour le moment, la principale garantie de survie du cabinet.


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