La visite de la délégation gouvernementale libanaise à Washington pourrait avoir ouvert un dossier beaucoup plus sensible que les seules réformes financières attendues de Beyrouth. Au milieu des discussions sur le Fonds monétaire international, la restructuration bancaire et la remise en ordre des finances publiques, le nom de Bank Saderat Iran aurait été directement évoqué par le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent. L’information n’a pas fait l’objet d’une annonce officielle américaine ou libanaise. Elle est rapportée exclusivement par Al Sharq dans son édition du 2 octobre 2026, sur la base de sources présentées comme informées. Cette réserve est essentielle. Elle n’enlève cependant rien à la portée politique du dossier si les éléments rapportés se confirment.
Selon Al Sharq, Scott Bessent aurait abordé la question de Bank Saderat Iran lors de sa rencontre avec la délégation gouvernementale libanaise à Washington. Il aurait demandé aux responsables libanais de « contribuer » au traitement du dossier. La publication interprète cette formulation comme le signe que Washington souhaiterait voir Beyrouth prendre des mesures contre l’établissement, pouvant aller jusqu’à sa fermeture au Liban. Le journal apporte toutefois une précision importante : le responsable américain n’aurait pas détaillé les mesures attendues. Il aurait surtout insisté sur la nécessité de prendre le sujet au sérieux.
Cette distinction empêche, en l’état des sources disponibles, d’affirmer que Washington a formellement remis au gouvernement libanais un ordre de fermeture. Le titre employé par Al Sharq va plus loin que les détails rapportés dans le corps de l’information. Ceux-ci établissent seulement, selon les sources du journal, que le dossier aurait été soulevé et qu’une action libanaise serait attendue.
Une demande laissée volontairement dans le flou
Le caractère imprécis de la demande rapportée constitue précisément l’un des aspects les plus intéressants du dossier. Une demande américaine très détaillée aurait placé immédiatement le gouvernement devant la nécessité d’accepter, de refuser ou de négocier. Une formulation générale laisse davantage de possibilités. Elle permet aux autorités américaines de signaler leurs attentes tout en laissant à Beyrouth la responsabilité de déterminer les instruments juridiques, réglementaires ou bancaires susceptibles d’être employés.
Al Sharq précise également qu’aucune réponse libanaise substantielle n’aurait été donnée pendant la réunion. Scott Bessent aurait évoqué le sujet vers la fin des échanges, sans entrer dans une discussion technique approfondie. Les sources citées ne permettent donc pas de savoir quelle position le gouvernement de Nawaf Salam adoptera.
Cette absence de réponse connue est importante. Elle signifie qu’il serait prématuré de présenter une éventuelle fermeture comme une décision déjà engagée. Rien dans les fichiers sources ne permet d’affirmer qu’un ordre administratif a été préparé, qu’une procédure a été ouverte contre la banque ou que la Banque du Liban a reçu une instruction spécifique.
Le dossier se situe donc, à ce stade, dans une zone intermédiaire. Il ne s’agit plus seulement, si l’information est exacte, d’une préoccupation américaine générale. Le sujet aurait été directement présenté à une délégation gouvernementale. Mais il ne s’agit pas encore d’une décision libanaise.
Washington élargit le champ de ses demandes
Le contexte de la visite de Nawaf Salam aux États-Unis donne à cet épisode une portée particulière. Le gouvernement libanais est engagé simultanément sur plusieurs fronts. Il cherche à avancer dans les négociations financières internationales. Il tente aussi d’obtenir une évolution de la situation dans le Sud et de relancer le processus de négociation avec Israël. Enfin, il doit gérer le dossier intérieur de la concentration des armes entre les mains de l’État.
Dans les différentes informations publiées le 2 octobre, la visite américaine apparaît comme un moment de confrontation entre les demandes libanaises et les priorités américaines.
Beyrouth cherche notamment à obtenir des avancées sur le retrait israélien et l’application de l’accord-cadre. Les autorités libanaises insistent sur la poursuite des opérations israéliennes et sur le non-respect, selon elles, de certaines obligations. Parallèlement, Washington continue de placer la question des armes au centre de ses discussions avec le Liban.
L’apparition du dossier de Bank Saderat Iran ajouterait une dimension financière à cette équation. La pression ne concernerait alors plus seulement les capacités militaires ou les décisions sécuritaires. Elle toucherait également les circuits financiers que Washington considère comme liés à l’influence iranienne.
Cela modifierait sensiblement la nature du problème pour le gouvernement. Une question militaire implique principalement l’armée, le Conseil des ministres et les forces politiques. Une question bancaire implique aussi la Banque du Liban, les autorités de contrôle, les mécanismes de conformité et les procédures juridiques applicables aux établissements financiers.
Le gouvernement devrait donc éviter deux écueils. Le premier serait de transformer une demande politique étrangère en décision administrative automatique. Le second serait d’ignorer les conséquences internationales d’un refus d’examiner un dossier présenté comme sensible par le Trésor américain.
Le moment choisi n’est pas anodin
Cette information intervient alors que le secteur financier libanais traverse une phase déterminante. Le gouvernement tente de progresser vers un accord avec le Fonds monétaire international. Dans le même temps, le pays débat de la restructuration des banques et du traitement de la fracture financière accumulée depuis le début de la crise.
Les discussions avec les institutions internationales portent sur la capacité de l’État à remettre de l’ordre dans son système financier. Elles concernent la gouvernance, les banques, les pertes, la Banque du Liban et la crédibilité des mécanismes de contrôle.
Le ministre des Finances Yassine Jaber a ainsi poursuivi les échanges autour du programme de réformes. Les discussions portent sur la restructuration bancaire, la fracture financière, les finances publiques et les conditions nécessaires à la poursuite des négociations avec le Fonds monétaire international.
Dans ce contexte, une demande américaine concernant un établissement précis place Beyrouth devant une question supplémentaire. Le Liban doit restaurer la crédibilité de son système bancaire tout en évitant que sa politique financière apparaisse comme une simple application de décisions prises à l’étranger.
La situation est d’autant plus délicate que le président Joseph Aoun a engagé une contestation d’une disposition du texte consacré au traitement de la situation des banques. Cette bataille porte notamment sur les compétences de la Banque du Liban et sur la référence au Code de la monnaie et du crédit.
Le gouverneur Karim Souaid se retrouve ainsi au centre d’une période où plusieurs questions se croisent : restructuration du système, répartition des compétences, relations avec les institutions financières internationales et, désormais, éventuelle pression américaine sur certains acteurs financiers.
Une frontière de plus en plus mince entre sécurité et finance
Le dossier de Bank Saderat Iran ne peut être isolé des autres développements rapportés dans la presse libanaise du 2 octobre. Le même numéro d’Al Sharq met en avant une autre information : le dossier d’Al Qard Al Hassan a commencé à suivre une voie judiciaire.
Le ministre de l’Intérieur Ahmad Al Hajjar indique que cette procédure a été engagée à la suite d’une demande du ministre de la Justice. Son ministère attend les résultats des investigations avant de prendre les décisions relevant de ses compétences.
Ces deux dossiers sont juridiquement différents. Rien dans les sources ne permet de les confondre ou d’affirmer qu’ils relèvent d’une procédure commune. Mais leur apparition simultanée révèle un changement du terrain sur lequel se déroule une partie du débat concernant le Hezbollah et l’influence iranienne.
Pendant longtemps, la question a été principalement formulée en termes militaires : armes, missiles, contrôle territorial et décision de guerre et de paix. Elle est désormais également abordée sous l’angle financier.
Cette évolution peut avoir des conséquences beaucoup plus vastes qu’une mesure visant un établissement déterminé. Les questions financières touchent aux transferts, aux relations bancaires internationales, aux mécanismes de conformité et à la capacité des institutions libanaises à conserver leurs relations avec le système financier mondial.
Le gouvernement doit ainsi gérer un équilibre difficile. Il cherche à obtenir un soutien international pour la reconstruction, les finances publiques et l’armée. Mais toute mesure touchant à des institutions perçues comme liées à l’Iran risque aussi de devenir un dossier politique intérieur.
Un dossier susceptible de tester les institutions libanaises
Une éventuelle action contre Bank Saderat Iran ne pourrait normalement se résumer à une décision politique annoncée depuis Washington. Les autorités libanaises devraient déterminer quelles bases juridiques permettent d’agir, quelles institutions sont compétentes et quels éléments précis justifient une mesure.
Les fichiers sources ne fournissent pas les éléments permettant d’établir qu’une procédure de cette nature est déjà en cours. Ils ne donnent pas non plus de décision attribuée à Karim Souaid sur ce dossier.
C’est une limite documentaire importante. Il serait donc abusif d’affirmer que le gouverneur de la Banque du Liban a accepté ou rejeté la demande américaine rapportée.
En revanche, la question institutionnelle est incontournable. La période actuelle est justement marquée par une discussion sur les pouvoirs du gouverneur et de la Banque du Liban. Le recours de Joseph Aoun contre une disposition de la réforme bancaire est présenté par ses défenseurs comme une protection de l’autorité monétaire. Ses détracteurs craignent au contraire que le recours retarde le calendrier des réformes.
L’arrivée simultanée d’un dossier aussi sensible que celui de Bank Saderat Iran peut donner à cette discussion théorique une dimension très concrète. Qui possède l’autorité nécessaire pour agir contre un établissement financier ? Sur quelle base ? Quelle place revient au gouvernement ? Quelle responsabilité appartient à la Banque du Liban ?
La réponse déterminera aussi la manière dont le Liban peut montrer à ses partenaires qu’il dispose d’institutions capables de prendre leurs propres décisions.
La visite américaine prend une autre dimension
Le déplacement de Nawaf Salam à Washington avait été présenté sous plusieurs angles. Le Premier ministre a lui-même cherché à dissiper l’idée selon laquelle ses interlocuteurs américains auraient uniquement exercé des pressions sur le Liban. D’autres publications du corpus donnent toutefois une lecture plus exigeante des discussions, notamment sur le dossier des armes.
L’information concernant Bank Saderat Iran ajoute une pièce supplémentaire à cette mosaïque.
Elle suggère que les entretiens américains auraient porté sur un éventail de dossiers plus large que celui publiquement mis en avant. Le gouvernement serait confronté à une approche américaine associant sécurité, finance, réformes et contrôle des réseaux considérés comme liés à l’Iran.
Cette méthode est particulièrement importante pour comprendre la période actuelle. Les dossiers ne sont plus nécessairement négociés séparément. Les réformes économiques peuvent influer sur le soutien international. Le soutien financier peut dépendre de la confiance dans les institutions. Les questions sécuritaires peuvent à leur tour affecter la reconstruction et les relations avec les bailleurs.
Dans cette architecture, le dossier bancaire devient politique et le dossier politique devient financier.
Une marge de manœuvre libanaise étroite
Nawaf Salam doit désormais avancer entre plusieurs exigences parfois contradictoires. Son gouvernement veut rétablir les relations financières internationales et poursuivre les négociations avec le Fonds monétaire international. Il cherche également des ressources pour la reconstruction et le fonctionnement des institutions publiques.
Dans le même temps, il doit éviter une crise politique intérieure susceptible de compromettre cette même reconstruction.
Une action spectaculaire contre une institution financière associée à l’Iran pourrait être interprétée par les adversaires du gouvernement comme l’application d’un agenda américain. À l’inverse, l’absence totale de réaction à une demande du Trésor américain pourrait compliquer les rapports avec Washington.
La méthode choisie sera donc aussi importante que la décision finale.
Une procédure fondée sur des règles générales, des contrôles transparents et les compétences ordinaires des institutions aurait une portée différente d’une mesure exceptionnelle adoptée à la suite d’une pression extérieure. Dans le premier cas, le gouvernement pourrait présenter son action comme une application du droit libanais. Dans le second, la controverse politique serait presque inévitable.
Les sources du 2 octobre ne permettent pas encore de savoir quelle voie sera retenue.
Ce que l’on sait et ce qui reste à établir
À ce stade, un seul élément du corpus permet d’affirmer que le dossier de Bank Saderat Iran aurait été directement soulevé avec la délégation libanaise : l’information exclusive publiée par Al Sharq le 2 octobre 2026. Elle repose elle-même sur des sources anonymes et reprend également des informations attribuées à une autre publication.
Aucun document officiel reproduit dans le corpus ne confirme une instruction américaine de fermeture. Aucun communiqué du gouvernement libanais cité dans les sources n’annonce une procédure de fermeture. Aucun élément disponible ne permet non plus d’affirmer que Karim Souaid a reçu ou exécuté une telle instruction.
La formulation la plus solide reste donc celle d’une demande américaine présumée de traiter sérieusement le dossier de Bank Saderat Iran, avec une interprétation selon laquelle Washington souhaiterait des mesures pouvant aller jusqu’à la fermeture.
Cette prudence ne réduit pas l’importance de l’information. Elle permet au contraire d’en mesurer correctement la portée.
Si la demande est confirmée, le gouvernement de Nawaf Salam sera confronté à un test institutionnel majeur. Il devra déterminer comment répondre à une priorité américaine sans donner l’impression que la politique bancaire libanaise est décidée à Washington. Il devra également articuler cette question avec la restructuration du secteur bancaire, les négociations avec le Fonds monétaire international et les tensions autour des réseaux financiers liés au Hezbollah.
Le dossier pourrait ainsi devenir beaucoup plus qu’une affaire concernant une banque. Il pourrait constituer l’un des premiers tests de la nouvelle stratégie financière de l’État face à l’influence iranienne au Liban.


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