La stratégie handicap 2026-2030 a été lancée le 3 novembre au Grand Sérail, à Beyrouth. Elle engage l’ensemble des institutions publiques. Son application devra se mesurer dans les écoles, les services, les budgets et les procédures, au-delà de la cérémonie de lancement.
Le gouvernement libanais ouvre une nouvelle phase de sa politique d’inclusion. La stratégie nationale pour les droits et l’inclusion des personnes handicapées couvre cinq années, de 2026 à 2030. Le Conseil des ministres l’avait approuvée le 26 février. Son lancement public place désormais la question de l’exécution au premier plan.
Le ministère des Affaires sociales porte ce programme avec le Fonds des Nations unies pour la population et la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale. Au Sérail, le Premier ministre Nawaf Salam a insisté sur une responsabilité partagée. Chaque ministère et chaque établissement public doivent agir dans leur domaine.
Une stratégie handicap 2026-2030 à traduire en services
Le programme repose sur dix axes. Ils comprennent les lois, l’évaluation du handicap, l’éducation, la santé et la protection sociale et juridique. L’emploi, l’accessibilité, les comportements sociaux, la participation politique et la vie culturelle, touristique et sportive complètent ce périmètre.
Cette étendue empêche de réduire l’inclusion à une allocation ou à un service spécialisé. Un enfant peut disposer d’un droit à la scolarisation sans pouvoir rejoindre sa classe. Un adulte peut remplir les conditions d’un emploi sans accéder au bâtiment ou aux outils nécessaires. Le suivi doit donc porter sur le parcours complet, plutôt que sur une mesure isolée.
La ministre des Affaires sociales, Hanine Sayed, a présenté la capacité d’apprendre, de travailler et de participer comme le critère de réussite. Cet objectif fournit un point de départ concret pour l’évaluation. Il exige toutefois des données comparables entre le début et la fin de la période.
Des responsabilités et des échéances identifiables
La stratégie prévoit un cadre national de coordination. Il doit préciser les rôles et renforcer la cohérence entre intervenants. Elle prévoit également des mécanismes de suivi, de responsabilité et de mesure des progrès. La participation des personnes handicapées et de leurs organisations concerne la préparation, l’exécution et les décisions.
Pour apprécier ces engagements, un premier indicateur serait la publication d’un calendrier par institution. Chaque mesure devrait permettre d’identifier son responsable, sa date prévue et son état d’avancement. Une annonce générale sur l’accessibilité ne suffit pas à savoir quels équipements seront adaptés, dans quel ordre et selon quelles normes.
Il faut aussi distinguer une procédure annoncée d’un service effectivement utilisable. Le nombre de bâtiments examinés, par exemple, ne dit pas combien ont été rendus accessibles. De même, une formation du personnel constitue une étape, mais ne renseigne pas à elle seule sur les obstacles rencontrés par les usagers.
Le budget, une vérification distincte
Le soutien exprimé au lancement porte sur la traduction des engagements en politiques, en lois et en budgets. Il ne permet pas, à lui seul, de chiffrer une enveloppe disponible. Aucun montant global de financement ne peut être déduit des déclarations présentées lors de cette cérémonie.
Un suivi financier utile séparerait les crédits prévus, les sommes engagées et les paiements réalisés. Ces trois étapes ne répondent pas à la même question. Un crédit inscrit signale une intention budgétaire. Une dépense exécutée renseigne sur les moyens effectivement mobilisés. Son résultat doit ensuite être évalué auprès des personnes concernées.
Cette distinction compte aussi pour les contributions extérieures. Un appui technique, une promesse et un versement ne sont pas interchangeables. Les ressources annoncées devront être rapprochées des projets auxquels elles sont destinées, sans présumer que chaque axe dispose déjà de son financement.
Associer les personnes concernées au contrôle
Lors du lancement, un dialogue a réuni des personnes handicapées, leurs organisations et plusieurs ministres. Une expérience en réalité virtuelle a également illustré des obstacles dans les espaces publics. Les ministres ont consigné des engagements sur un support commun.
L’étape suivante consiste à rendre ces engagements vérifiables. Les associations pourraient notamment contribuer à tester les services et à documenter les difficultés persistantes. Pour que cette participation soit effective, les informations de suivi et les modalités de consultation doivent elles-mêmes être accessibles.
La préparation aux urgences fait aussi partie de la stratégie. Elle concerne l’évacuation, l’hébergement, l’accès aux soins et la protection. Sur ce volet, l’existence d’un plan doit être distinguée de sa mise à l’épreuve. Des exercices et des vérifications des centres d’accueil permettraient d’observer si les besoins sont intégrés avant une crise.
Le lancement du 3 novembre fournit ainsi une date de référence. Les prochaines pièces à examiner seront les responsabilités attribuées, les calendriers d’application et les moyens effectivement ouverts. Leur publication permettra de suivre, jusqu’en 2030, le passage des engagements aux services rendus.


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