L’inflation galopante au Liban, alimentée par la dévaluation massive de la livre libanaise, a plongé les petites et moyennes entreprises (PME) dans une crise sans précédent. Ces structures, qui forment l’épine dorsale de l’économie, luttent pour maintenir leurs activités face à la hausse des coûts, à la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs et à un environnement bancaire paralysé. Alors que des solutions ponctuelles émergent, la survie des PME dépend d’une stabilisation macroéconomique et de réformes structurelles indispensables.
Les PME : un pilier essentiel de l’économie libanaise
Au Liban, les petites entreprises représentent environ 90 % des structures économiques du pays, selon Al Liwaa (21 décembre 2024). Ces entreprises, souvent familiales, emploient des milliers de Libanais et contribuent de manière significative au PIB. Leur souplesse leur permet traditionnellement de s’adapter à des conditions changeantes, mais la crise actuelle les dépasse largement.
Depuis 2019, la dévaluation de la livre libanaise a provoqué une augmentation spectaculaire des coûts des matières premières, souvent importées. Al Diyar (21 décembre 2024) rapporte que les coûts d’exploitation ont doublé, voire triplé dans certains secteurs, mettant les petites entreprises dans une position intenable. Ces hausses se répercutent sur les prix finaux, mais la clientèle, déjà appauvrie, ne peut suivre cette augmentation, créant un cercle vicieux.
Un accès limité aux devises étrangères
Les restrictions bancaires, mises en place depuis le début de la crise monétaire, compliquent encore la situation des PME. Selon Al Joumhouriyat (21 décembre 2024), de nombreux entrepreneurs peinent à accéder aux devises étrangères nécessaires pour payer leurs fournisseurs internationaux. Cette pénurie de dollars ralentit les importations de matières premières et provoque des ruptures dans les chaînes d’approvisionnement.
Les secteurs les plus touchés incluent l’industrie textile, l’agroalimentaire et l’artisanat, qui dépendent fortement des intrants importés. Dans le cas des petites entreprises agricoles, les coûts des engrais et des semences ont quadruplé, réduisant drastiquement les capacités de production.
La chute du pouvoir d’achat : un coup fatal pour les PME
La crise économique a entraîné un effondrement du pouvoir d’achat des consommateurs. Plus de 80 % de la population libanaise vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, selon Al 3arabi Al Jadid (21 décembre 2024). Cette baisse de revenu pousse les familles à se concentrer sur les produits essentiels, laissant les PME des secteurs non prioritaires, comme la mode, les loisirs ou la restauration, en grande difficulté.
Rania, propriétaire d’un restaurant à Beyrouth, confie : « Nous avons réduit le menu de moitié et licencié plusieurs employés. Les clients ne viennent plus comme avant, et je ne sais pas combien de temps nous pourrons tenir. » (21 décembre 2024). Ce témoignage illustre le désarroi de nombreux entrepreneurs face à une crise prolongée.
Une précarité croissante dans les zones rurales
Dans les régions rurales, où les PME constituent souvent la seule source d’emploi, la situation est encore plus dramatique. Selon Al Akhbar (21 décembre 2024), la fermeture de petites entreprises a entraîné une augmentation significative du chômage, forçant de nombreux habitants à migrer vers les grandes villes ou à l’étranger pour trouver du travail.
Ces fermetures affectent également les communautés locales, qui perdent un accès direct à des produits et services essentiels. Les commerces de proximité, comme les boulangeries ou les épiceries, peinent à maintenir leurs stocks, aggravant les pénuries alimentaires dans ces régions déjà marginalisées.
Des initiatives de survie : les coopératives et le microcrédit
Malgré ces défis, certaines initiatives émergent pour aider les petites entreprises à survivre. Les coopératives, qui permettent de mutualiser les ressources et de réduire les coûts, connaissent un regain d’intérêt. Selon Al Sharq Al Awsat(21 décembre 2024), ces structures se multiplient dans les secteurs agricoles et artisanaux, offrant une solution temporaire pour pallier les carences du système économique.
De même, des programmes internationaux de microcrédit visent à fournir des financements accessibles aux entrepreneurs. Bien que limités, ces projets offrent une bouffée d’oxygène à des commerçants en difficulté. Toutefois, comme le souligne Al Quds (21 décembre 2024), leur impact reste marginal face à l’ampleur des besoins.
Un avenir conditionné aux réformes structurelles
Pour que les PME puissent se relever, des réformes profondes et une stabilisation macroéconomique sont indispensables. Cela inclut une amélioration de l’accès à l’électricité, la levée des restrictions bancaires et une stabilisation durable de la monnaie. Selon Al Bina’ (21 décembre 2024), ces réformes nécessitent un consensus politique et un soutien actif de la communauté internationale.
La diaspora libanaise, qui contribue déjà massivement par des transferts de fonds, pourrait également jouer un rôle clé. Des incitations fiscales et des garanties d’investissement pourraient encourager cette communauté à investir directement dans les petites entreprises locales.
Un équilibre fragile à préserver
La crise actuelle révèle la fragilité d’un tissu économique dépendant de structures informelles et mal soutenues. Si les initiatives locales et les soutiens internationaux apportent des solutions temporaires, la survie des PME libanaises passe par une réponse politique forte et coordonnée.
La résilience des entrepreneurs libanais, mise à rude épreuve, témoigne de la volonté de continuer à créer et à innover malgré l’adversité. Mais cette résilience ne pourra suffire sans des réformes concrètes pour redonner aux PME les moyens de contribuer pleinement à la reconstruction économique et sociale du Liban.



