Israël arrive en tête des menaces perçues par les personnes interrogées dans le nouvel indice de l’opinion syrienne. Mais les résultats publiés le 2 novembre ne se résument pas à un classement. Ils montrent aussi qu’une appréciation très négative des politiques israéliennes peut coexister avec un débat sur l’utilité des rencontres diplomatiques. L’Iran occupe la deuxième place.
Opinion syrienne : deux questions, deux mesures
Dans le rapport, 61 % des répondants désignent Israël comme la principale menace pour la sécurité de la Syrie, devant l’Iran, cité par 20 %. La Turquie recueille 6 % et les États-Unis 5 %. Pour la sécurité du monde arabe, l’ordre reste identique : Israël atteint 58 %, l’Iran 24 %.
Une autre question examine séparément les politiques de plusieurs puissances. Dans ce cas, 97 % jugent celles d’Israël menaçantes pour la sécurité et la stabilité régionales, et 93 % celles de l’Iran. Ces réponses ne sont pas exclusives : une même personne peut considérer plusieurs États comme des menaces. Ce n’est donc pas un second classement dans lequel les pourcentages devraient totaliser cent.
Cette distinction change la lecture du sondage. Être désigné comme le danger prioritaire ne signifie pas être le seul danger identifié. À l’inverse, ne pas arriver en tête ne prouve aucune confiance. L’écart entre les deux séries interdit notamment de présenter la position relative de l’Iran comme un signe d’adhésion à sa politique.
La diplomatie ne se confond pas avec la reconnaissance
Les rencontres directes entre responsables syriens et israéliens divisent les répondants : 41 % les jugent utiles aux intérêts syriens, 49 % pensent le contraire. Par ailleurs, 80 % s’opposent à la reconnaissance d’Israël et 74 % refusent un accord sans restitution du Golan. Ces questions portent sur des actes différents.
Discuter peut servir à négocier un retrait, prévenir un incident ou rechercher un arrangement de sécurité. Reconnaître un État engage une relation politique d’une autre portée. On ne peut donc pas convertir mécaniquement un avis favorable aux entretiens en soutien à une normalisation complète. Le rapport ne publie pas ici le croisement individuel qui permettrait de savoir exactement comment ces positions se combinent.
Le dossier territorial donne un contenu concret à cette différence. En septembre, le président syrien Ahmed al-Charaa a réaffirmé devant les Nations unies l’attachement de Damas au Golan. Il a également rappelé son engagement envers l’accord de séparation des forces de 1974, selon une agence de presse. Une position officielle ne décrit pas automatiquement l’opinion de la population ; elle précise toutefois l’objet d’une négociation possible.
Un terrain terminé avant les élections américaines
Le Centre arabe de recherches et d’études politiques a conduit l’enquête avec le Centre arabe d’études sur la Syrie contemporaine. Les entretiens ont eu lieu du 28 septembre au 15 octobre 2026. L’échantillon comprend 3 600 répondants, suivant une méthode stratifiée en grappes à plusieurs degrés. Les organisateurs annoncent une couverture de toutes les provinces, un niveau de confiance de 98 % et une marge d’erreur de deux à trois points.
Les résultats diffusés en novembre ne mesurent donc pas une réaction aux élections américaines du 3 novembre. La date de publication et la période des entretiens doivent rester séparées. Le sondage ne doit pas non plus devenir une déclaration de tous les Syriens, notamment de ceux qui vivent hors du pays.
La marge statistique annoncée ne résout pas, à elle seule, les difficultés d’une enquête d’opinion. Il faut également considérer les conditions d’accès aux personnes, les refus de répondre, la formulation et la liberté ressentie durant l’entretien. L’intérêt de ce travail tient à ses questions distinctes, plutôt qu’à un verdict unique sur une population. Les prochains croisements par région et par caractéristiques sociales permettront d’examiner plus finement les écarts que les résultats nationaux ne montrent pas.
Références et crédit photographique
- Centre arabe d’études sur la Syrie contemporaine : présentation, méthode et rapports complets, 2 novembre 2026
- Discours syrien aux Nations unies, Associated Press, 23 septembre 2026
- Libnanews : volet économique de la même enquête, 3 novembre 2026
- Photo : Vyacheslav Argenberg, Damas, 16 août 2008, CC BY 4.0. Photo entière redimensionnée ; habillage Libnanews hors photographie.


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