La chaise bleue installée à Aïn el-Mreissé a ouvert un débat sur l’art dans l’espace public beyrouthin. Inaugurée le 27 octobre 2026 en présence de Nehmat Aoun, l’œuvre de l’artiste française Sabine Géraudie, connue sous le nom de SAB, fait entrer un objet familier dans le paysage de la corniche. Son installation invite à discuter autant de sa signification que de sa rencontre avec le lieu.
Une chaise évoque spontanément l’arrêt, le regard et la conversation. Sur un front de mer fréquenté par les promeneurs et les pêcheurs, cette forme prend un sens particulier : elle renvoie à la possibilité de rester face à la mer. Mais la reconnaissance immédiate d’un objet ne suffit pas à créer une adhésion commune à son implantation.
La chaise bleue et la mémoire de la corniche
La corniche possède déjà ses usages, ses habitudes et ses souvenirs. Son intérêt tient aussi à ce que l’on y fait sans programme : marcher, s’asseoir, regarder l’eau ou retrouver d’autres personnes. Une nouvelle œuvre y rencontre donc un espace vécu, et non un décor disponible.
C’est sur ce terrain que la discussion devient féconde. La sculpture peut offrir un point de repère et susciter une curiosité nouvelle. Elle peut également sembler étrangère à ceux qui reconnaissent le lieu dans d’autres formes, plus ordinaires. Ces perceptions divergentes portent sur le rapport entre l’objet et son environnement ; elles ne permettent pas de déduire une irrégularité dans la réalisation du projet.
Une œuvre que l’artiste veut liée à Beyrouth
Sabine Géraudie présente sa création beyrouthine comme une œuvre pensée pour la ville, et non comme une simple reproduction de celle de Nice. Elle met en avant la mémoire, la transmission et le dialogue. Dans son témoignage sur l’installation, elle remercie notamment Blue Shores International et les artisans ayant participé à sa réalisation.
Cette intention éclaire le projet, sans déterminer la réception qu’en feront les habitants. Dans l’espace public, le sens d’une œuvre se construit aussi après son inauguration : par les rencontres qu’elle provoque, les regards qu’elle attire et la place qu’elle prend dans les habitudes.
Le débat esthétique appelle une discussion publique
On peut apprécier la silhouette et la couleur de cette chaise, ou juger leur présence peu convaincante sur la corniche. La critique gagne à préciser ce qu’elle examine : la forme de la sculpture, son échelle dans le paysage, son implantation ou le récit qu’elle propose de Beyrouth.
Les questions de choix du site, d’entretien et de présentation du projet relèvent, elles, de la gestion de l’espace public. Elles méritent des réponses documentées des responsables concernés. Les poser ne revient pas à affirmer qu’un financement serait douteux ou qu’une faute aurait été commise.
La chaise bleue a déjà produit un effet observable : elle fait parler du front de mer comme d’un lieu commun. La discussion peut prolonger cet effet, à condition de laisser place aux usages de la corniche et aux sensibilités de ceux qui la fréquentent.


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