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Liban : le point sur les dernières 24 heures

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Le Liban a vécu une nouvelle journée de forte tension, entre survols israéliens au-dessus de Beyrouth, bombardements intensifs dans le Sud et la Bekaa, frappes meurtrières contre des journalistes et des secouristes, et crispation politique à Beyrouth autour du rôle du Hezbollah et de l’Iran. Selon le ministère libanais de la Santé relayé par l’Associated Press, 47 personnes ont été tuées et 112 blessées en 24 heures, portant à 1 189 le nombre de morts recensés au Liban depuis le 2 mars. Dans le même temps, l’armée israélienne a dit avoir frappé plus de 100 cibles au Liban depuis vendredi, tandis que le Hezbollah affirmait avoir lancé environ 250 projectiles en 24 heures vers des positions israéliennes et la Galilée.  

À Beyrouth, la soirée a de nouveau été marquée par la pression psychologique exercée depuis le ciel. La NNA, l’agence officielle libanaise, avait déjà rapporté cette semaine que des avions israéliens avaient franchi le mur du son au-dessus de plusieurs régions libanaises. Cette séquence s’inscrit dans une campagne de survols et de frappes qui touche aussi la capitale et sa banlieue sud. Reuters a également fait état d’une frappe sur la banlieue sud de Beyrouth vendredi, dans le cadre de l’escalade actuelle. Sur le plan militaire, Al-Manar, la chaîne affiliée au Hezbollah, a de son côté affirmé que le mouvement avait engagé un avion de combat israélien au-dessus de Beyrouth avec un missile sol-air, signe que la capitale redevient un espace direct de démonstration de force.  

Le bilan humain s’alourdit encore

Le chiffre qui domine ce point de situation reste celui du bilan humain. D’après le ministère libanais de la Santé cité par AP, 47 personnes ont été tuées en 24 heures et 112 autres blessées. Ce bilan fait monter le total à 1 189 morts au Liban depuis le 2 mars. Dans la même séquence, le ministre de la Santé Rakan Nassereddine a indiqué que neuf secouristes avaient été tués samedi, portant à 51 le nombre total de personnels de santé morts depuis le début de cette phase de guerre. L’Organisation mondiale de la santé a confirmé que ces morts concernaient cinq attaques distinctes contre des structures et équipes de santé du Sud-Liban, et a précisé que quatre hôpitaux et 51 centres de santé primaires avaient fermé, pendant que d’autres fonctionnent au ralenti.  

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Tu évoquais aussi un bilan israélien d’environ cinq morts. À l’heure d’écrire, les sources les plus solides consultées ne permettent pas de confirmer clairement ce total sur les dernières 24 heures. AP a rapporté neuf soldats israéliens blessés dans deux attaques au sud du Liban, tandis que le Wall Street Journal mentionne la mort d’un soldat israélien supplémentaire samedi, présenté comme le troisième militaire israélien tué dans l’offensive terrestre en cours. Reuters avait par ailleurs rapporté quelques jours plus tôt la mort d’un civil israélien près de Misgav Am, finalement attribuée à un tir ami israélien, ainsi que deux soldats tués dans la campagne au Liban. Autrement dit, le nombre de morts côté israélien a bien augmenté ces derniers jours, mais je n’ai pas trouvé de confirmation suffisamment robuste d’un total consolidé de cinq morts pour la seule séquence des dernières 24 heures.  

Des journalistes libanais visés en plein reportage

L’un des faits les plus graves de la journée est la frappe contre un véhicule de presse dans le district de Jezzine. Trois journalistes libanais y ont été tués : Ali Shoeib, correspondant d’Al-Manar, ainsi que Fatima Ftouni et son frère Mohammed Ftouni, vidéaste travaillant avec Al-Mayadeen. Reuters, AP et d’autres agences concordent sur ce point. Israël a reconnu avoir visé Ali Shoeib, l’accusant d’appartenir à une unité de renseignement du Hezbollah, sans fournir à ce stade d’éléments publics pour étayer cette affirmation. Les autorités libanaises ont au contraire dénoncé une attaque contre des journalistes protégés par le droit international humanitaire.  

Cette frappe a aussi une portée symbolique très forte. Ali Shoeib était l’une des figures les plus connues de la couverture de guerre pour Al-Manar, chaîne ouvertement affiliée au Hezbollah. Fatima Ftouni travaillait pour Al-Mayadeen, média panarabe perçu comme proche de l’axe pro-iranien. Le fait que ces journalistes aient été tués dans le Sud, loin d’un simple accrochage de frontière instantané, alimente à Beyrouth la conviction que les équipes de presse sont désormais elles aussi pleinement exposées. AP souligne que ces décès portent à cinq le nombre de journalistes et travailleurs des médias tués au Liban depuis le début de l’année. Quelques jours plus tôt, Mohammed Sherri, responsable des programmes politiques d’Al-Manar, avait déjà été tué avec son épouse dans une frappe sur Beyrouth. Reuters cite aussi le cas du journaliste indépendant Hussein Hamoud, collaborateur d’Al-Manar, mort mercredi dans une autre frappe israélienne.  

À Beyrouth, la réaction politique a été immédiate. Le président Joseph Aoun a dénoncé, selon AP, un « crime flagrant » contre les journalistes. La NNA a rapporté dans la foulée les condamnations du ministre de l’Information Paul Morcos, du Premier ministre Nawaf Salam et du président du Parlement Nabih Berri, tous parlant d’une violation grave du droit international et, pour certains, d’un crime de guerre. Ce consensus institutionnel est important : il montre que, malgré les divisions profondes autour du Hezbollah, une large partie de l’État libanais cherche à isoler diplomatiquement la question de la protection des civils, des secouristes et des journalistes.  

Le point militaire : où les frappes ont touché

Sur le terrain, la cartographie des bombardements s’est encore élargie. La NNA a rapporté samedi des frappes sur Ma‘raka et Aïchiyé, qui ont fait au moins trois morts et plusieurs blessés, ainsi que des tirs d’artillerie sur Hebbariyeh et Fardis, près de zones résidentielles. Ce signalement officiel libanais dessine déjà un axe allant de la zone de Tyr au secteur de Hasbaya et de l’Arqoub, ce qui confirme une pression simultanée sur plusieurs segments du Sud.  

Le relevé publié par Al-Manar, qu’il faut lire comme celui d’un média engagé et affilié au Hezbollah, donne un aperçu encore plus large des localités touchées au fil de la journée. La chaîne cite notamment des destructions à Doueir, Harouf et Deir al-Zahrani, des frappes à Adloun, Kfarsir, Arab Salim, Toul, Qalawiya, Frun, Beit Yahoun et Konine, ainsi que des bombardements d’artillerie sur Yahmar al-Shaqif, Arnoun et Harj Ali al-Taher. Elle évoque aussi l’emploi de phosphore sur al-Bayada. Pris ensemble, ces noms montrent que les frappes ne se concentrent plus seulement sur l’extrême lisière frontalière, mais s’étendent à la profondeur du Sud, aux routes, aux zones d’habitation et à des nœuds locaux de circulation.  

Dans le même temps, Reuters a rapporté qu’Israël disait avoir frappé plus de 100 cibles au Liban depuis vendredi. Cette intensification frappe aussi des personnels officiels : l’agence a signalé la mort de deux soldats de l’armée libanaise dans le Sud. Ce point compte politiquement autant que militairement. Lorsque des militaires de l’armée régulière tombent, le conflit dépasse encore davantage la seule logique d’affrontement Israël-Hezbollah et pèse directement sur la souveraineté de l’État libanais.  

Les combats au sol et les revendications du Hezbollah

Le front terrestre reste actif, surtout dans les secteurs d’al-Bayada, Chamaa, Taybé, Qantara, Deir Seryan, Debel et Beit Lif, selon les communiqués militaires relayés par Al-Manar. Le média décrit des combats à très courte distance, des frappes de missiles guidés contre des chars Merkava, des embuscades sur des colonnes israéliennes et des vagues de tirs de roquettes ou de drones contre des sites et regroupements militaires israéliens. Il cite aussi des frappes contre Kiryat Shmona, Nahariya, Metula, Margaliot, Shlomi, Even Menachem, Ramot Naftali, Beit Hillel, Dan, Krayot, Stella Maris, Meron ou encore Gadot.  

Il faut toutefois préciser la nature de cette source. Al-Manar est la chaîne du Hezbollah et ses communiqués reprennent directement les déclarations de la « résistance islamique ». Ils renseignent donc utilement sur la narration du mouvement, les zones où il affirme combattre et les cibles qu’il revendique, mais ils ne valent pas à eux seuls confirmation indépendante de chaque succès tactique annoncé. Ce cadrage reste indispensable pour un article de situation, car il aide à comprendre comment le Hezbollah veut montrer qu’il conserve une capacité d’initiative, malgré la densité des frappes israéliennes et la lourdeur des pertes au Liban.  

Du côté israélien, AP indique que quelque 250 projectiles ont été tirés depuis le Liban en 24 heures. Peu auraient franchi en nombre significatif les défenses, mais la cadence suffit à maintenir une pression constante sur le nord d’Israël et sur les zones de déploiement de l’armée. Cela éclaire aussi le durcissement de l’offensive israélienne au Liban : l’objectif affiché par Israël n’est plus seulement de réduire le feu transfrontalier, mais de dégrader en profondeur l’infrastructure militaire et territoriale du Hezbollah.  

Beyrouth sous pression, entre frappes et mur du son

Le passage d’avions israéliens au-dessus de Beyrouth et les franchissements du mur du son ont un effet militaire limité en eux-mêmes, mais un impact psychologique massif. Dans une ville déjà marquée par les frappes sur la banlieue sud, ces survols rappellent à tout moment que la capitale demeure à portée immédiate. La NNA a décrit cette semaine un fort bang sonique en deux vagues au-dessus de Beyrouth et de sa banlieue. D’autres médias ont ensuite rapporté la persistance de vols à basse altitude et, vendredi, une nouvelle frappe sur la banlieue sud. La logique semble claire : maintenir la pression sur l’arrière politique, urbain et symbolique du Hezbollah, tout en testant les seuils de réaction.  

Le fait qu’Al-Manar ait affirmé qu’un avion israélien avait été engagé au-dessus de Beyrouth par un missile sol-air ajoute une dimension nouvelle. Même si cette revendication n’est pas confirmée de façon indépendante, elle montre que la bataille de communication autour du ciel de Beyrouth devient un enjeu en soi. Israël veut montrer qu’il garde la maîtrise aérienne complète. Le Hezbollah veut prouver qu’il peut au moins contester, sinon briser, cette supériorité. Pour les habitants, le résultat est surtout une sensation de guerre totale qui ne se limite plus aux villages du front sud.  

Les développements politiques : l’État libanais tente de reprendre la main

La séquence militaire se double d’un tournant politique majeur à Beyrouth. Selon AP, le gouvernement de Nawaf Salam a déclaré illégales les activités militaires du Hezbollah après l’entrée en guerre du mouvement au début du mois, et a réaffirmé que seul l’État devait décider des questions de guerre et de paix. Dans la même logique, Beyrouth a mis fin à l’exemption de visa pour les Iraniens, interdit les activités des Gardiens de la révolution iraniens sur le sol libanais, puis décidé d’expulser l’ambassadeur d’Iran, sommé de quitter le pays au plus tard le 29 mars.  

Ces décisions marquent une rupture importante. Elles ne signifient pas que le Hezbollah a perdu son poids militaire ou politique, loin de là. Mais elles révèlent qu’une partie de l’exécutif libanais tente de tirer de la guerre actuelle une réaffirmation de la souveraineté étatique. Nawaf Salam a accusé les Gardiens de la révolution de diriger les opérations du Hezbollah au Liban. Hezbollah et ses alliés ont dénoncé une décision « téméraire » au sujet de l’ambassadeur iranien. Le pays se retrouve donc pris dans une double confrontation : une guerre ouverte avec Israël au Sud, et une bataille interne sur l’autorité réelle qui décide de la guerre au Liban.  

Dans ce contexte, les condamnations unanimes des frappes contre les journalistes, les secouristes et les soldats libanais servent aussi de point de rassemblement minimal. Le pouvoir essaie d’éviter l’image d’un État totalement absent, tout en sachant qu’il n’a ni la maîtrise du front ni les moyens d’imposer seul une désescalade. Le risque, pour Beyrouth, est de voir cette posture politique rattrapée par le terrain si l’offensive israélienne se poursuit vers une zone tampon plus profonde au sud du Litani, comme l’ont laissé entendre plusieurs responsables israéliens cités par la presse internationale.  

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