Plestia Alaqad poursuit par le livre le travail de témoignage qui l’a fait connaître pendant la guerre à Gaza. Son récit, The Eyes of Gaza: A Diary of Resilience, dispose désormais d’une traduction arabe publiée au Liban par Dar Hashem. Dans un entretien publié le 8 novembre dans la presse palestinienne, la journaliste revient sur cette démarche. Elle veut raconter les habitants, leurs liens et leurs aspirations, au-delà des seules images de destruction. Beyrouth, où elle a rejoint l’Université américaine pour un master, occupe une place dans ce parcours.
Le livre ne constitue pas une chronique exhaustive de la guerre. Il rassemble des fragments de journal issus de son expérience personnelle, pendant les premières semaines du conflit. Le passage à l’arabe donne accès à ce récit à un autre lectorat. Il prolonge un projet engagé en anglais, langue de nombreuses vidéos par lesquelles la jeune Palestinienne s’adressait au public international.
Plestia Alaqad raconte les vies derrière les images
L’entretien du 8 novembre permet de préciser ce qu’elle souhaite transmettre. Selon elle, les images de bombardements ont fait connaître Gaza sans nécessairement faire connaître ceux qui y vivent. Elle insiste sur les souvenirs, les ambitions et la vie quotidienne des Palestiniens. Son propos porte sur cet écart entre une population visible dans la catastrophe et des individus encore peu entendus.
Elle évoque ainsi les liens noués pendant son déplacement à l’hôpital Al-Quds. Une famille rencontrée sur place l’avait accueillie auprès d’elle. Elle se souvient aussi de l’entraide entre voisins, jusque dans les besoins alimentaires les plus ordinaires. Ces souvenirs occupent une place centrale dans son récit de Gaza. Ils décrivent des relations précises, plutôt qu’une population réduite aux bilans de victimes.
La journaliste ne présente pas ces gestes comme un effacement de la souffrance. Ils font partie de l’expérience qu’elle entend conserver. Les déplacements, la peur et les pertes coexistent avec des formes de solidarité. C’est cette proximité avec les personnes rencontrées qui nourrit son témoignage, y compris après son départ du territoire palestinien.
Un récit anglais, puis une édition arabe au Liban
L’édition anglophone de The Eyes of Gaza est parue chez Macmillan le 17 avril 2025. Sa présentation éditoriale décrit une succession d’extraits de journal. Le livre suit une jeune femme de 21 ans confrontée à la guerre, attentive aux émotions et aux réactions de son entourage. Cette construction distingue le récit personnel d’une enquête rétrospective menée auprès de multiples sources.
L’édition arabe porte le titre Ouyoun Gaza : Yawmiyyat Soumoud, que l’on peut traduire par « Les yeux de Gaza : journal de résilience ». Dar Hashem l’a publiée au Liban en 2026. La traduction de l’anglais revient à Zaynab Diya, dont le nom apparaît dans la présentation du livre et dans la couverture médiatique de sa parution.
Le catalogue des droits étrangers mentionnait déjà Dar Hashem parmi les éditeurs ayant acquis les droits de traduction. La librairie Antoine référence aujourd’hui l’ouvrage en arabe sous le numéro ISBN 9781918373097. Le récit rejoint ainsi le catalogue d’une maison d’édition libanaise après sa diffusion auprès des lecteurs anglophones. Cette traduction ouvre un accès direct au texte pour les lecteurs arabophones.
Le changement de langue ne change pas la nature du témoignage. Plestia Alaqad écrit depuis une expérience qu’elle a vécue et des souvenirs qu’elle porte. Dans l’entretien, elle défend simplement ce statut de mémoires. Elle laisse aux lecteurs le soin d’apprécier son écriture et la manière dont elle expose ses sentiments. Elle ne revendique pas une parole qui résumerait toutes les expériences palestiniennes.
Beyrouth, une étape universitaire après l’exil
Le lien avec Beyrouth précède la publication du livre. Le 28 août 2024, l’Université américaine de Beyrouth annonçait son arrivée pour un master en études des médias. Elle venait d’Australie, où sa famille avait trouvé refuge après avoir quitté Gaza en novembre 2023. Elle avait auparavant obtenu un diplôme en nouveaux médias et journalisme à l’Eastern Mediterranean University, à Chypre, en 2022.
Son cursus à l’AUB bénéficie de la bourse commémorative Shireen Abu Akleh. L’université l’a créée en mai 2022 avec la Fondation Yafa. Elle soutient des Palestiniennes inscrites en master d’études des médias. La formation associe ainsi une possibilité concrète de poursuivre des études à la mémoire d’une journaliste palestinienne.
À son arrivée, Plestia Alaqad expliquait rechercher à Beyrouth une proximité sociale qui lui rappelait Gaza. L’entretien publié ce dimanche la présente toujours engagée dans son master. Son parcours universitaire et son activité d’autrice se rejoignent autour du même sujet : la façon de raconter une société à un public extérieur.
Les réseaux sociaux, une audience sans garantie d’action
Dans ses réponses au quotidien palestinien, elle refuse que l’étiquette d’influenceuse efface son métier de journaliste. Les réseaux sociaux ont offert un accès direct à des voix palestiniennes, explique-t-elle. Les personnes filmées pouvaient être entendues sans dépendre uniquement d’un récit extérieur. Les échanges quotidiens avec son public ont rendu visibles des expériences individuelles.
Elle souligne cependant les limites de cette visibilité. Au début de la guerre, elle pensait que la diffusion des images provoquerait une réaction capable d’arrêter les violences. Son constat est aujourd’hui plus réservé. L’existence d’une large audience ne suffit pas, à ses yeux, à produire des décisions politiques. Elle demande donc de regarder aussi les actes qui suivent l’accès à l’information.
Cette réserve éclaire le passage des vidéos au livre. Le témoignage change de support sans promettre, à lui seul, de transformer la situation. L’ouvrage conserve une parole et des souvenirs au-delà de la succession des publications en ligne. La journaliste poursuit parallèlement ses entretiens et ses articles sur les habitants de Gaza.
Continuer à travailler depuis l’extérieur
Plestia Alaqad décrit aussi des formes d’aide plus concrètes. Elle dit utiliser son compte Instagram pour faire connaître les activités de Palestiniens de Gaza installés en Égypte. Certains y ont créé leur travail après leur départ. Leur donner de la visibilité constitue, explique-t-elle, une manière d’employer l’audience dont elle dispose.
Elle reconnaît la portée limitée de ces initiatives individuelles et appelle les gouvernements et les institutions internationales à agir. Pour son propre travail, elle retient un objectif : transmettre une connaissance de Gaza qui ne se limite pas aux morts et aux ruines. L’édition arabe de son premier livre circule désormais dans les librairies libanaises, tandis qu’elle poursuit ce travail de récit à distance.
Photo d’archives du campus de l’AUB : marviikad / Flickr, via Wikimedia Commons. Cette vue ne montre pas Plestia Alaqad. Photographie entière conservée, montage Libnanews. Photo et montage sous licence CC BY-SA 2.0 : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0/.


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