7 novembre 2026
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Rougeole : 5 182 cas, le bilan Kennedy en question

Les États-Unis dépassent 5 000 cas de rougeole en 2026, un niveau inédit depuis 1991. Le bilan fédéral provisoire et les annonces locales confirment plusieurs décès. Cette analyse examine les décisions de Robert F. Kennedy Jr. sur l’expertise vaccinale, les recommandations pédiatriques, les projets ARNm et les moyens sanitaires. Elle distingue les mesures prises, leurs suspensions judiciaires et leurs effets établis, sans attribuer mécaniquement chaque contamination à la politique du secrétaire à la Santé. La baisse ancienne de la couverture vaccinale reste centrale.

Couverture Libnanews sur les 5 182 cas de rougeole aux États-Unis et le bilan sanitaire de Robert F. Kennedy Jr.
Robert F. Kennedy Jr. : couverture éditoriale réalisée à partir de son portrait officiel de 2025. © Portrait : U.S. Department of Health and Human Services, domaine public. Composition éditoriale : Libnanews.

Les États-Unis ont franchi le seuil des 5 000 cas de rougeole en 2026, une première depuis 1991. Le bilan publié le 6 novembre par les Centres de contrôle et de prévention des maladies, les CDC, atteint 5 182 cas confirmés au 5 novembre. Plusieurs décès ont été signalés. Cette résurgence place Robert F. Kennedy Jr., secrétaire à la Santé, devant un bilan politique accablant : une prévention fragilisée, une expertise bousculée et des recommandations devenues un champ de bataille judiciaire.

La critique exige cependant une distinction essentielle. Le recul de la vaccination a commencé avant son arrivée au gouvernement en février 2025. Les chiffres disponibles ne permettent pas d’attribuer chaque contamination, ni chaque décès, à une décision de Kennedy. Ils permettent en revanche de juger sa réponse à une menace connue. Le responsable de la santé fédérale devait restaurer la confiance et renforcer la protection collective. Ses choix ont multiplié les ruptures avec les institutions chargées de cette mission.

Rougeole aux États-Unis : un record et plusieurs morts

Le nouveau total dépasse largement les 2 289 cas recensés pendant toute l’année 2025. La comparaison historique est précise : le pays avait enregistré 9 643 cas en 1991. Le niveau de 2026 est le plus élevé depuis cette année-là, et non un record absolu. Les États-Unis avaient déclaré la rougeole éliminée en 2000. Cette qualification désigne l’interruption de la transmission endémique, pas la disparition définitive du virus.

Le bilan humain nécessite davantage de précautions qu’un chiffre isolé. Le tableau fédéral des CDC affiche quatre décès pour 2026, un total provisoire susceptible de révision. Les annonces locales sont plus élevées. Le département de la Santé de Pennsylvanie a confirmé, le 4 novembre, un sixième décès associé à la rougeole dans cet État. Le 2 novembre, les autorités sanitaires de New York ont annoncé la mort d’un enfant dans le comté de Lewis.

Le Wisconsin a ensuite annoncé, le 5 novembre, le décès d’un nourrisson. Son département de la Santé précise que le médecin légiste a retenu la rougeole comme cause immédiate. Ces annonces ne doivent pas être additionnées au total fédéral, qui peut déjà en inclure certaines. Elles montrent néanmoins que parler d’un seul mort serait faux. Les CDC indiquent travailler à une définition harmonisée des décès liés à la maladie, afin d’améliorer la cohérence des déclarations.

Le problème dépasse les statistiques. Une infection évitable retrouve une capacité de propagation importante dans le pays qui avait fait de son élimination une réussite sanitaire. Les enfants trop jeunes pour être vaccinés et certaines personnes immunodéprimées dépendent particulièrement de la protection de leur entourage. Pour eux, l’affaiblissement de cette protection n’est pas un débat abstrait.

Une couverture vaccinale déjà érodée

Les données scolaires montrent une dégradation ancienne. La couverture par le vaccin combiné contre la rougeole, les oreillons et la rubéole, appelé ROR en français et MMR aux États-Unis, atteignait 95,2 % à l’entrée en maternelle en 2019-2020. Elle est descendue à 92,4 % en 2025-2026. La moyenne nationale masque des communautés beaucoup moins protégées. Un virus introduit dans ces groupes peut circuler rapidement.

Les CDC rappellent aussi la hausse de la circulation mondiale de la rougeole. Les voyages favorisent les introductions, tandis que les poches de sous-vaccination rendent possibles les grandes flambées. Ce constat interdit une explication entièrement centrée sur un seul homme. Les États, les systèmes de soins et les obstacles d’accès aux vaccins ont également leur part dans la situation.

Il n’exonère pas Kennedy. Une politique sanitaire se juge aussi à sa capacité à corriger une tendance défavorable. Face à une couverture insuffisante, la responsabilité fédérale consiste à fournir des moyens, une information stable et des recommandations compréhensibles. Or plusieurs décisions prises depuis 2025 ont placé les autorités sanitaires dans une succession de conflits, de révisions et de recours.

L’éviction des dix-sept experts de l’ACIP

Le 9 juin 2025 constitue une rupture majeure. Kennedy fait évincer les dix-sept membres du Comité consultatif sur les pratiques vaccinales, l’ACIP. Cette instance conseille les CDC sur la sécurité, l’efficacité et l’utilisation des vaccins. Le ministère annonce leur remplacement intégral, au nom du rétablissement de la confiance et de la lutte contre les conflits d’intérêts.

Ces arguments doivent être présentés pour ce qu’ils sont : la justification politique du secrétaire. Ils ne démontrent pas que chacun des experts écartés était compromis. Une administration peut contrôler les déclarations d’intérêts et modifier une procédure. Remplacer simultanément tout un comité d’expertise est un choix d’une autre ampleur.

Le résultat a été une crise de légitimité institutionnelle. Le 16 mars 2026, le juge fédéral Brian Murphy a suspendu les nominations de treize membres du comité recomposé et les votes de cette nouvelle instance. Il a estimé que les contestations de sa composition et de certaines procédures avaient de fortes chances d’aboutir. Il s’agit d’une décision provisoire, pas d’un jugement définitif sur l’ensemble de la politique sanitaire.

La coalition de sociétés médicales à l’origine du recours, dont l’American Academy of Pediatrics, dénonce une désorganisation des pratiques et une érosion de la confiance. Cette opposition ne se réduit donc pas à une querelle partisane. Elle concerne la manière dont les recommandations médicales sont élaborées et la place laissée à l’expertise.

Des recommandations modifiées, puis suspendues

Le 27 mai 2025, Kennedy avait déjà annoncé le retrait de la recommandation de vaccination contre le Covid-19 pour les femmes enceintes et les enfants en bonne santé. L’American Academy of Pediatrics avait contesté cette décision et son processus. Pour les enfants, la traduction dans le calendrier a été le recours à une décision clinique partagée. Il ne s’agissait pas d’une interdiction du vaccin.

Une nouvelle étape intervient le 16 décembre 2025. Les CDC adoptent une décision individualisée pour la vaccination contre l’hépatite B à la naissance chez les nourrissons dont la mère a été testée négative. Les dispositions concernant les mères positives ou de statut inconnu restent distinctes. Le ministère met en avant le choix parental et l’évaluation individuelle du risque.

Le 5 janvier 2026, le calendrier fédéral est ensuite remanié sous la direction de Jim O’Neill, alors directeur par intérim des CDC. Soutenue par Kennedy et issue d’une directive présidentielle, la réforme limite les recommandations universelles à onze maladies. D’autres vaccinations sont renvoyées aux populations à risque ou à une décision partagée. Le gouvernement promet de maintenir l’accès et la couverture assurantielle.

La rougeole reste dans les recommandations universelles. Affirmer que Kennedy aurait supprimé la recommandation du vaccin ROR serait donc inexact. La critique porte sur l’instabilité générale du dispositif et sur la méthode employée. Une politique de prévention doit rester lisible pour les familles comme pour les professionnels.

Le jugement du 16 mars suspend aussi le mémorandum de janvier. Les votes du comité recomposé, dont celui sur l’hépatite B, sont concernés par cette suspension. Au 6 novembre, le calendrier pédiatrique publié par les CDC demeure celui actualisé le 2 juillet 2025. Il affiche une première dose contre l’hépatite B à la naissance. Toutes les réformes annoncées ne sont donc pas devenues des règles durablement applicables.

Le vaccin ROR à nouveau placé sous suspicion

Le 10 août 2026, Donald Trump signe un nouveau décret sur les recommandations vaccinales pédiatriques. Le texte maintient la rougeole parmi les maladies contre lesquelles tous les enfants doivent être protégés. Mais il préconise de remplacer, lorsque ces produits seront disponibles aux États-Unis, le vaccin combiné ROR par trois injections séparées. Il préconise également, autant que possible, des rendez-vous distincts pour toutes les vaccinations pédiatriques.

Le décret réaffirme aussi les recommandations universelles limitées à onze maladies, alors que les CDC continuent de publier leur calendrier pédiatrique de juillet 2025. L’orientation présidentielle et le calendrier clinique affiché doivent donc être distingués.

Cette décision appartient au président, et non à Kennedy seul. Elle confie toutefois au secrétaire à la Santé la préparation de nouvelles options. Le décret garantit parallèlement la disponibilité des vaccins combinés. Il ne signifie donc pas qu’ils ont déjà été retirés.

Le contraste scientifique est important. Les CDC indiquent qu’aucune preuve scientifique publiée ne montre un bénéfice à séparer les trois composantes du ROR. Dans une population insuffisamment vaccinée, suggérer une préférence pour des produits encore indisponibles pose un problème de communication immédiat. Le message peut détourner l’attention de l’outil existant, dont l’efficacité contre la rougeole atteint environ 97 % après deux doses.

Près de 500 millions de dollars de projets ARNm touchés

Le 5 août 2025, le HHS annonce l’arrêt ou la réduction de vingt-deux investissements dans les vaccins à ARN messager, pour près de 500 millions de dollars. La décision concerne l’agence BARDA, chargée notamment du développement de moyens de réponse aux menaces sanitaires. Des contrats sont résiliés, certains périmètres réduits et plusieurs appels à projets abandonnés.

Kennedy explique vouloir déplacer les moyens vers d’autres plateformes, qu’il présente comme plus sûres et plus efficaces. Le communiqué autorise certains contrats très avancés à aller à leur terme. Il précise aussi que les autres usages de l’ARNm au sein du ministère ne sont pas concernés. Il serait donc faux de parler d’une interdiction générale de cette recherche.

Le choix reste lourd : fermer des projets réduit les voies explorées pour préparer de futurs vaccins. La critique porte ici sur la capacité de recherche et de préparation, pas sur une cause directe de l’épidémie actuelle. Le vaccin ROR n’est pas un vaccin à ARN messager. Confondre les deux technologies affaiblirait précisément l’exigence scientifique opposée à Kennedy.

Réduire l’administration pendant une crise de prévention

Le 27 mars 2025, le HHS avait présenté un plan de réorganisation prévoyant environ 10 000 suppressions de postes supplémentaires. En intégrant les départs volontaires et les retraites anticipées, l’objectif annoncé était de passer de 82 000 à 62 000 agents. Le ministère devait également regrouper vingt-huit divisions en quinze et diviser par deux ses bureaux régionaux.

Kennedy promettait 1,8 milliard de dollars d’économies annuelles sans atteinte aux services essentiels. Cette promesse ne suffit pas à démontrer la neutralité sanitaire d’une restructuration aussi large. À l’inverse, les chiffres annoncés ne doivent pas être présentés comme autant de licenciements définitivement réalisés. Des contentieux et des modifications ont affecté l’application du plan.

Un autre affrontement concerne près de 11 milliards de dollars de financements sanitaires destinés aux États. Vingt-quatre procureurs généraux ont contesté leur retrait au printemps 2025. Ils ont obtenu une injonction préliminaire le 16 mai. Ces financements ne peuvent donc pas être décrits comme intégralement et définitivement supprimés.

La tentative demeure un élément du bilan. Selon les États plaignants, les crédits soutenaient notamment la surveillance des maladies, la vaccination et les capacités de réponse sanitaire. Retirer brutalement de tels moyens expose les administrations locales à une rupture de continuité. Le recours aux tribunaux a freiné cette opération, sans effacer l’incertitude créée pour les services concernés.

Une réponse fédérale existe, mais ne règle pas la contradiction

Il serait également inexact d’affirmer que Washington n’a rien fait contre la rougeole. Le service de recherche du Congrès indique qu’en septembre 2026, les CDC avaient accordé 50 millions de dollars supplémentaires pour la réponse aux flambées. L’agence fournit aussi un appui épidémiologique, des capacités de laboratoire et des ressources de vaccination. Les autorités locales restent en première ligne.

Ces mesures doivent figurer dans le bilan. Elles ne suppriment pas la contradiction entre le soutien opérationnel apporté aux territoires et les décisions qui ont déstabilisé l’expertise vaccinale. La restauration de la confiance, invoquée par Kennedy, suppose que les familles puissent distinguer une recommandation médicale d’un changement politique. Les réorganisations successives et les suspensions judiciaires ont rendu cet exercice plus difficile.

Le retour massif de la rougeole ne constitue pas, à lui seul, une preuve causale contre le secrétaire. Il rend en revanche ses priorités contestables et son obligation de résultat plus pressante. L’ampleur des flambées impose de juger les économies annoncées à l’aune des capacités réellement préservées, et les promesses de liberté de choix à l’aune de la protection des plus vulnérables.

Sur le terrain, la réponse reste concrète. En Pennsylvanie, les professionnels ont administré plus de 61 000 doses de ROR en octobre, contre environ 25 000 lors d’un mois habituel. L’État poursuit ses campagnes de proximité tandis que les CDC doivent encore actualiser et harmoniser leur bilan des décès. C’est à cette progression de la protection effective, plutôt qu’aux annonces de rupture, que se mesurera la suite de la crise.

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