8 novembre 2026
Actualité, Information, Analyses, découverte du Patrimoine et de la Culture Libanaise, tout cela est possible sur Libnanews, le Média Citoyen du Liban
Toutes nos rubriques

L'Actualité du Liban · Société

Sud-Liban : le deuil des sépultures provisoires

Les familles déplacées du Sud-Liban doivent parfois enterrer leurs proches loin du cimetière familial. Dans une tribune du 6 novembre, Mustafa Fahs rapporte une demande de terrain pour accueillir ces défunts. Des témoignages recueillis au printemps et à l’été, de Tyr à Haret Saïda et Choueifat, documentent cette épreuve. Ils montrent le poids de l’attente et du second enterrement, sans permettre de dresser un bilan national actualisé. Le retour des morts reste lié à celui des vivants et à la sécurité des villages.

Frappes sur Nabatiyé, photographie d’archives publiée en octobre 2024. Couverture éditoriale Libnanews.
Frappes sur Nabatiyé, photographie d’archives publiée en octobre 2024. Illustration du contexte géographique et de guerre : elle ne représente ni les sépultures provisoires ni les familles citées dans cet article. Photo entière conservée, habillage Libnanews. © Photothèque Libnanews

Les sépultures provisoires prolongent l’exil des familles du Sud-Liban. Dans une tribune du 6 novembre 2026, l’écrivain Mustafa Fahs rapporte une demande de terrain pour accueillir leurs morts. Elle remet en lumière une difficulté documentée depuis plusieurs mois : comment enterrer un proche lorsque le village familial reste inaccessible ?

La demande que rapporte Mustafa Fahs vient d’un ami déplacé, engagé dans la vie de sa communauté. Cet homme cherche une parcelle publique pour créer un cimetière destiné aux familles de localités du Sud. Fahs ne précise ni son identité ni l’emplacement souhaité. Son texte ne fait pas état d’une décision administrative accordant le terrain.

Cette démarche témoigne d’une inquiétude concrète. Quand le retour se dérobe, il faut trouver une place pour les défunts. Certaines familles souhaitent pourtant maintenir leur inhumation dans un cadre provisoire, jusqu’au transfert vers le cimetière du village. Le lieu du deuil dépend alors du même obstacle que le logement : l’impossibilité de rentrer.

Des sépultures provisoires de Tyr à Choueifat

De Tyr à Choueifat, les témoignages recueillis au printemps et à l’été 2026 décrivent des familles dans l’attente d’un transfert. Aucun bilan national actualisé ne permet de connaître le nombre de sépultures encore provisoires en novembre.

À Tyr, un reportage du 9 avril racontait l’inhumation d’Ahmad Saadeh, originaire de Kafra. Selon les secouristes qui l’avaient pris en charge, les frappes empêchaient son enterrement dans son village. Le cheikh Rabih Koubayssi expliquait avoir accompli les rites en l’absence de sa famille. Les intervenants prévoyaient un transfert lorsque les conditions de sécurité le permettraient.

Dans le même reportage, Hussein Saleh disait vouloir ramener ses proches à Ramieh. Il avait perdu sa femme enceinte, sa fille et plusieurs membres de sa famille dans une frappe à Tyr. L’inhumation sur place répondait à l’urgence. Le souhait d’un enterrement au village demeurait.

Après l’inhumation, les familles doivent encore organiser un nouveau transport et réunir les proches. Ces démarches restent suspendues à l’accès au cimetière familial.

Des familles confrontées au même choix loin du front

Le problème ne concerne pas seulement les personnes tuées dans leur village. Le 15 avril, les frères Ali et Wael Sabbagh expliquaient à une agence de presse pourquoi ils avaient enterré provisoirement leur mère et leur frère à Beyrouth. Tous deux avaient péri dans une frappe sur leur immeuble de Tallet el-Khayat. La famille souhaitait les conduire à Nabatiyé, mais jugeait le trajet trop dangereux.

À Wardanieh, le maire Ali Bayram décrivait une autre réponse locale dans un reportage publié le 6 avril. La municipalité avait préparé, depuis la guerre de 2024, un terrain pouvant accueillir jusqu’à 200 défunts. Il comptait alors 51 inhumations provisoires. Parmi les personnes enterrées figuraient aussi deux déplacés âgés morts de causes naturelles.

À Haret Saïda, des tombes dans l’attente d’un transfert

À Haret Saïda, Hassan Saleh, responsable des enterrements, décrivait en juin une section temporaire créée pendant les hostilités commencées en 2023. Certaines familles n’avaient toujours pas pu ramener leurs proches après le cessez-le-feu de novembre 2024. La reprise de la guerre en 2026 avait de nouveau accru les besoins.

Dans un reportage d’agence du 11 juin, il faisait état d’environ 120 enterrements provisoires depuis mars. Il précisait que les défunts comprenaient des secouristes et des personnes non armées.

Ghada Hussein, originaire de Kfar Tibnit, y visitait la tombe de son fils Mohammed Tufayli, combattant du Hezbollah. Elle affirmait vouloir le ramener au village, même après une longue attente. Le même cimetière accueillait des civils.

Le second enterrement, une nouvelle épreuve

Cette pratique porte le nom de « wadi‘a », qui renvoie à l’idée d’un dépôt confié. Un reportage publié le 14 mai décrivait des espaces réservés dans des cimetières existants et des terrains affectés à cet usage. Il rapportait aussi le cas d’Itaf Abou Saleh, originaire de Kafra, morte septuagénaire de causes étrangères à la guerre. Sa famille l’avait enterrée provisoirement à Choueifat.

Son parent Youssef expliquait que le transfert futur répondait à un attachement au lieu d’origine. Il rappelait cependant que rouvrir une tombe et organiser une nouvelle inhumation ravivait la perte. D’autres proches interrogés dans ce reportage décrivaient un deuil suspendu à l’attente du retour.

La demande de terrain rapportée par Mustafa Fahs remet cette attente au premier plan. Pour les familles concernées, il faut trouver une place dans un cimetière d’accueil, tout en maintenant l’espoir d’une sépulture au village.

Photo : photothèque Libnanews. Frappes sur Nabatiyé, archive publiée en octobre 2024. Cette illustration ne représente ni les sépultures provisoires ni les familles citées. Photographie entière conservée, montage Libnanews.

· ·

Newsdesk Libnanews

Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

Tous ses articles →

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *