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Après la FINUL, faut-il une nouvelle résolution ?

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Le débat sur l’après-FINUL ne porte pas seulement sur le nombre de soldats qui pourraient rester au Liban-Sud après 2026. Il pose une question beaucoup plus lourde : qui donnera à une nouvelle présence internationale le droit d’observer, de vérifier, de circuler, de dialoguer avec les parties et, si nécessaire, de recourir à la force ? Alors que la France et l’Italie travaillent déjà à des scénarios de continuité, trois modèles se dessinent : une nouvelle force des Nations unies, une mission européenne ou une coalition multinationale. Ces trois dispositifs peuvent avoir des uniformes, des véhicules et des postes d’observation comparables. Juridiquement et politiquement, ils ne sont pourtant pas équivalents.

La question devient urgente parce que le calendrier de la FINUL est désormais fixé. La résolution 2790, adoptée en août 2025, a prolongé une dernière fois son mandat jusqu’au 31 décembre 2026. À cette date, la mission doit cesser ses opérations et entamer un retrait ordonné pouvant se poursuivre pendant un an. Le Sud ne basculera donc pas, du jour au lendemain, d’une présence internationale importante à un vide complet. Mais la transition commencera alors, et avec elle la disparition progressive d’un mécanisme qui, depuis 2006, associe présence militaire, liaison avec les parties, surveillance de la cessation des hostilités et soutien à l’armée libanaise.

La résolution 1701 survivra à la FINUL

La première confusion à éviter concerne la résolution 1701 elle-même. La fin de la FINUL ne signifie pas la fin de la résolution adoptée par le Conseil de sécurité le 11 août 2006. Les obligations contenues dans ce texte continuent d’exister tant qu’une nouvelle décision du Conseil ne les modifie pas ou ne les remplace pas. Ce qui disparaîtra progressivement, en revanche, c’est l’instrument institutionnel chargé d’en accompagner l’application sur le terrain.

La résolution 1701 a renforcé la FINUL après la guerre de 2006. Elle lui a confié plusieurs fonctions précises : surveiller la cessation des hostilités, accompagner le déploiement de l’armée libanaise au Sud, coordonner ses activités avec les gouvernements libanais et israélien, contribuer au retour des déplacés et aider à établir, entre la Ligne bleue et le Litani, une zone où ne devraient se trouver ni personnel armé ni armes autres que ceux de l’État libanais et de la FINUL.

Ce cadre donne à la force quelque chose qu’une simple présence étrangère ne possède pas : un mandat international identifié, adopté par le Conseil de sécurité et reconnu comme tel par les États membres de l’ONU. La FINUL n’est donc pas seulement une addition de contingents italiens, français, indonésiens, ghanéens ou d’autres nationalités. Les soldats opèrent sous une chaîne de commandement onusienne et sous des règles d’engagement définies à partir d’un mandat commun.

La résolution 1701 autorise aussi la FINUL, dans les limites de ses capacités et de sa zone de déploiement, à prendre les mesures nécessaires pour empêcher que sa zone soit utilisée pour des activités hostiles, résister aux tentatives visant à l’empêcher d’accomplir ses missions et protéger son personnel. Ce point distingue directement la FINUL d’une mission de formation ou d’assistance militaire. (⁠UNIFIL)

Après le 31 décembre 2026, puis pendant le retrait prévu en 2027, la question ne sera donc pas seulement de savoir combien de soldats resteront. Il faudra déterminer quelles fonctions subsisteront, sous quelle autorité et avec quel degré de reconnaissance de la part du Liban, d’Israël et des autres acteurs présents au Sud.

Une nouvelle force de l’ONU, le modèle le plus proche

Le premier scénario serait la création d’une nouvelle présence des Nations unies. Elle pourrait être plus légère que la FINUL, davantage tournée vers l’observation, la liaison et la vérification, ou structurée autour de militaires non armés et d’équipes techniques. Mais, pour devenir une véritable mission des Nations unies dotée d’un mandat propre, elle nécessiterait une décision du Conseil de sécurité.

Ce nouveau texte ne serait pas nécessairement une réécriture complète de la résolution 1701. Le Conseil pourrait conserver ses principes tout en créant un autre mécanisme chargé d’en surveiller certains aspects. Il pourrait aussi choisir un format plus limité, avec moins de troupes et davantage d’observateurs. L’essentiel résiderait dans la définition des tâches : surveillance de la Ligne bleue, constatation des violations, mécanismes de liaison, vérification de certaines zones, soutien à l’armée ou rapports réguliers au Conseil de sécurité.

L’avantage principal serait la légitimité internationale. Une mission placée sous l’autorité des Nations unies disposerait d’un mandat identifiable pour les deux côtés de la Ligne bleue. Ses rapports pourraient être transmis au secrétaire général puis au Conseil de sécurité. Elle conserverait également une capacité institutionnelle à parler séparément aux autorités libanaises et israéliennes, fonction devenue centrale au fil des années.

Ce modèle présente toutefois une difficulté politique majeure. Il suppose un accord au Conseil de sécurité, donc l’absence de veto d’un membre permanent. Les négociations qui ont entouré la dernière prolongation de la FINUL ont déjà montré que les membres du Conseil ne partageaient pas la même vision de sa durée, de son utilité ni de la manière d’organiser sa disparition. Les discussions se poursuivent d’ailleurs en août 2026 sur les formes possibles d’un engagement international après la fermeture de la mission. (⁠Security Council Report)

Une nouvelle mission pourrait donc être juridiquement solide mais politiquement difficile à obtenir. Elle pourrait également être plus étroite que la FINUL actuelle si certains membres du Conseil refusaient de financer ou d’autoriser une opération militaire importante.

Une mission européenne peut exister sans résolution spécifique

Le deuxième modèle, désormais très concret, est celui d’une mission de l’Union européenne relevant de la politique de sécurité et de défense commune. Juridiquement, une telle mission n’a pas besoin, dans tous les cas, d’une nouvelle résolution du Conseil de sécurité pour être créée. Le traité sur l’Union européenne permet à l’UE d’utiliser des moyens civils et militaires à l’extérieur de son territoire pour des missions de maintien de la paix, de prévention des conflits et de renforcement de la sécurité internationale, conformément aux principes de la Charte des Nations unies.

Dans le cas du Liban, le consentement explicite de Beyrouth constituerait la base politique et juridique indispensable au déploiement. Un accord sur le statut de la mission devrait également définir la liberté de circulation, le port d’armes, les immunités, la juridiction applicable au personnel, l’utilisation des infrastructures, les procédures d’entrée et de sortie ainsi que les relations avec l’armée libanaise.

Ce format peut donc fonctionner sans nouvelle résolution internationale s’il reste dans le champ de l’assistance consentie par l’État libanais. Une mission européenne pourrait former les militaires, fournir de l’expertise, renforcer la surveillance technique, aider au contrôle des frontières, soutenir le déminage ou accompagner certaines unités. Elle pourrait également disposer d’un volet militaire plus substantiel si le Liban l’acceptait et si les États membres de l’Union s’accordaient sur son mandat.

Mais elle ne deviendrait pas pour autant « la nouvelle FINUL ». Elle ne pourrait pas simplement reprendre les pouvoirs, les privilèges et la position institutionnelle que la FINUL tire du Conseil de sécurité. Elle ne disposerait pas automatiquement d’une fonction reconnue par Israël pour constater les violations de la Ligne bleue. Elle ne pourrait pas non plus prétendre agir au nom de l’ONU dans la mise en œuvre de la résolution 1701 sans mandat supplémentaire.

C’est ici que se situe la différence entre présence et vérification. Le Liban peut inviter une mission européenne sur son territoire. Cette invitation suffit pour permettre de nombreuses fonctions d’assistance. Elle ne suffit pas à obliger Israël à reconnaître les constatations de cette mission, à coordonner ses activités militaires avec elle ou à accepter ses procédures de notification.

Les démarches françaises et italiennes donnent corps au scénario

Les démarches engagées par Paris et Rome montrent que cette hypothèse n’est plus théorique. La France et l’Italie ont indiqué vouloir soutenir la création d’une mission européenne au Liban relevant de la PSDC. Les deux pays ont également annoncé travailler ensemble à la période qui suivra le départ de la FINUL et envisagé une coalition internationale destinée à soutenir le Liban.

L’Italie occupe une position particulière dans cette réflexion. Elle reste l’un des principaux contributeurs européens à la FINUL et conserve une présence militaire importante dans le secteur occidental, où un général italien a pris le commandement en août 2026. Rome dispose donc d’une expérience opérationnelle du terrain, de la coordination avec l’armée libanaise et des contraintes logistiques d’un déploiement durable au Sud.

Le Conseil européen a, de son côté, donné une indication importante en juin 2026. Il a estimé nécessaire de maintenir une présence des Nations unies au Liban après le retrait de la FINUL, tout en confirmant que l’Union européenne était prête à contribuer en 2027 et à soutenir davantage les forces armées libanaises, notamment au moyen d’une éventuelle mission PSDC.

Ces positions suggèrent que Paris, Rome et Bruxelles n’envisagent pas forcément un remplacement simple de la FINUL par une force européenne. Une architecture hybride devient possible : conserver un élément onusien chargé de la légitimité, de la liaison et de la vérification, tandis qu’une mission européenne assumerait davantage de fonctions d’appui à l’armée.

Une coalition multinationale : plus souple, moins universelle

Le troisième modèle serait celui d’une force multinationale constituée par plusieurs États volontaires, en dehors du commandement direct des Nations unies et éventuellement en dehors du cadre institutionnel de l’Union européenne. La France, l’Italie et d’autres pays pourraient théoriquement fournir des troupes, des observateurs, des moyens navals, des capacités de renseignement ou des unités spécialisées sur la base d’un accord conclu avec le gouvernement libanais.

Ce modèle présente un avantage évident : sa souplesse. Les États participants peuvent définir plus rapidement la structure du commandement, les contributions nationales, la durée du déploiement et les missions. Ils ne dépendraient pas nécessairement d’une négociation annuelle au Conseil de sécurité.

Sur le plan juridique, une invitation du gouvernement libanais peut fournir la base nécessaire au stationnement sur le territoire libanais. Un accord international fixerait ensuite les droits et obligations des contingents. Il faudrait également définir des règles d’engagement communes, car une coalition composée de plusieurs armées ne peut fonctionner durablement si chaque contingent applique une interprétation différente des circonstances dans lesquelles il peut employer la force.

C’est précisément là que les difficultés commencent. Une coalition autorisée par Beyrouth pourrait défendre ses personnels et ses installations dans les conditions prévues par le droit applicable. Elle pourrait accompagner l’armée libanaise et accomplir les tâches consenties par le gouvernement. En revanche, une autorisation libanaise ne lui donnerait pas un droit général d’imposer militairement le respect de la résolution 1701 à tous les acteurs.

Si la coalition devait inspecter des positions contre la volonté d’un acteur armé, intercepter des armes, contraindre une force à quitter une zone ou intervenir contre des unités étrangères, la question de la base juridique du recours à la force deviendrait centrale. Sans mandat du Conseil de sécurité, les possibilités seraient beaucoup plus étroites et dépendraient notamment du consentement de l’État hôte, de la légitime défense et des autres règles du droit international.

Une coalition multinationale serait donc potentiellement plus facile à constituer qu’une nouvelle opération de maintien de la paix, mais plus fragile lorsqu’il s’agirait de se présenter comme arbitre entre plusieurs parties. Son efficacité dépendrait davantage d’accords politiques parallèles avec Israël et avec les autorités libanaises.

Le mandat détermine ce que les soldats peuvent réellement faire

La comparaison entre les trois modèles devient plus claire lorsque l’on sépare les fonctions.

Une force des Nations unies tire sa légitimité principale d’une résolution du Conseil de sécurité. Son mandat peut inclure l’observation, la liaison, la protection de son personnel et, selon le texte adopté, l’usage limité de la force pour défendre le mandat. Son financement repose sur le système des opérations de paix de l’ONU et ses rapports remontent aux institutions onusiennes.

Une mission européenne tire son autorité d’une décision de l’Union et du consentement du pays hôte. Elle peut être civile, militaire ou hybride. Son financement dépend de la nature des dépenses et des mécanismes européens applicables, tandis que les capacités opérationnelles sont principalement fournies par les États membres. Elle peut être efficace pour former, équiper, conseiller ou soutenir une armée nationale, mais son statut à l’égard d’un État tiers comme Israël doit être politiquement organisé.

Une coalition multinationale repose, elle, sur les accords conclus entre les États participants et le Liban. Son commandement peut être conçu sur mesure. Son financement est généralement assumé par les participants selon une répartition négociée. Cette souplesse peut accélérer le déploiement, mais elle produit une légitimité internationale moins universelle qu’un mandat du Conseil de sécurité.

La différence ne tient donc pas uniquement au drapeau placé sur les véhicules. Elle détermine qui commande les soldats, devant quelle autorité ils rendent compte, qui paie leur déploiement, dans quelles circonstances ils peuvent employer la force et si leurs constatations possèdent une valeur politique reconnue au-delà de l’État hôte.

L’armée libanaise deviendra le pivot du dispositif

Dans les trois scénarios, l’armée libanaise demeure l’acteur central. La résolution 2790 inscrit elle-même le retrait de la FINUL dans la perspective où le gouvernement libanais doit devenir le seul fournisseur de sécurité dans le Sud et étendre son autorité à l’ensemble du territoire. Elle appelle également les partenaires internationaux à renforcer leur soutien aux forces armées libanaises. (⁠UNIFIL)

Une mission de remplacement ne serait donc crédible que si elle augmente progressivement la capacité de l’armée à accomplir les tâches aujourd’hui partagées avec la FINUL. Une structure internationale qui développerait sa propre présence territoriale sans renforcer l’institution militaire risquerait de prolonger la dépendance qu’elle prétend résoudre.

La coordination doit aussi aller beaucoup plus loin que les patrouilles conjointes. Elle concerne le partage d’informations, la gestion des incidents, la déconfliction, l’accès à certaines zones, les procédures de fouille, le déminage, la protection des civils et les communications avec les autorités israéliennes.

Une question particulièrement sensible se poserait en cas de découverte d’armes ou d’infrastructures militaires non autorisées. Une force internationale doit-elle se limiter à signaler le site à l’armée ? Peut-elle sécuriser la zone ? Peut-elle entrer sans unité libanaise ? Qui procède à la saisie ? Et que se passe-t-il si l’acteur concerné refuse l’accès ?

Ces questions relèvent aujourd’hui d’un système où la FINUL possède un mandat international propre. Dans l’après-FINUL, elles devront être réécrites. Plus le mandat de la future présence sera coercitif, plus il faudra déterminer précisément qui décide et qui exécute.

Le problème israélien ne peut être contourné

C’est le point le plus sensible de tous les scénarios. Le consentement du Liban suffit à autoriser une force étrangère à être présente sur le territoire libanais. Il ne suffit pas, à lui seul, à rendre cette force efficace comme mécanisme de stabilisation de la frontière.

Une mission internationale chargée seulement de former l’armée peut fonctionner sans relation institutionnelle poussée avec Israël. Une mission chargée de surveiller la cessation des hostilités ne le peut pas. Elle doit pouvoir communiquer avec les deux parties, recevoir leurs notifications, enquêter sur les incidents, vérifier certaines informations et transmettre ses constatations dans un cadre accepté.

La FINUL dispose précisément de cette architecture de liaison. Elle coordonne ses activités avec les gouvernements libanais et israélien dans le cadre de son mandat. Son rôle ne repose pas sur une confiance politique entre les parties, qui reste faible, mais sur l’existence d’un canal institutionnel reconnu.

Si Israël refuse de reconnaître une future mission européenne ou multinationale comme interlocuteur pour la Ligne bleue, cette mission pourrait rester présente au Liban tout en étant privée d’une partie essentielle de son utilité. Elle observerait depuis un seul côté et dépendrait de mécanismes parallèles pour obtenir les informations israéliennes.

À l’inverse, une force construite de manière à satisfaire principalement les exigences israéliennes risquerait de perdre son acceptabilité au Liban. Une présence internationale ne peut durablement jouer un rôle de vérification si elle est perçue comme l’instrument de l’une des parties.

Les principes du maintien de la paix définis par l’ONU reposent précisément sur trois éléments liés : le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force sauf en cas de légitime défense ou de défense du mandat. Les Nations unies préviennent qu’en l’absence de consentement, une mission risque progressivement de devenir elle-même partie au conflit.

La FINUL remplit aussi une fonction politique invisible

Réduire la FINUL à ses patrouilles serait une autre erreur. Sa fonction la moins visible est parfois la plus difficile à remplacer : elle offre un mécanisme permanent de communication dans un espace où le Liban et Israël n’entretiennent pas de relations diplomatiques normales.

Cette fonction permet de transmettre des avertissements, clarifier la nature d’un mouvement militaire, traiter certains incidents le long de la Ligne bleue ou empêcher qu’un événement local soit immédiatement interprété comme une décision politique de l’autre camp.

Une mission de remplacement qui conserverait des soldats mais perdrait cette fonction de liaison pourrait donc se révéler moins utile que la FINUL actuelle. Elle aurait une présence physique sans disposer du même pouvoir de désescalade.

À l’inverse, une petite structure internationale disposant de canaux acceptés par les deux parties, d’une capacité d’enquête crédible et d’un accès au terrain pourrait remplir une fonction stabilisatrice disproportionnée par rapport à ses effectifs.

C’est pourquoi le débat sur l’après-FINUL ne peut pas être résumé au choix entre 10 000 soldats et 2 000 soldats. La vraie question porte sur les fonctions qui doivent survivre.

Plusieurs structures pourraient coexister

Les orientations françaises, italiennes et européennes ouvrent d’ailleurs la possibilité d’un modèle à plusieurs étages plutôt que d’un remplacement intégral.

Une petite présence des Nations unies pourrait conserver la fonction politique, la liaison, l’observation et le rapport au Conseil de sécurité. Une mission européenne pourrait soutenir l’armée libanaise, fournir des capacités techniques, organiser la formation et financer certains équipements. Des États volontaires pourraient enfin maintenir des moyens militaires ou logistiques supplémentaires dans un cadre multinational.

Une telle architecture présenterait l’avantage de ne pas demander à une seule organisation de reproduire toutes les fonctions accumulées par la FINUL depuis 1978 et surtout depuis 2006.

Elle présenterait aussi un risque évident de fragmentation. Plusieurs chaînes de commandement, plusieurs financements, plusieurs règles d’engagement et plusieurs autorités politiques devraient cohabiter dans un territoire réduit où un incident peut évoluer rapidement.

Il faudrait alors définir qui prend la tête lors d’une crise. Une mission de l’ONU peut-elle demander une intervention à une force européenne ? L’armée libanaise peut-elle ordonner à une coalition étrangère de se déplacer ? Qui négocie avec Israël ? Qui publie la version internationale d’un incident contesté ?

Sans réponses préalables, la multiplication des structures pourrait produire davantage de confusion que de sécurité.

L’enjeu financier pèsera sur le choix

Le financement constitue également une différence majeure entre les trois modèles. Une opération de maintien de la paix des Nations unies bénéficie d’un système collectif de financement adopté dans le cadre de l’ONU. Le coût est réparti entre les États membres selon les règles budgétaires de l’organisation.

Une mission européenne répond à une architecture différente. Certaines dépenses peuvent relever du budget européen, tandis que les dépenses militaires et les capacités fournies par les États obéissent à des mécanismes spécifiques. Les gouvernements participants conservent donc une part importante de la charge.

Une coalition multinationale dépend encore plus directement des contributions nationales. Ce système peut fonctionner lorsqu’un petit nombre de pays possède un intérêt politique fort à maintenir la mission. Il devient plus vulnérable si les gouvernements changent ou si les budgets militaires sont réduits.

Le financement est loin d’être un élément technique secondaire. Une mission de surveillance exige des véhicules, des systèmes de communication, des drones ou capteurs selon le mandat retenu, du déminage, des infrastructures, des équipes médicales, des moyens de protection et une logistique permanente.

Une présence internationale annoncée politiquement mais sous-financée pourrait rapidement perdre sa capacité à contrôler le terrain.

L’après-FINUL peut commencer sans nouvelle résolution

La réponse juridique à la question posée est donc nuancée. Oui, l’après-FINUL peut commencer sans nouvelle résolution du Conseil de sécurité.

Le Liban peut inviter une mission européenne ou une coalition multinationale. Des accords peuvent permettre le stationnement de personnels étrangers, leur coopération avec l’armée et l’exécution de missions d’assistance, de formation, de surveillance technique ou de protection convenues avec Beyrouth.

Mais plus le dispositif cherchera à reprendre les fonctions internationales de la FINUL, plus une nouvelle résolution deviendra importante.

Elle serait particulièrement utile pour donner un mandat de vérification reconnu, maintenir un mécanisme de rapport au Conseil de sécurité, préciser les règles applicables à la Ligne bleue et établir une légitimité qui ne repose pas uniquement sur les États participant à une coalition.

La différence peut se résumer ainsi : une invitation du gouvernement libanais peut donner à une force étrangère le droit d’être au Liban. Elle ne lui donne pas automatiquement le droit d’être l’arbitre international de la mise en œuvre de la résolution 1701.

Une nouvelle résolution n’aurait d’ailleurs pas nécessairement à créer une grande force. Elle pourrait instituer une mission d’observation réduite, autoriser un mécanisme international de vérification ou endosser une structure composée principalement de pays européens.

Le Conseil de sécurité pourrait ainsi préserver le cadre politique de la résolution 1701 tout en transférant une partie de la charge opérationnelle à d’autres acteurs.

Cinq conditions pour un dispositif crédible

Quel que soit le modèle retenu, cinq questions devront être réglées avant la disparition opérationnelle de la FINUL.

La première concerne le mandat. Il faudra écrire précisément ce que la présence internationale peut observer, vérifier et contrôler, les zones où elle peut circuler et les conditions dans lesquelles elle peut intervenir. Une formulation vague transférerait les désaccords politiques vers les militaires déployés sur le terrain.

La deuxième concerne la durée. Une mission sans horizon clair risque de reproduire le caractère provisoire devenu permanent de nombreux dispositifs internationaux. À l’inverse, un mandat trop court empêcherait la planification et pourrait dissuader certains États de fournir des moyens lourds.

La troisième porte sur le financement. Le passage du financement collectif des Nations unies à un financement européen ou national changerait directement la répartition du coût politique et budgétaire.

La quatrième concerne le mécanisme de vérification. Il faudra déterminer qui constate une violation, selon quelle procédure, avec quels moyens techniques, à qui le rapport est transmis et quelles conséquences suivent. Sans mécanisme accepté, les communiqués contradictoires des parties remplaceront progressivement l’observation internationale.

Enfin, l’articulation avec l’armée libanaise devra être explicite. Le dispositif de l’après-FINUL ne peut être conçu comme une substitution permanente à l’État. Il doit renforcer la capacité de l’armée à contrôler le territoire tout en préservant, pendant la transition, les fonctions internationales que Beyrouth ne peut exercer seul, notamment la liaison avec Israël.

Le calendrier laisse encore une période de transition puisque le retrait ordonné de la FINUL doit se poursuivre après l’arrêt de ses opérations le 31 décembre 2026. Mais cette marge ne résout rien par elle-même. Avant que les derniers contingents quittent définitivement le Sud, les partenaires du Liban devront décider non seulement quels drapeaux resteront sur le terrain, mais surtout quel texte leur donnera le droit d’y faire quoi.

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