5 novembre 2026
Actualité, Information, Analyses, découverte du Patrimoine et de la Culture Libanaise, tout cela est possible sur Libnanews, le Média Citoyen du Liban
Toutes nos rubriques

Analyses · Economie

Békaa : IDAL veut préparer des projets finançables

IDAL propose de préparer trois à cinq dossiers d’investissement avec la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Zahlé. La rencontre du 4 novembre ouvre un travail de sélection, sans annoncer de financement acquis. Les projets devront préciser leurs besoins en capital, leurs marchés et les emplois attendus. Dans la Békaa, les capacités agricoles et industrielles se heurtent au manque de crédit, aux risques de sécheresse et aux besoins de reconstruction. Les incitations fiscales existantes ne remplacent pas les fonds nécessaires au démarrage.

Terres agricoles d’Ammiq dans la Békaa, archives 2021, avec le titre IDAL veut préparer des projets finançables.
Ammiq, Békaa occidentale, archives 2021. Illustration agricole, sans représenter un projet retenu par IDAL. Photo : Diana Salloum / Wikimedia Commons. Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Agriculture_land_in_Ammiq_Diana_Salloum.jpg. Recadrage et habillage typographique sous CC BY-SA 4.0 : https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0/. © Diana Salloum / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

IDAL veut préparer trois à cinq dossiers d’investissement dans la Békaa avec la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Zahlé. Lors de la rencontre du 4 novembre, le président d’IDAL, Majed Mneimneh, a proposé une équipe de coordination pour sélectionner ces projets dans les prochaines semaines. Aucun financement n’a été annoncé. Le travail doit d’abord préciser les besoins en capital, les marchés visés et les emplois attendus.

L’agroalimentaire, l’agriculture moderne, les énergies renouvelables, le tourisme et la logistique figurent parmi les secteurs envisagés. Les dossiers seraient ensuite présentés à des investisseurs. Pour les entreprises de la région, ce passage de l’idée à un projet chiffré intervient dans une économie où le crédit demeure rare et les coûts de production élevés.

L’investissement dans la Békaa part d’une base ancienne

La région dispose d’un tissu agricole et industriel documenté de longue date. Le répertoire industriel 2015-2016 repris par IDAL recensait 323 entreprises de plus de huit salariés dans le gouvernorat de la Békaa. Environ 43 % relevaient de l’agroalimentaire. Zahlé concentrait 278 établissements.

Ces données ne décrivent pas l’état du secteur en 2026. Elles montrent toutefois pourquoi la transformation agricole occupe une place importante dans les discussions. Une usine proche des producteurs peut limiter ses frais de collecte, à condition de disposer de récoltes régulières, d’une qualité suffisante et de capacités de stockage.

La fiche régionale d’IDAL s’appuie aussi sur le recensement agricole de 2010. Elle mentionne 16 566 hectares de cultures permanentes, dont 31 % de vignes, 28,4 % de fruits à noyau et 20,9 % d’oliviers. Ces surfaces historiques ne renseignent pas sur les exploitations encore actives après les crises successives.

Un précédent illustre le rôle de l’agence. En 2018, IDAL comptabilisait dans la Békaa 15,34 millions de dollars d’investissements soutenus et 117 emplois. Au niveau national, son bilan atteignait 78,55 millions de dollars et 812 emplois. Il s’agissait uniquement des projets accompagnés par l’organisme, et non de l’ensemble des investissements réalisés au Liban.

L’eau, les récoltes et le coût des stocks

La sécheresse a déjà réduit les volumes disponibles pour les transformateurs. Dans son bulletin du 25 août 2025, la FAO estimait les pluies de décembre 2024 à février 2025 inférieures de plus de 50 % à la moyenne dans la Békaa et à Baalbek-Hermel. Elle évaluait la récolte céréalière de l’ensemble du Liban à environ 90 000 tonnes pour 2025, près de 50 % sous la moyenne.

Ces chiffres concernent la campagne passée, pas celle de 2026. Ils donnent cependant une mesure du risque auquel une nouvelle unité de production peut être exposée. Lorsque la récolte baisse, l’usine utilise moins ses équipements. Ses charges fixes restent, tandis que l’achat de matières premières ailleurs peut renchérir ses coûts.

L’irrigation et l’électricité comptent donc dans le choix des projets. Une énergie moins chère peut réduire la facture du pompage ou des chambres froides. Elle ne garantit pas la disponibilité de l’eau. Les dossiers devront aussi intégrer le financement des stocks et le délai entre le paiement aux fournisseurs et l’encaissement des ventes.

Reconstruire avant d’agrandir

La guerre a endommagé des exploitations et des équipements. L’évaluation agricole publiée en avril 2025 estimait, pour tout le Liban, les dommages à 118 millions de dollars et les pertes à 586 millions. Elle couvrait la période d’octobre 2023 à novembre 2024. Le Sud et la vallée de la Békaa figuraient parmi les zones les plus touchées.

Les besoins de relèvement et de reconstruction atteignaient 263 millions de dollars, dont 95 millions jugés prioritaires pour 2025-2026. Ce montant n’est ni un fonds disponible ni une enveloppe réservée à la Békaa. L’évaluation ne couvre pas les destructions survenues après novembre 2024.

Pour un investisseur, remplacer une chambre froide détruite et ouvrir une nouvelle ligne de transformation répondent à deux besoins différents. Le premier investissement peut simplement rétablir des ventes perdues. Le second suppose que les exploitations voisines puissent fournir les volumes supplémentaires. La remise en état des fournisseurs compte autant que celle de l’usine.

IDAL accompagne les projets, mais ne les finance pas

L’agence facilite les démarches et propose des incitations aux projets éligibles. Elle ne leur apporte pas directement les fonds. Sa participation à la préparation d’un dossier ne constitue donc pas un engagement de prêt ou d’investissement.

Dans sa documentation sur l’agroalimentaire, IDAL présente notamment le régime de la zone C : un seuil d’investissement d’un million de dollars et des exonérations d’impôt sur les sociétés et les dividendes pendant dix ans. Le contrat global d’incitations prévoit un minimum de trois millions de dollars et de 60 emplois. Une réduction encadrée du seuil d’emplois est possible en contrepartie de formations.

Ces dispositifs restent soumis à des critères d’éligibilité. Aucun des projets évoqués le 4 novembre n’a été annoncé comme bénéficiaire. Surtout, une exonération fiscale porte sur des bénéfices futurs. Elle ne règle pas l’achat initial des machines, les travaux et la trésorerie nécessaire au démarrage.

Les prévisions nationales soulignent la difficulté du contexte. En octobre, la Banque mondiale projetait une contraction de 6,4 % du PIB libanais en 2026 et une inflation de 17,5 %. Elle relevait les perturbations de l’offre et la hausse des coûts de l’énergie et du transport. Son rapport économique de l’été insistait également sur la faiblesse persistante du secteur bancaire.

Rayak, Masnaa et le rail restent des propositions

Le président de la Chambre, Mounir Tini, a défendu une vision plus large : autoroute arabe, aéroport de Rayak, rail et zone économique reliée à Masnaa. Il a évoqué une plateforme logistique, un port sec et un mécanisme de financement associant notamment la Banque du Liban. Ces propositions n’ont pas fait l’objet de décisions d’investissement annoncées lors de la rencontre.

Leur calendrier ne se confond pas avec la préparation des trois à cinq dossiers. Une entreprise capable d’utiliser les réseaux existants peut avancer sans attendre tous ces équipements. À l’inverse, un projet dont les recettes dépendent d’une infrastructure encore absente doit intégrer ce délai et son coût.

La prochaine étape annoncée par IDAL est la sélection des dossiers dans les semaines à venir. Les porteurs de projets, les sites, les budgets et les marchés visés doivent encore être précisés avant leur présentation aux investisseurs.

·

Newsdesk Libnanews

Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

Tous ses articles →

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *