Une hausse indirecte mais brutale
Le gouvernement libanais a appliqué, en juin 2025, une nouvelle méthode de calcul des prix des carburants qui se traduit par une augmentation notable à la pompe. Les autorités ont fixé comme base tarifaire de référence les prix du 8 février 2025. Ce choix s’est accompagné d’un prélèvement sur la différence entre les tarifs actuels et cette référence, générant des revenus indirects à travers la taxation douanière. Officiellement, ce prélèvement est destiné à financer une allocation exceptionnelle versée aux militaires en activité et à la retraite. Le prix du litre de 95 octanes a atteint 1 489 000 livres libanaises, et celui du diesel 1 393 000 livres, soit une hausse respective de 100 000 et 174 000 livres. La hausse s’élève à environ 7 % pour l’essence et 14 % pour le diesel. Les conséquences de cette mesure se répercutent immédiatement sur l’ensemble des secteurs dépendants du carburant.
Un prélèvement douanier aux effets sociaux étendus
Le prélèvement douanier est appliqué automatiquement sur les importations de carburants. Ce mécanisme n’a pas été précédé par une annonce publique. Il ne s’agit pas d’un impôt voté au Parlement, mais d’un ajustement administratif des taxes indirectes. Ce type de fiscalité indirecte est difficilement perceptible par la population, mais ses effets sont immédiats dans les dépenses quotidiennes. Les allocations militaires sont désormais indexées sur ces prélèvements. Chaque militaire actif reçoit 14 millions de livres par mois, les retraités 12 millions. Le financement repose donc intégralement sur la taxation du carburant. Le gouvernement n’a pas mobilisé d’autres ressources disponibles.
Contestation syndicale immédiate
Les syndicats du secteur du transport ont réagi rapidement à cette mesure. Plusieurs unions professionnelles dénoncent une politique injuste. Elles affirment que la mesure a été prise sans concertation. Le président d’un syndicat de transport terrestre souligne l’absence de dialogue avec les acteurs concernés. Les chauffeurs de taxi, les camionneurs, les exploitants agricoles et les fournisseurs d’énergie décentralisée sont parmi les plus touchés. La hausse du prix du diesel provoque un effet de chaîne sur les services de transport collectif, les livraisons, et l’agriculture.
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Grèves, blocages et actions de protestation
Des mouvements de contestation sont signalés dans plusieurs régions du pays. À Baalbek, à Tyr, à Tripoli, des chauffeurs ont organisé des barrages routiers temporaires. Des appels à une grève générale ont été lancés dans les secteurs du transport et de la logistique. Les syndicats annoncent une suspension des services dans les jours à venir. Les mouvements sociaux dénoncent une mesure injuste, appliquée sans débat ni consultation. Les manifestants évoquent une rupture de confiance entre les citoyens et l’État. Le manque de transparence dans la gestion budgétaire aggrave le mécontentement.
Inflation logistique et impact sur les prix
La hausse des prix du carburant se répercute sur toute la chaîne logistique. Le diesel est utilisé pour l’alimentation des générateurs, le transport de marchandises, les engins agricoles et les camions de livraison. Les commerçants ajustent déjà leurs prix en fonction du nouveau tarif du carburant. Les produits alimentaires, les matériaux de construction et les services connaissent des hausses parallèles. Le pouvoir d’achat diminue. Les classes moyennes et populaires sont les premières à subir cette dégradation. Le transport scolaire, les trajets domicile-travail, et la mobilité rurale deviennent plus coûteux.
Effondrement du transport collectif informel
Le transport collectif informel représente une part essentielle de la mobilité au Liban. Les minibus, les taxis partagés et les lignes rurales dépendent entièrement du diesel. L’absence de soutien public au secteur du transport rend ces acteurs particulièrement vulnérables. Avec les nouvelles hausses, de nombreux chauffeurs réduisent leurs horaires ou suspendent leur activité. Certains annoncent des augmentations tarifaires de 30 % à 50 %. Les usagers, notamment les étudiants et les travailleurs précaires, ne peuvent plus supporter ces hausses. Des abandons de scolarité et des absences prolongées au travail sont signalés.
Répercussions sur les générateurs privés
Les générateurs privés assurent encore une large part de la fourniture d’électricité. Les quartiers, les immeubles, les commerces et les institutions dépendent du diesel pour assurer l’éclairage, la réfrigération et les équipements essentiels. Une hausse de 14 % du prix du diesel entraîne une augmentation équivalente du coût de l’électricité produite localement. Les abonnements mensuels aux générateurs sont revus à la hausse dans plusieurs régions. Certains opérateurs annoncent des coupures de service ou une réduction des heures de fonctionnement. Les foyers les plus modestes n’ont plus accès à l’électricité continue. La fracture énergétique s’aggrave.
Absence de mesures compensatoires
Le gouvernement n’a annoncé aucune mesure compensatoire à cette hausse. Aucun transfert monétaire, aucune subvention ciblée, ni réduction de taxe sur d’autres produits n’a été mise en œuvre. L’argument avancé repose sur l’urgence de financer les besoins de l’armée dans un contexte sécuritaire fragile. Cette justification est critiquée par plusieurs économistes, qui rappellent l’existence d’un compte budgétaire spécial à la Banque centrale. Ce compte contient des fonds non affectés estimés à plus d’un milliard de dollars. Leur non-utilisation renforce le sentiment d’injustice fiscale. L’État est perçu comme privilégiant les solutions rapides au détriment des réformes structurelles.
Une mesure au service d’une fiscalité régressive
Les taxes sur la consommation sont généralement considérées comme régressives. Elles affectent davantage les revenus faibles que les revenus élevés. Le Liban ne dispose pas d’un impôt progressif sur la fortune, ni de mécanismes efficaces de redistribution. La hausse des prix du carburant agit comme une ponction sur les dépenses des ménages, sans tenir compte de leur capacité contributive. Les critiques pointent l’absence de volonté politique pour instaurer une réforme fiscale globale. La taxation du carburant devient un symbole d’un État qui choisit la facilité fiscale au détriment de l’équité.
Rôle des institutions financières internationales
Le programme d’ajustement préconisé par les bailleurs de fonds internationaux inclut une réduction des subventions et une augmentation des ressources fiscales. Le Liban a inscrit ce principe dans ses engagements depuis 2022. Toutefois, l’application de ces recommandations se fait souvent de manière brutale. Les taxes sur les carburants sont faciles à collecter, mais difficiles à supporter pour les populations. L’absence de filets sociaux accentue les effets de ces mesures. Le discours officiel met en avant la nécessité de stabiliser les finances publiques. Cette rhétorique masque les conséquences sociales immédiates.



