Le retour du Fonds arabe : un signal économique et politique fort
Le Liban enregistre un développement majeur dans ses relations économiques avec le monde arabe par la relance partielle des financements du Fonds arabe pour le développement économique et social. Lors d’une visite officielle, le président de l’institution a rencontré les plus hauts responsables du pays, dont le Premier ministre, le ministre de l’Économie et des représentants de la Banque centrale. Cette rencontre a abouti à l’annonce d’un premier déblocage de 68 millions de dollars, affectés à des programmes prioritaires dans les secteurs sociaux.
Ce retour d’un soutien financier suspendu depuis 2021 est interprété comme un geste de confiance prudente envers la nouvelle équipe gouvernementale. Le montant initial, bien que modeste comparé aux besoins globaux, représente un signal fort adressé aux autres bailleurs potentiels, notamment arabes et multilatéraux.
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Les autorités libanaises se sont engagées à respecter des conditions strictes pour l’utilisation de ces fonds. Parmi elles figurent des audits de conformité réalisés par des cabinets externes, la transparence des appels d’offres, et la mise en place de partenariats locaux avec des ONG, des collectivités ou des coopératives. L’objectif est d’assurer une gestion rigoureuse et de restaurer la crédibilité de l’appareil administratif, souvent mis en cause ces dernières années.
Des secteurs ciblés : santé, eau, éducation sous perfusion
Les fonds débloqués doivent financer des projets dans trois domaines considérés comme cruciaux pour la stabilité sociale : la santé, l’eau potable et l’éducation. Le choix de ces secteurs reflète une volonté d’agir sur les facteurs immédiats de vulnérabilité dans plusieurs régions du pays, notamment dans les zones rurales et périurbaines.
Dans le secteur de la santé, il est prévu de réhabiliter des centres hospitaliers régionaux et de doter certaines structures de soins primaires de matériel de diagnostic, de transport médicalisé et de médicaments essentiels. Des régions comme la Békaa, le Akkar et le Sud ont été identifiées comme prioritaires en raison du sous-équipement chronique de leurs établissements.
En matière d’eau potable, plusieurs projets concernent la remise en état de réseaux d’approvisionnement, l’installation de stations de traitement et le forage de puits alimentés par énergie solaire. Ces interventions visent à sécuriser l’accès à l’eau dans les zones où les coupures sont devenues quasi quotidiennes, aggravées par les défaillances de la compagnie nationale des eaux.
L’éducation bénéficie également de financements spécifiques : rénovation d’écoles publiques, dotation en manuels et matériel pédagogique, soutien aux formations techniques. Des efforts sont également déployés pour relancer les cantines scolaires et les transports gratuits pour les enfants des zones reculées.
Le facteur confiance : audits, conditionnalités et gouvernance locale
La reprise de ces financements arabes s’accompagne de dispositifs de contrôle renforcés. Les projets doivent être validés par des audits de conformité menés par des structures indépendantes, avec des rapports trimestriels transmis au bailleur. Chaque projet est assorti d’indicateurs de performance, évaluant non seulement la réalisation matérielle, mais aussi l’impact social à moyen terme.
L’État a été invité à travailler en étroite collaboration avec les municipalités, les chambres de commerce et les organisations locales. Celles-ci participent à la planification, au suivi des appels d’offres et à la réception des travaux. Ce modèle participatif vise à limiter les risques de captation politique et de détournement budgétaire, régulièrement pointés dans les cycles de financement précédents.
Un comité interinstitutionnel a été créé pour superviser l’ensemble du portefeuille de projets soutenus par le Fonds. Il réunit des représentants du gouvernement, de la société civile, des experts sectoriels et un observateur désigné par le bailleur. Sa mission est d’assurer l’intégrité du processus, d’arbitrer les priorités et de veiller à l’alignement des projets avec les plans de développement régionaux.
Énergies renouvelables dans la Békaa : la Banque islamique de développement entre en jeu
Le regain d’intérêt des institutions financières arabes ne se limite pas aux secteurs sociaux. Dans un autre développement, des négociations sont en cours avec la Banque islamique de développement pour cofinancer trois centrales solaires prévues dans la région de la Békaa. Ces installations doivent être opérationnelles d’ici la fin de l’année 2025.
Les projets, de taille modeste mais hautement symbolique, visent à fournir une autonomie énergétique partielle à des infrastructures publiques, notamment des écoles, des dispensaires et des bâtiments administratifs. Ils répondent à un double enjeu : pallier les défaillances du réseau national, soumis à des coupures prolongées, et amorcer une transition énergétique dans des zones particulièrement touchées par la crise électrique.
Les sites identifiés sont situés à proximité de centres urbains secondaires, ce qui permet un raccordement facilité et une gestion locale. Le financement, estimé à 12 millions de dollars, serait réparti entre prêts à taux préférentiels et dons conditionnés à des résultats précis en matière de gouvernance et de maintenance.
La mise en œuvre des centrales implique la participation de consortiums locaux d’ingénierie, ce qui permet de créer de l’emploi qualifié dans la région. Par ailleurs, un programme de formation est prévu pour les agents municipaux en charge de la gestion des infrastructures, avec l’appui d’organisations internationales spécialisées.
Vers un modèle de relance ciblée, encadrée et politisée ?
La relance des investissements arabes pourrait inaugurer un nouveau modèle de soutien économique au Liban. Ce modèle, moins massif que par le passé, repose sur des engagements ciblés, assortis de conditionnalités rigoureuses et d’une implication directe des collectivités. Il répond à la défiance généralisée vis-à-vis de l’administration centrale, accusée d’opacité et d’inefficacité.
Les acteurs libanais impliqués reconnaissent que cette approche conditionnelle est une opportunité pour crédibiliser l’action publique, à condition d’en respecter les termes. Plusieurs membres du gouvernement ont salué la méthode du Fonds, y voyant un cadre de bonne gouvernance transférable à d’autres partenariats.
Mais certains analystes soulignent aussi les risques d’instrumentalisation politique, notamment dans le choix des zones bénéficiaires ou dans l’attribution des contrats. La tentation de capitaliser localement sur ces projets est forte, dans un pays où les échéances électorales locales et nationales structurent les priorités.
Le principal défi reste la durabilité de ces efforts. Sans réforme structurelle de la fonction publique, clarification du régime foncier, et renforcement du cadre légal de la décentralisation, les effets de ces projets risquent de s’éroder. Le risque est aussi que la pression du court terme — visibilité, emploi, consommation — l’emporte sur la planification à moyen terme.
Toutefois, pour les partenaires arabes, ce retour au Liban dans des secteurs clés marque un test. Si les engagements actuels se traduisent en résultats concrets, d’autres cycles de financement pourraient être débloqués. À l’inverse, tout échec serait interprété comme une confirmation des fragilités persistantes de l’État et un frein à toute coopération future.



