Le leader druze Walid Joumblatt a réagi vendredi sur la plateforme X (anciennement Twitter), en publiant un message critique sur l’attitude du Liban face aux évolutions en Syrie. « Le ministère des Affaires étrangères libanais s’est enfin réveillé de son profond sommeil et a remarqué qu’un changement s’est produit en Syrie », a-t-il écrit, dans une allusion manifeste aux récents échanges entre le ministre libanais des Affaires étrangères par intérim, Abdallah Bou Habib, et son homologue syrien dans la nouvelle administration, Asaad al-Shibani.
Ce commentaire souligne l’inaction perçue des institutions libanaises vis-à-vis des développements politiques et diplomatiques en Syrie, alors que des changements significatifs sont en cours dans le pays voisin. Joumblatt, connu pour ses positions tranchées, ne s’est pas contenté de critiquer le ministère des Affaires étrangères. Il a également interrogé les agences de sécurité libanaises sur leur gestion des personnalités liées à l’ancien régime syrien. « Les agences de sécurité pourraient-elles faire de même et arrêter les hauts responsables de l’ancien régime qui passent par la frontière ou fuient via l’aéroport ? », a-t-il ajouté, interpellant directement les institutions sécuritaires du pays.
Un contexte marqué par des relations complexes
Ces déclarations interviennent dans un contexte où les relations entre le Liban et la Syrie demeurent complexes et souvent marquées par des tensions. Depuis le début de la guerre civile syrienne en 2011, le Liban a adopté une position officielle de neutralité, bien que son territoire ait été fortement impacté par la crise syrienne, notamment par l’arrivée massive de réfugiés et l’implication de groupes comme le Hezbollah.
Le commentaire de Joumblatt met également en lumière un aspect souvent négligé des relations bilatérales : la fuite et l’accueil au Liban de figures syriennes controversées liées à l’ancien régime de Bachar el-Assad. Ces allers-retours transfrontaliers, parfois facilités par des connexions informelles, alimentent les critiques sur l’absence de fermeté des autorités libanaises à l’égard de certaines personnalités syriennes recherchées.
Des enjeux politiques et sécuritaires
La sortie de Joumblatt révèle des tensions plus larges entre les acteurs politiques libanais. Le leader druze, bien que n’étant plus à la tête officielle du Parti socialiste progressiste (PSP), reste une figure influente sur la scène politique et n’hésite pas à critiquer la gestion des affaires étrangères et sécuritaires du Liban. Ses propos reflètent également une inquiétude sur la capacité des institutions libanaises à s’adapter aux changements politiques en Syrie, notamment avec l’arrivée d’une nouvelle administration dirigée par Asaad al-Shibani.
Les relations entre les deux pays sont entravées par des décennies de domination syrienne sur le Liban, de l’occupation militaire (1976-2005) jusqu’à l’influence persistante de Damas sur certaines factions politiques libanaises. Si le ton ironique de Joumblatt critique le réveil tardif du ministère des Affaires étrangères, il met surtout en lumière l’inaction des agences de sécurité, qu’il accuse d’être passives face à des enjeux touchant à la souveraineté nationale.
Une normalisation des relations en perspective ?
Les échanges récents entre Abdallah Bou Habib et Asaad al-Shibani marquent une étape significative dans la réouverture d’un dialogue officiel entre Beyrouth et Damas. Ces discussions pourraient ouvrir la voie à une normalisation progressive des relations, bien que les divisions internes au Liban compliquent toute avancée majeure.
Cependant, la question des anciens responsables syriens transitant par le Liban reste un point sensible. Pour certains observateurs, la critique de Joumblatt pourrait refléter une crainte que des figures de l’ancien régime syrien utilisent le Liban comme refuge ou point de transit pour échapper à la justice, alors même que des réformes politiques en Syrie pourraient éventuellement les cibler.



