
La querelle publique entre l’ancienne ministre Marie-Claude Najm et le député Ibrahim Kanaan continue de faire des vagues au sein de la scène politique libanaise. Alors que les deux figures s’accusent mutuellement de la gestion désastreuse de la crise financière du pays, le député Ibrahim Mneimneh a pris part au débat, offrant une perspective critique sur les événements qui ont mené à l’effondrement économique du Liban.
Une Crise Historique avant le Moratoire sur les Eurobonds
Dans une série de tweets, Ibrahim Mneimneh a réfuté les affirmations du député Ibrahim Kanaan selon lesquelles la suspension du paiement des Eurobonds en mars 2020 serait la cause principale de la crise économique actuelle. Mneimneh a rappelé que les racines de la crise remontent bien avant cette date, avec des signes d’alerte dès l’été 2019, lorsque la livre libanaise a commencé à perdre de sa valeur et que l’accès aux dépôts bancaires est devenu de plus en plus restreint.
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Il a souligné que dès novembre 2019, les citoyens libanais ont découvert qu’ils ne pouvaient plus accéder à leurs dépôts, les banques ayant imposé des restrictions sévères sur les retraits. Cette situation, selon Mneimneh, avait déjà confirmé l’effondrement du système financier, un fait appuyé par les agences de notation qui avaient abaissé les notes de crédit du Liban bien avant la décision de suspendre les paiements des Eurobonds.
Le Moratoire sur les Eurobonds : Une Décision Collective, Pas une Cause Unique
Mneimneh a également contesté la notion que la crise est uniquement liée à la décision de suspendre les paiements des Eurobonds. Il a précisé que cette décision a été prise de manière collégiale au palais de Baabda, en présence du président Michel Aoun, du président du Parlement Nabih Berri, du Premier ministre Hassan Diab et d’autres responsables. Ce choix, bien que controversé, n’était qu’une tentative parmi d’autres pour faire face à une situation déjà critique.
Il a ajouté que le gouvernement Diab, en collaboration avec la société Lazard, avait élaboré un plan pour traiter le défaut de manière ordonnée. Ce plan a reconnu pour la première fois l’existence de pertes massives dans le système financier libanais, mais a été rejeté par la Commission des finances et du budget du Parlement, dirigée par Kanaan, qui a préféré se baser sur les chiffres fournis par la Banque du Liban et les banques, chiffres qui se sont révélés ultérieurement inexacts.
Responsabilité de la Commission des Finances et du Budget
Ibrahim Mneimneh a sévèrement critiqué la Commission des finances et du budget, estimant qu’elle porte une part de responsabilité significative dans l’échec du plan du gouvernement Diab. Il a accusé cette commission de priver les Libanais d’une opportunité de disposer d’un plan de redressement transparent et a dénoncé la « planification de l’ombre » menée par le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé. Cette stratégie de l’ombre, selon Mneimneh, a exacerbé les pertes et a permis aux banques de se soustraire à leurs responsabilités, tout en transférant le fardeau sur les déposants et la population en général.
Mneimneh a aussi critiqué la passivité de la Commission dans les années précédant la crise, se demandant pourquoi elle n’a pas pris de mesures pour stopper l’hémorragie financière alors que les signes de défaillance étaient déjà évidents.
Appel à un Débat Public
En réponse à la demande de Marie-Claude Najm pour une confrontation publique avec Ibrahim Kanaan, Mneimneh a exprimé son soutien à cette idée, espérant que cela pourrait révéler davantage de vérités aux Libanais, souvent désorientés par des théories et des discours contradictoires. Il a insisté sur l’importance de faire toute la lumière sur les responsabilités afin de mettre fin à l’application de « plans de l’ombre » qui continuent de nuire à l’économie du pays.
L’intervention d’Ibrahim Mneimneh dans la polémique entre Marie-Claude Najm et Ibrahim Kanaan ajoute une nouvelle dimension au débat sur la gestion de la crise financière libanaise. En mettant en avant les responsabilités historiques et en critiquant la gestion des institutions financières et politiques, Mneimneh plaide pour une transparence accrue et une prise de responsabilité claire, afin d’éviter que les erreurs du passé ne se répètent. La proposition de tenir un débat public pourrait offrir aux Libanais une opportunité d’entendre les différentes versions et d’en tirer leurs propres conclusions sur les causes profondes de l’effondrement économique du pays.




