L’arrestation de Riad Salamé, l’ancien gouverneur de la Banque du Liban, en dépit des protections dont il bénéficiait jusqu’à présent, a provoqué une onde de choc à travers le pays, suscitant de nombreuses spéculations et hypothèses quant aux motivations réelles derrière cette décision. Alors que le pays retient son souffle, plusieurs voix s’élèvent pour tenter de décrypter les dessous de cette affaire complexe.
Hypothèse 1 : Un Coup d’Arrêt à l’Enquête de la Juge Ghada Aoun
Parmi les premières hypothèses évoquées, certains observateurs suggèrent que l’arrestation de Salamé pourrait être un moyen de stopper l’enquête de la juge Ghada Aoun. Cette magistrate, connue pour sa détermination à poursuivre les affaires de corruption impliquant des figures puissantes, avait mis Salamé dans son viseur depuis un certain temps. L’idée selon laquelle Salamé pourrait être utilisé comme un « fusible » pour protéger d’autres personnalités influentes semble plausible pour certains, qui y voient une manœuvre stratégique destinée à calmer les ardeurs de la juge Aoun et à protéger les véritables architectes du système corrompu.
Hypothèse 2 : Une Manœuvre pour Prévenir une Extradition vers l’Europe
Une autre hypothèse, plus troublante encore, est celle avancée par le député Jamil Al-Sayyed, qui a exprimé ses doutes sur la véritable motivation derrière l’arrestation de Salamé. Sur la plateforme « X » (anciennement Twitter), Al-Sayyed s’est interrogé sur la soudaine audace du juge en charge de l’affaire : « Pourquoi le juge a-t-il soudainement bu du lait de lion et ordonné l’arrestation de Salamé, alors que ce dernier était encore récemment sous la protection politique et sécuritaire des grandes puissances confessionnelles du pays ? ».
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Al-Sayyed laisse entendre que l’arrestation de Salamé pourrait être une tentative de prévenir une demande d’extradition vers l’Europe et ainsi l’empêcher de parler des implications de hauts responsables libanais. Selon cette hypothèse, en arrêtant Salamé au Liban, les autorités locales exerceraient leur souveraineté judiciaire pour empêcher toute tentative d’extradition vers l’étranger, en vertu du principe que la souveraineté judiciaire de l’État libanais sur ses citoyens prime sur la souveraineté internationale.
Mais au-delà de cette considération, il est également possible que cette arrestation ait pour but d’éviter que le Liban ne tombe dans la « liste grise » de la GAFI (Groupe d’Action Financière). Cette liste, redoutée par les États, regroupe les pays considérés comme présentant des défaillances stratégiques dans la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Si le Liban était placé sur cette liste, les conséquences économiques et financières seraient désastreuses, aggravant encore plus la crise que traverse le pays.
Et tout cela se déroule alors que les autorités libanaises, à commencer par le Premier ministre Najib Mikati, insistent sur leur respect de l’indépendance de la justice et rejettent toute interférence politique dans cette décision. Mikati a ainsi déclaré que l’arrestation de Salamé était une décision purement judiciaire, affirmant que « la justice a accompli son devoir et nous sommes tous sujets de la loi ». Malgré ces assurances, les spéculations continuent de circuler, alimentant le doute sur les véritables motivations derrière cette arrestation.
Les Interrogations de Jamil Al-Sayyed
Al-Sayyed, dans son message, ne cache pas son scepticisme quant aux motivations réelles de cette arrestation. Il souligne que toutes les hypothèses sont envisageables et que la justice libanaise se trouve désormais sous l’œil vigilant de l’opinion publique : « Parce que toutes les hypothèses sont possibles, et que la justice est aujourd’hui sous le microscope du peuple, nous exigeons toute la justice, toute la vérité, et tous les partenaires doivent être révélés. Il ne s’agit pas de se venger de Riad Salamé en tant que personne ou de le sacrifier comme bouc émissaire pour couvrir les agissements de la mafia étatique. Nous attendrons et verrons ».
L’arrestation de Riad Salamé, loin de clore les débats, n’a fait que nourrir les spéculations et les doutes. Alors que le public attend avec impatience de voir comment cette affaire évoluera, une question demeure : cette arrestation est-elle le prélude à une véritable justice, où tous les responsables seront traduits en justice, ou n’est-ce qu’un écran de fumée destiné à protéger des intérêts plus grands ?





